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02 août 10

Les actualités du 2 août 1910

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Épouvantable catastrophe ferroviaire en Algérie

Catastrophe du Tlelat - Aout 1910

Oran, 1er août — C'est vers onze heures du soir que la nouvelle s'est répandue hier dans Oran qu'une épouvantable catastrophe de chemin de fer s'était produite, au Tlelat, gare située à vingt-cinq kilomètres d'Oran et où se rejoignent les lignes du P.-L.-M. et de l'Ouest-Algérien. C'était dimanche, et nombre d'Oranais étant attendus par le train sinistré, il y eut une minute de profonde angoisse, d'autant que les première renseignements étaient fort laconiques. Rapidement, plus de deux cents personnes se portaient à la gare et suppliaient qu'on leur donnât des nouvelles ou qu'on les laissât partir avec le train de secours en formation. On ne put accéder à leur désir. Le train de secours ne fût mis en route qu'à une heure et demie du matin. Il emportait MM. Norès, substitut du procureur de la République ; Lecler, juge d'instruction, cinq médecins et tout un matériel de secours aux blessés.

Lorsque nous arrivons en automobile sur les quais de la gare du Tlelat, un affreux spectacle s'offre à nos yeux : cinq cadavres, complètement broyés, méconnaissables. A dix pas, il y a plus de vingt blessés étendus sur des coussins et qui gémissent, et des civières se suivent. Le tableau est émouvant. Dans la nuit profonde des gens circulent, qui porteur d'une lanterne, qui d'une lampe, qui d'une bougie dont la flamme est protégée de la main; on craque aussi des allumettes. Dans une salle d'attente : il y a onze morts. Le médecin du Tlelat se prodigue, mais il ne peut que donner des indications pour les pansements au personnel de la gare, aux habitants de la petite ville, qui sont tous venus, femmes en tête, porter du secours. Sept voitures ont été atteintes. Elles ont été broyées, hissées les unes sur les autres, et c'est une montagne qui dépasse de plusieurs mètres les fils télégraphiques.De ce formidable amas de décombres partent des cris de douleur. Sur le sol il y a de larges flaques de sang.

Le train de Tlemcen, qui doit arriver à Oran à dix heures et demie normalement, avait une demie-heure de retard. Au Tlelat, il avait été réuni à un autre train de voyageurs venant de Relizane. Le convoi allait se mettre en marche. On criait : "Les voyageurs, en voiture !" quand apparurent les deux énormes lanternes d'une locomotive remorquant un train de céréales et filant à toute vitesse. Quelques personnes crièrent : "Sauve qui peut !" De nombreux voyageurs se précipitèrent hors des wagons beaucoup sautèrent par les fenêtres. Quelques secondes après, un choc effroyable se produisait.

Le train tamponneur comprenait vingt-huit wagons transportant quatre cent quatorze tonnes de céréales. C'était un chargement presque anormal. La voie ferrée est en pente assez rapide : sept, huit, parfois douze millimètres depuis sept kilomètres avant le Tlelat. Le train marchant à 55 ou 60 kil. à l'heure, engagé dans cette descente, filait à une allure vertigineuse quand il franchit le disque ; celui-ci était fermé. Le mécanicien serra ses freins et siffla pour faire serrer les autres freins. Mais la locomotive seule avait des freins Westinghouse ; les wagons de marchandises n'étaient pourvus que du frein ordinaire à patins.

Le convoi, entraîné par sa vitesse et son poids formidable, ne put être ni arrêté, ni ralenti. Il entra en gare à 50 kilomètres à l'heure et vint télescoper le train de Tlemcen par l'arrière. La locomotive, très puissante, du modèle de celles qu'on emploie pour les trains rapides de voyageurs, s'enfonça de deux mètres dans le wagon de queue; qui fut soulevé et passa sur la machine. Ce wagon, était heureusement très solide. Le milieu résista, mais l'avant fut écrasé. Quant aux cinq voitures qui le précédaient, moins solides et d'un vieux modèle, elles furent réduites en miettes. Les plates-formes et les essieux se dressèrent perpendiculairement., tandis que les superstructures étaient littéralement rasées. Sur l'espace occupé ordinairement par un wagon, il y en a cinq les uns sur les autres. Du côté du train tamponneur, des centaines de sacs de blé ou d'orge ont été projetés à dix et vingt mètres. Le train de Tlemcen a été, sous le choc, déplacé vers l'avant d'au moins quatre-vingts mètres.

Parmi les voyageurs se trouvaient M. Trouin, député d'Oran, et plusieurs de ses amis, qui occupaient le wagon de queue, justement le moins atteint. M. Trouin et ses compagnons, au sauve-qui-peut, avaient pu fuir, sauf deux qui eurent l'esprit de s'accrocher aux filets et de tenir les jambes au-dessus des banquettes ; ils en ont été quittes pour des contusions sans gravité. Les wagons broyés appartenaient à la troisième classe : ils étaient surtout occupés par des moissonneurs espagnols rentrant à Oran. Le plus grand nombre des victimes appartient à ceux-ci ; il y a aussi quelques femmes et deux tout jeunes enfants. Enfin on compte parmi les morts le commandant Fariau, des affaires indigènes.

