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09 août 10

Les actualités du 9 août 1910

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Un Touareg à Paris

Chef Touareg

Moussa ag Arnastane, amenoukal (chef) - des Kil Ahaggar, ou Touaregs Hoggar, est arrivé hier soir à Paris. C'est la première fois qu'il contemple un autre décor que celui du sable, des rochers, que des arbres et des troupeaux. Il n'avait jamais franchi la frontière du Sahel; notre monde compliqué et bruyant le remplit d'étonnement. Les automobiles surtout l'ont surpris, plus que les trains, plus que les paquebots même; cette petite voiture allant si vite effare le Berbère, pasteur et pillard qui parcourut plaines et montagnes sur un méhari docile et prompt. Dans le wagon-restaurant, où il dina pendant le trajet de Marseille à Paris, l'emploi de la fourchette lui causa quelque peine et le colonel Laperrine, qui l'accompagne comme un père indulgent son naïf enfant, connut mille angoisses au cours de ce repas malaisé.

Moussa ag Arnastane est descendu au Cercle militaire avec ses deux cousins, Souri ag Chek Kal, qui a trente-neuf ans, et Ouennni ag Mennir, qui en a vingt-six et qui porte avec fierté le titre de brigadier au corps français des méharistes du Tidikelt. Moussa ag Arnastane, tout voilé, tout armé, tout chargé d'amulettes, nous a reçu ce matin dans un salon du Cercle militaire. C'est un beau guerrier, brun de peau, large, haut et droit. Le regard est joyeux et franc, sous la guimpe de tulle noire qui ombrage son front, comme à certaines de nos religieuses. Il tend une main forte pour le salut à la française et serre énergiquement nos pauvres doigts de civilisés. La bouche et le menton sont enfouis sous le voile sombre. La tête est enturbannée d'une étoffe noire, très légère, qui forme tout le vêtement, lequel n'est point la gandourah arabe, mais une sorte de chasuble longue et flottante recouvrant un second vêtement blanc dont deux pans sont noués sur la poitrine. Les pieds nus so,t posés sur de larges sandales qui leur donnent l'aspect de pattes palmées.

Moussa ne parle pas l'arabe mais le tamahak idiome des Touaregs. Son cousin, le brigadier de méharistes, qui sait l'arabe, lui sert d'interprète. Moussa est le chef de tribus montagnardes — nos officiers ont pu relever des altitudes de 2,500 à 3,000 mètres — qui avant d'avoir fait leur soumission à la France (1903) vivaient de rapine autant que de labour et d'élevage. C'est l'une d'elles qui massacra le capitaine Flatters, et le Touareg Ahitarel, qui se flattait d'avoir tué de sa main l'officier français, avait à leurs yeux le mérite et la valeur d'un héros. Peu de temps après l'assassinat de Flatters, le chef des Touaregs mourut, et la fonction étant élective, on se prépara à nommer un nouveau chef. Deux programmes électoraux étaient en présence. L'un comportait l'entente avec les Français, l'autre la guerre a mort à nos troupes. Moussa ag Arnastane était candidat et représentait le programme de l'entente avec la France. Il fut battu, et son concurrent, Atticci ag Amittat, élu chef des Touaregs , commença aussitôt les hostilités contre nous.

Nous nous défendîmes, et le lieutenant Cottenest leur infligeait, le 7 mai 1902, une défaite où ils perdirent une centaine de cavaliers. Alors nos bons Touaregs se prirent à réfléchir, et la majorité d'entre eux se montrèrent partisans de la soumission et le firent savoir aux chefs français. Mais ceux-ci refusèrent de traiter avec Atticci ag Amittat, instigateur de la révolte. Or Moussa, depuis son échec électoral, vivait à l'écart. Le commandant de nos troupes lui écrivit, lui offrant d'être l'intermédiaire entre les partisans de la soumission et la France. Moussa accepta d'enthousiasme. Il fomenta la révolution chez les Touaregs, fit très adroitement un petit 18 Brumaire et Atticci ag Amittat se vit renié par ceux-la mêmes qui l'avaient voulu pour chef. Depuis Moussa et ses compatriotes sont nos loyaux alliés.

Ils sont, ces Touaregs, un peu différents des Arabes : à la fois plus naïfs et plus gais. ils observent le culte d'Allah, mais sans ferveur. ils aiment la vie et ne s'imposent aucune règle trop austère, ils sont monogames et traitent leur, femme et leurs enfants plus humainement que beaucoup des hommes du peuple de nos grandes villes, nous disait un officier français qui vécut parmi eux. Leurs mœurs se rapprochent des nôtres quant à la fidélité conjugale, et ils deviennent pieux en vieillissant — ce qui fait dire à un Français de leurs amis qu'à un certain point de vue ils sont civilisés.

