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05 août 10

Les actualités du 5 Août 1910

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Deux bombes à Levallois

Maison endommagée

Trois agents et un sous-brigadier parcouraient à bicyclette, l'avant-dernière nuit, les rues de Levallois-Perret. Il était minuit et quart. Soudain une détonation formidable retentit, à 300 mètres environ devant eux. En même temps, une forte odeur de poudre se répandit et une colonne de fumée s'éleva. Guidés par cette odeur et cette fumée, les hommes de police, en une minute, se trouvèrent rue Clément.

La rue Clément est, si l'on peut dire, une rue sans maisons. Elle file entre deux palissades, derrière lesquelles sont des terrains vagues. Toutefois, dans l'un de ces terrains est bâti un pavillon, dernier vestige du vélodrome de Levallois. Il se compose d'un rez-de-chaussée et d'un étage.

Les agents étant arrivés devant ce pavillon, virent que la grille d'une fenêtre du rez-de-chaussée avait été arrachée. Les vitres avaient complètement disparu, et aussi les montants qui les encadraient. Le soubassement avait été emporté, et un trou assez large était percé dans le mur. Aussi, le sous-brigadier, qui est agile, put pénétrer assez aisément dans le logement du rez-de-chaussée. C'est un petit logement de deux pièces. La première était vide. Dans la seconde, l'agent trouva une femme affolée, que l'explosion avait réveillée en sursaut. C'était Mme Sussot, femme d'un laveur, de voitures, employé dans une Compagnie voisine.

Le sous-brigadier, ayant constaté que Mme Sussot n'était pas blessée, commença aussitôt une enquête. Il ne monta pas au premier étage, qui est inhabité en ce moment. Le locataire est un inspecteur de la police de Levallois, M. Frison. Or, il est en Bretagne, avec sa femme, depuis dix jours.

Ayant constaté les dégâts commis par l'explosion, les agents retournèrent dans la rue. Or, ils découvrirent, sur le trottoir, un engin auquel était attachée une longue mèche éteinte. L'un deux alla prévenir le commissaire de police, qui téléphona à la préfecture. Bientôt un employé du Laboratoire municipal, M. Truchon, arrivait à Levallois. Ayant examiné l'engin, il reconnut que son transport offrirait des dangers.

C'était une espèce de marmite cylindrique, en fer semblable à celle dont se servent les ouvriers pour transporter leur repas. Elle mesurait dix centimètres de longueur sur huit centimètres de diamètre. Le couvercle était percé d'un trou destiné à laisser passer un détonateur à mercure, muni d un cordon Bickford. Sur les côtés de la marmite, un petit tube en verre était soudé. L'engin pouvait contenir 500 grammes do poudre explosive — sans doute de la poudre chloratée. Deux lamelles de métal traversaient le cylindre, selon la ligne de l'axe. Elles avaient servi sans doute à tasser fortement la poudre dans la marmite.

Les agents montèrent la garde autour de cet engin jusqu'à sept heures du matin, où arrivèrent le sous-directeur du Laboratoire municipal, M. Guichard, chef de la brigade des anarchistes, et M. le juge Hastron. On fit alors éclater la bombe, après l'avoir recouverte de terre. La détonation fut formidable et une épaisse fumée se répandit. Les débris de l'engin,soigneusement recueillis, ont été mis sous scellés, et les chimistes du laboratoire les examineront.

Voici quel est le résultat de l'enquête des magistrats : Deux bombes ont été placées sur le rebord d'une fenêtre du pavillon, entre la grille et les vitres. L'une d'elles a explosé avant l'autre, qui a été projetée sur le trottoir et dont la mèche s'est éteinte. La preuve de ce fait, c'est que le cordon Bickford a été trouvé enroulé autour de la seconde bombe. Il semble donc certain que cet engin a roulé sur le trottoir. L'auteur de l'attentat, on ne le connaît pas. La police suit une piste dont elle ne veut rien dire.

Quel a été le mobile de l'attentat? Il ne semble pas qu'on ait voulu tuer Mme Sussot. Ni elle ni son mari ne se connaissent d'ennemis. Il faudrait donc admettre qu'on visait l'inspecteur Frisch. Celui-ci, au cours de récentes grèves, a eu maille à partir avec des révolutionnaires qui auraient voulu se venger. C'est là une hypothèse qu'aucun indice matériel ne confirme. L'engin eût fait d'importants dégâts si le mur du pavillon avait offert plus de résistance, et si, d'autre part, une fenêtre prenant jour sur la cour n'avait été ouverte.

Le Figaro - 5 août 1910


EN BREF

A Issy, une promeneuse est tuée par un biplan - Dans la soirée d'avant-hier, Mme Lejart, née Héron, ménagère de trente ans. travaillant dans une blanchisserie de Grenelle, revenait d'Issy-les-Moulineaux et s'acheminait vers son domicile, 8, rue Sainte-Lucie, à Paris. Elle avait pris, pour gagner du temps, un sentier qui traverse le champ de manœuvres d'Issy. A ce moment, quelques aviateurs se livraient à des essais ; d'aucuns volaient à différentes hauteurs. Un d'eux. M. Van den Heuven, qui pilotait un biplan, voulut atterrir. Il approchait du sol, quand un cycliste, coupant sa ligne, le contraignit à obliquer. L'aviateur alla ainsi se jeter sur Mme Lejart qui, heurtée avec violence par l'appareil, fut projetée sur le sol. On se porta à son secours et, peu après, quoique ses blessures parussent peu graves, la blanchisseuse était dirigée sur l'hôpital Boucicaut. Elle y est morte au milieu de la nuit. Informé de ce décès, le commissaire de Vanves a, dans la journée d'hier, fait transporter le corps à la morgue. Le Petit Parisien – 5 août 1910

Un acquittement aux assises de l'Ardèche — Albert Philippon, âgé de vingt-sept ans, a comparu hier devant la cour d'assises de l'Ardèche. Le 17 avril dernier, l'accusé ayant rencontré dans un café, à Baix, son beau-frère Ayzac, négociant en grains à Montélimar, le tua net d'un coup de revolver à la tête. Philippon, récemment marié, venait d'être abandonné par sa femme et il reprochait à son beau-frère d'entretenir avec elle des relations coupables et de l'avoir incitée à abandonner le domicile conjugal. Le jury a rendu un verdict d'acquittement. Le Temps – 5 août 1910

Bataille entre apaches marseillais et toulonnais — On mande de Marseille que l'avant-dernière nuit, à deux heures du matin, boulevard Rodocanachi, à l'extrémité de la rue Paradis, une rencontre s'est produite entre apaches marseillais et apaches toulonnais, arrivés dans la soirée à Marseille. Deux de ces derniers, Gabriel Barthélémy, 21 ans, dont les parents sont liquoristes à Toulon, et Carolino Gaudonzo, ouvrier coiffeur, ont été blessés mortellement. Gabriel Barthélémy a succombé hier à midi. Le Temps – 5 août 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]