Une famille entière, père, mère, et fillette, a péri ; une enfant de quatre ans, fille d'une sage-femme d'Oran, a eu sa mère tuée ; elle est restée seule et une voyageuse a recueilli la malheureuse petite. Un gendarme d'Hennaya, récemment nommé dans l'Ariège, devant s'embarquer aujourd'hui pour la France avec sa femme et sa fillette, resta pris sous les décombres. Voyant emporter sa femme blessée, il lui dit : Fais-toi soigner et ne t'occupe pas de la petite, moi je n'ai rien. Mes jambes sont simplement prises, je ne souffre pas. Dès que je serai dégagé, j'irai te rejoindre avec notre fille. La femme partit, réconfortée. Bientôt le malheureux disait aux hommes qui essayaient de le dégager : Mais enlevez donc la jambe de mort qu'il y a là-dessous, elle me gêne. On tâta, c'était la sienne. Il ne sentait pas qu'il lui manquait une jambe, et à quatre heures du matin il expirait. Un autre est resté de deux à cinq heures à souffrir atrocement et est mort sous les yeux de ses sauveteurs. Entre deux plates formes, à 4 mètres de hauteur, un cadavre pend, pris par la jambe ; la tête est en bas, et par une large ouverture béante, la cervelle a coulé. Des décombres on retire une main, puis une jambe : à gui sont-elles ? A huit heures du matin il y avait vingt-cinq morts constatés et trente blessés sérieusement ; les voyageurs simplement contusionnés sont au moins soixante. Les blessés ont été emportés par un train de secours à l'hôpital d'Oran.

Des premières constatations judiciaires, il résulte que le disque de protection était fermé et que toutes les mesures réglementaires avaient été prises, Le mécanicien, interrogé, a reconnu que le disque était fermé. Il dit qu'il a aussitôt sifflé aux freins et qu'il a renversé la vapeur, mais qu'il n'a pu se rendre maître de sa locomotive. Il estime être entré en gare à raison de trente kilomètres à l'heure. Le chef de train a également déclaré que le disque était fermé. Mais, pour lui, le train marchait trop vite, étant donnée la pente. Il a même serré les freins de son wagon, bien avant l'arrivée au disque. Quand j'ai vu que le choc était inévitable, a-t-il ajouté, je me suis dit : L'heure de mourir est venue. Mourir pour mourir, il vaut mieux que ce soit à mon poste. Je suis resté sur ma guérite, j'ai serré mon frein à bloc. Je me suis cramponné et j'ai attendu la mort. Par bonheur je n'ai rien eu. Les victimes dont les corps n'ont pas été réclamés seront transportées au Tlelat, ce soir à cinq heures.

Le Matin – 2 août 1910


EN BREF

Tentative de traversée du Pas-de-Calais à la nage - Le nageur anglais Jabez Wolffe a tenté hier dimanche d'accomplir à la nage la traversée du pas de Calais. Il était parti à 8 h. 38 du matin de la plage de Sangatte. en face de l'usine du tunnel sous-marin. Il se trouvait à 4 h. 45 du soir à douze milles de la côte française, soit à vingt kilomètres, lorsque le vent d'ouest ayant pris de la force, la houle empêcha le nageur de poursuivre sa route avec quelque chance de réussite. Il dut se résoudre à remonter à bord du chalutier automobile Marcelle-Simone qui escortait le nageur. On se souvient que Wolffe avait dû, dimanche dernier, dans les mêmes conditions, interrompre sa tentative de traversée à la nage de Calais à Dunkerque. Il recommencera. Le Temps – 2 août 1910

Une invasion de marsouins - Brest, 1er Août -Le ministre de la Marine vient d'écrire au préfet maritime de Brest qu'il a été avisé que la baie dé Douarnenez, qui est pleine de sardines, est actuellement infestée par les bélugas qui rendent la pêche très difficile. En conséquence, le ministre prescrit que le torpilleur 130, qui est spécialement chargé de la chasse aux marsouins dans la baie de Douarnenez devra embarquer 2 mousquetons et 1.600 cartouches à balles et se mettre en campagne. Le Petit Journal – 2 août 1910

Montagnes Russes

Accident de manège - Lyon, 1er Août - Hier soir, à 11 heures, aux montagnes russes installées sur la Vogue du cours du Midi, à la suite d'une fausse manœuvre, deux wagonnets se rencontrèrent à quelques mètres du départ. Dans chacun d'eux se trouvaient cinq ou six personnes qui furent précipitées, les unes sur les autres. Deux furent blessées gravement et durent être conduites à l'Hotel-Dieu. La plus gravement atteinte est Mlle Melanie Cordier, âgée de 20 ans, domestique rue Servient qui reçut des contusions multiples et douloureuses et eut, en outre, le bras et le poignet gauches fracturés. Une autre victime, M. Charles Derattaizi, employé de commerce, demeurant rue des Forces, fut blessé à la cheville et à la cuisse droites et se fit de profondes blessures à la tête et au bras. L'émotion, fut vive dans le public en entendant les cris d'affolement des voyageurs et en voyant les wagons renversés se télescoper. Le Petit Journal – 2 août 1910

Terrible vengeance d'un pompier californien - San-Diego (Californie), 1er août. — Dans un but de vengeance, parce qu'on l'avait révoqué pour fait d'insubordination, un ancien pompier, nommé Durham, envoya une fausse alarme à la caserne des pompiers, et lorsque ses anciens collègues parurent, il en tua un d'un coup de revolver, en blessa mortellement un second et grièvement un troisième. Menaçant alors d'un second revolver, ceux qui voulaient rapprocher, il réussit, à prendre la fuite et à gagner son domicile. Là, prenant un bâton, il roua de coups sa femme et son enfant jusqu'à ce que mort s'ensuivit ; puis, profitant de l'obscurité, il parvint encore à s'échapper. Un détachement d'agents de police se mit à sa poursuite, et l'ancien pompier, se voyant sur le point d'être pris, se tira un coup de revolver dans la tête. On ne pense pas qu'il survivra à sa blessure. Le Matin – 2 août 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]