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05 juil. 10

Les actualités du 5 juillet 1910

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Victimes_de_l_aviation Chute mortelle de l'aviateur Wachter

L'accident de Charles Wachter

Catastrophe-aerienne

Reims, 4 Juillet - Pourquoi la fatalité a-t-elle voulu que cette première journée du meeting d'aviation de la Champagne, qui eut un intérêt sportif considérable, fût marquée par un accident mortel? L'atmosphère, de mieux en mieux conquise, fait chèrement payer par des vies les audacieux qui aident à découvrir la solution du grand problème de la locomotion aérienne. Mais chaque sport n'a-t-il pas ses martyrs devant lesquels nous nous sommes tous inclinés comme nous l'avons fait devant la dépouille mortelle de ce pauvre Wachter, tué dans une chute soudaine à la fin de ce premier jour, lui qui le premier, le matin, avait osé braver la tourmente? Ce fut d'un tragique indescriptible, le bris soudain de ce grand monoplan que plus de 50,000 personnes suivaient des yeux, alors que très haut, dans la nue, il semblait glisser si sûrement dans l'air.

Il était environ six heures du soir; la journée touchait a sa fin et un public plus nombreux que l'an dernier, malgré le mauvais temps, s'enthousiasmait aux prouesses de nos aviateurs, aux révélations des jeunes, des inconnus pour ainsi dire, qui débutaient au-dessus de cette terre de Champagne. Latham nous avait encore une fois conquis par sa grâce ; mais il avait été dépassé en altitude par un nouveau venu, Morane, qui sur son minuscule monoplan, s'était élevé à 832 mètres pour revenir atterrir en un vol plané d'une audace rare. A son tour, vers les cinq heures et demie, Wachter était parti, ayant lui aussi annoncé qu'il concourait pour le prix de la Hauteur.

Il avait parcouru plusieurs tours de l'aérodrome et il était certainement à plus de 100 mètres d'altitude, se découpant nettement sur le ciel, tout a l'extrémité de l'aérodrome, exactement en face des tribunes, lorsque tout à coup on vit une aile du monoplan se relever brusquement comme brisée, puis la chute soudaine du fuselage et du moteur, la seconde aile rejoignant la première. A la lorgnette, on put apercevoir distinctement le malheureux pilote ainsi précipité qui se levait comme pour s'accrocher; mais ce fut l'espace do quelques secondes, car l'appareil et son pilote s'abîmaient sur la sol.

Ce fut une angoisse profonde dans la foule, d'autant plus grande que la plupart des spectateurs ignoraient le nom du pilote, croyant les uns que c'était Latham, les autres René Labouchère, qui tous deux pilotent des monoplans semblables. Mais les services d'ambulance s'étaient portés sur le lieu de l'accident. On retrouva le corps du malheureux aviateur à deux mètres des débris de son appareil entièrement brisé. Wachter avait été tué sur le coup. Le corps fut alors ramené par la voiture d'ambulance au poste du service médical, puis transporté à Reims chez M. Krug.

Wachter, qui vient de disparaître si tragiquement, était le beau-frère de M. Levavasseur, l'ingénieur bien connu, constructeur des monoplans Antoinette. Il pilotait naturellement un de ces aéroplanes, et depuis un an environ, s'occupait d'aviation. Auparavant, avec M. Levavasseur, il s'était intéressé aux canots automobiles et il prit part à plusieurs épreuves du meeting de Monaco. Marié et père d'un jeune enfant, Wachter était venu avec sa femme à Reims pour concourir. Il s'était, dès le début de la journée, on l'a vu, affirmé pilote de premier ordre.

Mme Wachter se trouvait dans l'enceinte des hangars quand l'accident survint. On réussit à lui cacher pendant quelque temps la triste nouvelle et des amis la conduisirent à Reims, lui ayant seulement annoncé que son mari avait fait une chute assez grave et qu'il était transporté à l'hôpital. Ce n'est que plus tard dans la soirée qu'on lui annonça la fatale nouvelle.

On se perd en conjectures sur les causes de l'accident. Certaines personnes, qui se trouvaient à proximité de l'endroit où le monoplan est tombé, prétendent avoir entendu une explosion; d'autres nient ce fait, mais la majorité de ceux qui ont bien vu sont d'accord sur ce point que l'on a vu retomber à terre, après la chute du moteur et du corps, des lambeaux de toile et des éclats de bois. Une enquête est du reste ouverte à ce sujet.

L'intérêt de cette première journée, quant aux résultats obtenus, quant aux progrès constatés, a été malgré ce malheureux accident et malgré le mauvais temps, particulièrement considérable. Les aviateurs sont sortis malgré le vent, évoluant ensemble, plus nombreux que jamais, car à un moment ils furent douze à quinze ensemble sur cette piste de 5 kilomètres, se dépassant en vitesse et en hauteur. On a constaté un progrès très réel dans les qualités de sustentation des appareils, qui sont de bien meilleurs planeurs. Weymann sur son biplan et Morano sur son monoplan nous en ont donné la preuve, avec leurs émotionnantes descentes en vol plané, le moteur presque arrêté.

Voici maintenant le résumé des résultats de la journée pour les différentes épreuves : Prix quotidien de la Hauteur : 1er Morane, 832 mètres mètres; 2e Latham, 506 mètres; non classé Leblanc, 92 mètres. Prix quotidien de la Distance en un vol : 1er Tétard, 87 kilom. 125 mèt. ; 2e Olieslagers, 84 kilom. ; 3e René Thomas, 73 kilom. 250 mèt. Prix de la Totalisation des distances : 1er Charles Wachter, 142 kilom. 625 mèt ; 2e Weymann, 139 kilom. 750 mèt.; 3e Olieslagers, 103 kilom.; 4e Lindpaintner, 99 kilom. 250 mèt. ; 5e Effimof, 90 kilom. 500 mèt.

