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08 août 10

Les actualités du 8 août 1910

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La première course aérienne au monde est partie ce matin d'Issy les Moulineaux

Circuit de l'Est - Depart de Mamet

Les aviateurs engagés dans le Circuit de l'Est sont partis hier matin du champ de manœuvres d'Issy-les-Moulineaux. Ils ont franchi la première étape, Paris-Troyes, sans accident, avec une régularité et une assurance admirables. C'est là un événement qui fera date dans l'histoire de là science moderne. L'espace est conquis, définitivement conquis par l'homme. Il est maintenant acquis que le plus lourd que l'air peut parcourir des distances et des itinéraires determinés a l'avance.

La population parisienne s'intéresse toujours aux événements sportifs. Aussi la foule était considérable autour du champ de manoeuvres d'Issy-Les-Moulineaux. A partir de cinq heures du matin, les trains, les autobus, déversaient par milliers les curieux sur le lieu du départ. Mais la plupart vinrent tout simplement à pied, mettant à profit l'air pur de cette belle matinée d'été. C'était un spectacle peu banal de voir les grandes artères de Paris, la chaussée vide de voitures, tandis que de longues files de Parisiens longeaient les trottoirs dans le même sens. Des familles entières, femmes, enfants, se mettaient en route au lever du jour quelques-unes d'ailleurs avec force provisions.

Les fortifications étaient garnies de curieux et, d'Issy-les-Moulineaux jusqu'à la porte d'Orléans, sous le passage des aviateurs, la foule était énorme. La butte Montmartre, éloignée pourtant du lieu de départ, était, elle aussi, bien garnie. Les marchands de vins des quartiers Saint-Charles et Saint-Lambert sont restés ouverts toute la nuit. Ils firent, dit-on, de belles recettes. La Tour Eiffel était ouverte à quatre heures du matin au lieu de dix heures, et les trois plateformes de la Tour furent tôt garnies.

Un service d'ordre formidable avait été organisé autour du champ de manœuvres. Il ne comprenait pas moins de 3,000 soldats, dont 800 cavaliers, sans compter les agents des différents arrondissements, les brigades centrales et les régiments de la garde à pied et à cheval. Tous ces hommes avaient été placés sous la direction de Laurent, secrétaire général de la préfecture de police.

Les curieux sont évalué sur le champ de manœuvres et dans les alentours à 300,000. Une telle foule ne peut être contenue sans quelques incidents. Des bousculades inévitables se produisirent, en particulier à la porte étroite des fortifications qui fait face à la station de ceinture de Grenelle et par laquelle entraient les invités munis de cartes spéciales. On dut même, un instant, fermer complètement les grilles et faire, dégager les abords de la porte par un escadron du 1er cuirassiers et par un bataillon du 76e de ligne.

A six heures, alors que plusieurs départs étaient déjà effectués, un monoplan Blériot apparaît à l'horizon, se dirigeant sur le champ de manœuvres. L'aviateur Moisant et un de ses amis, M. Caros, ont trouvé, un bon moyen d'entrer sans carte. La foule leur fait un gros succès.

Il est cinq heures. C'est l'heure officielle. Sept appareils sont là sur le terrain, les hélices tournent follement, cependant que les moteurs crachent, toussent dans un ronflement formidable. C'est une minute véritablement émouvante.. Les commissaires sportifs, MM. de Kergariou, Gasnier et Fournier, et le chronométreur Audistère à leur, poste, donnent, à 5 h.13' 28" le premier départ à Aubrun ; à 5 h.18 43" Leblanc l'imite et à 5 h. 23' 35" Manet prend à son tour le départ.

Les monoplans suivent tous la ligne des fortifications aux acclamations d'une foule en délire. L'impression produite sur le public est considérable, quand nettement, dans le ciel azuré, sous les rayons du soleil qui se lève et qui rend les gros oiseaux artificiels presque transparents, les aéroplanes filent dans la direction de Juvisy.

Le premier biplan qui part est celui de, Lindpaintner. Il s'envole à 5 h. 30' 17". On suit plus facilement des yeux et plus longtemps le gros biplan que les fluets monoplans. Ces quatre aviateurs ont pris facilement le départ. Les suivants sont moins heureux ou moins habiles. Bielovuci part à 5 h. 31' 5", Busson part à 5 h. 35' 22", Brégi part à 5 h. 37' 51". Mais pour des raisons diverses, tous trois atterrissent après quelques tours. Néanmoins, aux termes du règlement, ils sont considérés comme partis aux heures: précises que le chronométreur a enregistrées. Ils sont libres de s'envoler à nouveau quand ils le jugeront convenable.

Métrot prend le départ à 6 h. 8' 3", mais il rentre bientôt. A 6 h. 30, il n'y a donc que cinq aviateurs en route pour Troyes. Les départs semblent maintenant devoir s'espacer. Les automobiles partent à la poursuite des cinq pilotes qui font route vers le but de la première étape. Partent encore : Brégi, à 6 h. 52 21" ; Legagneux, à 7 h. 54' 13" ; Weymann, à 9 h. 13".

