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26 juin 10

Les actualités du 26 juin 1910

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L'agitation des croque-morts: un autodafé en place de grève

croques-morts autodafé

Le symbolisme semblait mort. L'était-il ? En tout cas, il vient de ressusciter avec une vigueur nouvelle dans l'âme ingénue et fervente des croque-morts. Six heures avaient sonné. Un fiacre s'arrêta au coin de l'avenue Victoria et de la place de l'Hôtel-de- Ville. M. Pied, secrétaire général du syndicat des employés des pompes funèbres, en descendit, tenant dans ses bras une sorte d'épouvantail vêtu d'un pantalon de drap noir, d'un habit à queue-de-pie et d'un chapeau de cuir.

L'épouvantail et celui qui le portait furent aussitôt entourés d'une cinquantaine de croque-morts qui poussaient des cris d'allégresse. M. Pied, sans abandonner son fardeau, se dirigea vers le milieu de la place. Ses camarades le suivirent. Deux corbillards qui, patiemment, attendaient le long du trottoir, fermaient la marche.

Quand il fut arrivé à l'endroit qu'il avait choisi, M. Pied s'arrêta. M. Roche, secrétaire du syndicat central des travailleurs municipaux, qui l'accompagnait, répandit le contenu d'un litre de pétrole sur le mannequin. Quelqu'un lui tendit un journal enflammé. L'épouvantail prit feu. La manche de M. Pied aussi d'ailleurs, car la main qui versait le pétrole ne l'avait point épargnée. Le secrétaire du syndicat dut, en toute hâte, abandonner son veston.

Quand les croque-morts virent brûler celui qu'ils avaient habillé de la tenue abhorrée leur joie devint du délire. Les mains tenant les mains, ils dansèrent autour du cadavre symbolique une sarabande effrénée.Attirée par les flammes et par l'odeur nauséabonde que le mannequin, bourré de chlorure de calcium, dégageait, la foule s'était rapidement amassée. C'est un siècle qui brûle, lui dit M. Roche d'un geste large; et, sortant de sa poche un paquet de pétitions, il en commença la distribution.

Comme le mannequin était près d'être consumé, des agents intervinrent. Ils prièrent MM. Roche et Pied de les suivre au commissariat. Ceux-ci, de très bonne grâce, obtempèrent. Les autres gagnèrent la porte de l'Hôtel de Ville et firent demander à M. Bellan, président du-Conseil municipal, de leur accorder une audience. Celui-ci avait assisté avec un certain nombre de ses collègues à l'autodafé. Il consentit à recevoir six délégués. Mais de cette entrevue les croque-morts espéraient beaucoup moins que de leur crémation. Selon le mot de l'un d'eux le corbeau n'est pas comme le phénix, il ne renaît point de ses cendres...

Le Figaro – 26 juin 1910


EN BREF

Contrebandier assassin — On nous télégraphie de Toulon, qu'un maquignon nommé Azaria âgé de vingt-quatre ans, se livrant à la contrebande, traversait la ville hier soir en voiture, lorsque son véhicule heurta trois officiers de marine du Carnot : le docteur Kagi, le lieutenant de vaisseau de Loys et l'enseigne Julien Le Picquier. Les officiers protestèrent et le maquignon porta un coup de poing à l'un d'eux, puis il remonta en voiture et tira plusieurs coups de revolver. Une balle alla atteindre le matelot Fourrier, originaire de Bastia, qui fut tué net. Azaria prit ensuite la fuite au galop de son attelage, mais à minuit la police alla l'arrêter dans une maison de campagne isolée. Il eut encore le temps de, blesser un agent qui avait enfoncé la porte de l'écurie attenante à la maison. Le Temps – 26 juin 1910

Tremblements de terre en Algérie — A une heure trente et à une heure trente-sept de l'après-midi, deux violentes secousses sismiques ont été ressenties et ont provoqué une vive émotion parmi la population: On ne signale pas de dégâts. La première secousse, sussultoire, a duré dix secondes; la deuxième était ondulatoire avec direction Nord-Sud. Des secousses ont été également ressenties dans la plaine de la Mitidja, notamment à Blidah où des maisons ont été lézardées. Dans toutes les localités de la Mitidja, des secousses sismiques ont été ressenties, provoquant des perturbations dans les communications électriques. A Affreville, les oscillations ont été particulièrement fortes et ont lézardé les maisons. Journal des débats politiques et littéraires – 26 juin 1910

Double meurtre et suicide—- Un drame émouvant s'est déroulé hier matin, à la perception de Latillé, canton de Vouillé, arrondissement de Poitiers. M. Vurquand d'Auzay, percepteur, avait quitté Latillé à dix heures, laissant à son domicile sa femme, sa fille et son employé, le jeune Robin. Quelque temps après son départ, une discussion très vive eut lieu dans la chambre de Mme d'Auzay entre celle-ci et l'employé Robin. Le jeune homme quitta la chambre, alla chercher un fusil chargé dans une pièce voisine et, revenant vers Mme d'Auzay, fit feu. La pauvre femme tomba baignant dans une mare de sang. Au bruit de la détonation, Mlle d'Auzay accourut; elle rencontra dans le vestibule Robin, qui lui tira à bout portant un coup de fusil dans la tête. La jeune fille tomba morte: sa cervelle avait jailli sur les murs. L'assassin descendit alors dans la cave, rechargea son arme, appuya le canon sous son menton et se fit sauter la cervelle. Le parquet de Poitiers s'est rendu sur les lieux. On ignore jusqu'ici le mobile de ce double crime; quant aux blessures de Mme d'Auzay, elles inspirent de vives inquiétudes. Journal des débats politiques et littéraires – 26 juin 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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