Demain mardi se disputeront deux très importantes épreuves. D'abord les éliminatoires françaises de la coupe d'aviation Gordon-Bennett qui doit se courir aux Etats-Unis en octobre prochain. Cette épreuve réunit trois aviateurs de chaque pays. On sait que l'an dernier à Reims, elle fut gagnée par l'américain Curtiss. Demain, à Reims, quarante pilotes français sont inscrits afin de savoir quels seront les trois vainqueurs qui iront représenter les couleurs françaises de l'autre côté de l'Atlantique. Les conditions de cette épreuve sont assez difficiles. Il s'agit de couvrir dans le meilleur temps la distance de cent kilomètres ; mais on n'a le droit de prendre qu'un seul départ.

Pour la première fois demain, on disputera aussi une véritable course d'aéroplanes avec séries, demi-finales et finales. Cette course se dispute par séries de trois appareils, qui courent entre eux d'abord, à une heure fixée d'avance. Il sera intéressant de voir les résultats d'une éprouve de ce genre. Très certainement ce double évent sportif attirera sur l'aérodrome de Bétheny des foules aussi nombreuses que celles que nous y avons vues hier.

Le Temps – 5 juillet 1910


EN BREF

Mort tragique d'un sénateur - M. Defarge, sénateur des Basses-Alpes, vient de succomber aux suites d'un accident d'automobile. Quand il séjournait à Paris, M. Defarge descendait, depuis de longues années, à l'hôtel du Liban, 4, rue de La Grange-Batelière. Il était allé passer quelques jours chez des amis, à Faremoutiers, et rentrait hier à Paris, par Le train de minuit, à la gare de l'Est. Comme il passait à pied, boulevard Magenta, à l'an gle de la rue de Chabrol, une automobile le tamponna, violemment. Relevé sans connaissance, M. Defarge fut immédiatement transporté à l'hôpital Lariboisière où son état fut jugé très grave. Le blessé, qui avait reçu de multiples contusions, a expiré ce matin, à dix heures et demie, sans avoir repris connaissance. La famille du sénateur qui habite Manosque, a été avisée télégraphiquement du deuil qui la frappe. On attend son arrivée à Paris pour décider des obsèques. M. Defarge (Adolphe-Etienne-Marius) était né à Manosque, le 22 avril 1836. Maire de Manosque depuis 1888, il avait été élu membre du Conseil général en 1892. On lui doit la réfection du collège de Manosque, le seul, en France, où l'instruction secondaire soit donnée gratuitement. Elu député en 1902, il devint sénateur l'année suivante, le 22 février 1903, par 218 voix, en remplacement de M. Fruchier sénateur sortant en janvier 1903, réélu, puis invalidé. La Presse - 5 juillet 1910

Paris à la nage - Afin d'augmenter encore l'intérêt de cette course classique qu'organise chaque année l'Auto, la traversée de Paris, un handicap avait été établi entre les concurrents, mais, il n'est calcul si précis qui tienne contre la crue de la Seine. Le courant était hier de cinq kilomètres à l'heure ; aussi les limitmen eurent-ils une tâche relativement facile. Le grand favori, Billington, parti avec 24 minutes 30 secondes, ne put que finir quatorzième, sans avoir réussi à rattraper plus de 10 minutes. La course, en fait, fut circonscrite entre, trois hommes du premier groupe, parti à 9 heures 36, et qui comprenait Simon Lavogade, Coquentin, Lisabeau, Serpaud, Gaspari, Mascot, Gallon. Le vétéran Burgess, paru à 9 h. 40 m. 25 s., rejoignit quelques uns de ses jeunes adversaires, et Hanouët vint aussi prendre une des premières places en devançant Chasseriaux, Nivet, Guth, Semence, M. Lavogade, Welcker, Vignau, partis en même temps que lui à 9 h. 44 m. 50 s. Seul des partants de 9 h. 54 m. 40 s. Chrétien eut le courage d'aller jusqu'au bout ; Cardinal, Michel et l'Anglais Hobbs jugèrent qu'il y avait trop à faire pour suivre le train. Seize nageurs couvrirent le parcours, réduit à 11 kilomètres à cause de l'encombrement de la Seine au delà du pont de Grenelle. L'arrivée eut lieu dans cet ordre : 1. Gaspari, en 1 h. 26 m. 14 s. 1/5, ce qui représente une vitesse de 7 kil. 670 à l'heure, alors que le record français de l'heure est de 3 kil. 920 par Lestrade ; 2. S. Lavogade, en 1 h. 26 m. 54 s. ; 3. Gallon ; 4. Burgess ; 5. Hanouët ; 6. Mascot ; 7. Chasseriaux ; 8. M. Lavogade ; 9. Welcker ; 10. Coquentin ; 11. Nivet ; 12. Michel ; 13. Chrétien ; 14. Billington 15 Semence ; 16. Vignau. Si tous les hommes étaient partis ensemble, l'ordre d'arrivée aurait été : 1. Billington, en 1 h. .14 m. 48 s. ; 2. Michel ; 3. Chrétien ; 4. Hanouët ; 5. Chasseriaux ; 6. M. Lavogade ; 7. Gaspari ; 8. Burgess ; 9. S. Lavogade. Le Matin - 4 juillet 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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