Moussa restera parmi nous pendant plusieurs semaines. Le colonel Laperrine, commandant le territoire du Touat, qui nous l'amena, veut l'instruire, lui faire visiter des usines et des fermes. Peut-être aussi irons-nous au cirque, nous dit le colonel; mais Moussa a une prédilection pour; les spectacles sérieux. Le colonel Laperrine est un homme simple, qui en narrant des épisodes de la vie au désert, ne parle jamais de lui, en citant volontiers le nom de ses camarades. Il s'est montré officier de haute, valeur; mais il impose surtout la sympathie et les respect par la modestie de son attitude. C'est un vrai Français, et Moussa, naïf, doux, rieur et puissant, complète vraiment, auprès de lui, le symbole de la France colonisatrice protégeant l'indigène étonné et reconnaissant.

Le Temps – 9 août 1910


EN BREF

Foudroyé au téléphone - New-York, 8 Août - A Ludington, dans le Michigan, M. Henry Rath s'apprêtait à recevoir une communication téléphonique, pendant que sévissait un violent orage. A peine avait-il approché le récepteur de son oreille qu'il tomba foudroyé par une violente décharge électrique. Le Petit Journal – 9 août 1910

Pilleurs de tombeau - Abbeville, 8 Août - Une tentative de vol commise dans des conditions odieuses et répugnantes vient de se produire ici. Des malandrins se sont introduits dans le cimetière de Saint-Riquier et ont tenté de profaner le tombeau où reposent les restes de M. Hourdel, ancien maire et notaire de la cité, décédé en 1774, et de sa fille, la baronne de Pfaff, décédée en 1773. Le mausolée a été complètement démoli, les plaques de marbre du pourtour, où se lisaient de curieuses inscriptions latines, sont brisées. Les dévaliseurs de tombeaux ont été arrêtés dans leurs opérations par une épaisse maçonnerie en pierres cimentées sur laquelle on relève de nombreux coups de sonde ou de pic. Ils étaient sans doute attirés par l'espoir d'un gain considérable, car, de la croyance générale, on considérait à tort ce monument comme contenant les restes du baron de Pfaff de Pfaffenhoffen, émigré autrichien né à Vienne, en 1715, réfugié en France, en 1750, à la suite d'un duel pour lequel il était poursuivi. Le baron s'était marié en 1751 avec la fille du maire de Saint-Riquier. L'étranger, qui, en même temps qu'artiste passait pour original, s'était fait inhumer, suivant des récits transmis de génération en génération, avec des bijoux de grande valeur. Il était propriétaire d'une maison sise dans la rue des Cordeliers, à Abbeville, qui existe encore. C'est à lui qu'on doit les admirables sculptures de l'abbaye de Valloires et de la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Saint-Riquier. Il mourut le 17 juillet 1784. à Avallon (Yonne) et c'est là que se trouve sa tombe. Les auteurs de cet acte abominable sont activement recherchés. Le Petit Journal – 9 août 1910

200.000 francs dans un cercueil - Le lot de 200,000 francs sorti au dernier tirage de la Tombola de l'Exposition de Bruxelles n'a pas été réclame. Or, on raconte maintenant que le billet gagnant se trouve dans un cercueil, au cimetière de Jemeppe, commune du pays de Liège. Au mois de juin dernier, un jeune ouvrier nommé Scherlind, fut tué par la chute d'une machine, dans un charbonnage. On l'enterra, comme c'est la coutume, avec ses habits du dimanche. Ses parents se rappellent maintenant avoir laissé, par distraction, dans, la poche du veston, un billet de tombola acheté peu de jours avant sa mort par le défunt, et ils croient même se souvenir que le chiffre inscrit formait celui du numéro gagnant. Ils demandent maintenant qu'on procède a, l'exhumation et à l'ouverture du cercueil, afin qu'on puisse vérifier si le numéro enterré est, comme ils le croient, le bon numéro. Il est curieux de voir ce que feront les autorisés et si le motif leur paraîtra valable. La Presse – 9 août 1910

Nice – Villefranche à la nage - Nice, 8 août - La grande course annuelle en pleine mer, disputée sur le parcours Vlliefranche-Nice, soit 7 kilomètres, a au lieu hier en présence d'un public fort nombreux. Paul Vasseur s'est classé premier en 1 h.50 m. 33 s., devant le belge Pletincx, Artuso; Ooms, Sanders, Giribaldi, Malaussena et Ardoin. Trois concurrents ont abandonné. La Presse – 9 août 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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