La ville de Troyes est en mouvement dans toutes les rues, avenues et boulevards, la foule attend anxieusement l'arrivée des aviateurs. Enfin, à 6 h. 43, un pont noir apparaît à l'horizon ; il se rapproche de plus en plus ; c'est un monoplan, suivi bientôt d'un autre. Ils se donnent naturellement la chasse;après s'être pourchassés quelques minutes, ils atterrissent presque simultanément dans l'aérodrome à 6 h. 53. Décrire l'ovation qui fut faite aux hardis aviateurs est impossible : ils sont pressés, embrassés et ont toutes les peines du monde pour échapper à l'enthousiasme populaire.

Voici exactement à quelle heure ils ont atterri. Le premier, Alfred Leblanc, à 6 h. 52 m. 3.8. Puis Aubrun descend à 6 h, 53 m, 2 s. Trente-cinq minutes d'attente et voici un nouvel oiseau qui se montre à l'horizon. C'est un biplan ! Rapidement la forme se dessine et bientôt l'on peut lire numéro 26. C'est Lidpaintner qui, après une descente impressionnante, reprend contact avec le sol. Il est 7 h. 30. Un long entr'acte pendant lequel tout les commentaires les plus divers circulent parmi la foule. Puis, à 10 h. 30, voici Mamet qui exécute une descente en vol plané. Nouveaux applaudissements. L'aviateur déclare qu'il s'est égaré dans la brume et qu'il a dû faire escale à Coole. Il a parcouru 240 kilomètres environ. Une très longue attente, puis, à 11 h. 53 m. 35 s., Legagneux descend d'une façon véritablement impressionnante. Il est salué par de chaleureuses acclamations.

Le classement s'établit donc ainsi : 1. Alfred Leblanc, couvrant les 135 kilomètres en 1 h. 33 m. 20 s. ; 2. Aubrun, en 1 h. 39 m. 34 s. ; 3. Lindpaintner, moteur Gnome, hélice intégrale Chauvière, en 2 h. 17 s. ; 4. Mamet, en 5 h. 8 m. ; 5. Legagneux, en 3 h. 59 m. 22 s. ; 6. Weymann, arrivé à Troyes à 2 h. 39.

L'Humanité – 8 août 1910


EN BREF

Cyrano

Inauguration d'un buste de Coquelin aîné - On a inauguré aujourd'hui, au foyer du théâtre de Dieppe, un buste en marbre de Constant Coquelin, œuvre fort belle du sculpteur A. Maillard. Le soleil égayait la salle claire; la mer était calme et lumineuse, et la cérémonie s'est déroulée dans une atmosphère de jeunesse et de joie. Coquelin venait souvent à Dieppe, et il y comptait de nombreux admirateurs et des amis qui lui ont gardé un souvenir fervent. M. Coche, maire de la ville, a rappelé ce passé tout récent en un discours qu'on a applaudi fréquemment. Puis M. Isidore Bloch, qui fut l'ami du grand comédien disparu, parla aussi de Coquelin, et loua sa mémoire en termes émus et délicats. Enfin M. Gustave Coquelin, frère des deux artistes défunts, remercia, en quelques paroles simples et touchantes, la municipalité de Dieppe, le comité qui prit l'initiative de cette cérémonie, et le statuaire, M. A. Maillard. Puis on lut un poème de M. Georges Lebas, ami personnel de l'interprète de Cyrano, et le soir, tous ceux qui avaient pris part à la fête, se retrouvèrent au Casino ou, en un banquet, on célébra encore la mémoire du grand Coquelin. Le Temps – 8 août 1910

un ballon militaire en plein paris - A six heures du soir, au milieu d'une affluence considérable de curieux, un ballon sphérique, monté par le capitaine Pellegrin, du 132° régiment d'infanterie, et le lieutenant Picard, de l'état-major du 9e corps, descendait sur Paris malgré les efforts des aéronautes pour remonter et gagner la campagne. A bout de lest et ne voyant aucun moyen d éviter la descente, le capitaine Pellegrin, qui pilotait l'aérostat, prit ses dispositions d'atterrissage et entra en contact avec le sol rue d'Allemagne, à la hauteur du numéro 190. Les passants s'attelèrent au guide-rope, puis aidèrent les aéronautes à dégonfler et à plier le ballon. Des agents durent organiser un service d'ordre et éloigner quelques garnements qui lançaient des allumettes enflammées dans la direction de l'aérostat pendant l'opération du dégonflement. Sans accident aucun, vingt minutes après au plus tard, les deux officiers faisaient charger sur un camion leur nacelle et tout le matériel du ballon pour les faire transporter au fort de Vincennes. Le Gaulois – 8 août 1910

Acharnée à mourir - Clermont-Ferrand — Mlle Jeanne Bonardot, trente-sept ans, veut en finir avec la vie. Dans la seule journée d'hier, elle a tenté cinq fois de se tuer sans y réussir. D'abord, elle a avalé de l'essence minérale qui lui a donné très mal au cœur ; elle a absorbé de l'alcool à brûler, dont elle ne conservera qu'un mauvais souvenir ; elle s'est pendue : la corde a cassé ; elle s'est donné un coup de rasoir à la gorge, Jeanne Bonardot en a été quitte pour une estafilade douloureuse ; enfin, elle s'est précipitée, la tête la première, dans son escalier ; on l'a relevée aussitôt : elle n'avait de cassé que quelques dents. Souhaitons que la désespérée ne pousse pas plus loin la recherche des moyens de suicide. Le Gaulois – 8 août 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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