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11 août 10

Les actualités du 11 août 1910

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La deuxième étape du circuit de l'Est

Arrivée de Legagneux à Nancy

Troyes, 9 août. Un public nombreux plus matinal que dimanche dernier est venu assister au départ de la seconde étape du circuit de l'Est. Dès la pointe du jour, une grande activité régnait a l'aérodrome. Les hangars se sont ouverts successivement et peu à peu on entend le ronflement des moteurs que l'on essaye. Le soleil s'est levé dans un ciel d'une pureté idéale, mais un léger brouillard recouvre la plaine. Les commissaires sportifs, MM. de Kergariou, Pierre Gasnier et André Fournier informent les concurrents que l'heure est arrivée.

II y a deux mille personnes environ sur l'aérodrome quand Lindpaintner, qui vient de faire sortir son appareil, essaye son moteur pour la dernière fois. A 5 heures 14 minutes 47 secondes exactement, l'aviateur allemand prend doucement son vol, le premier, aux applaudissements du public, fait un tour, prend la direction du Nord, et enfin celle de l'Est. Bientôt il disparaît derrière le rideau d'arbres qui s'élève au fond du terrain de manœuvres. C'est ensuite Legagneux qui fait également un bon départ à 5 heures 25 minutes 52 secondes. Un tour de piste et il disparaît à son tour vers l'Est. Puis Aubrun et Alfred Leblanc partent. Ce dernier, légèrement souffrant hier, est complètement rétabli.

Le moteur du monoplan d'Aubrun est d'abord mis en marche. On souhaite bonne route au sympathique aviateur, qui s'élève en agitant le bras. Il est exactement 5 heures 33 minutes 27 secondes. Enfin, à son tour, acclamé aussi, Leblanc quitte l'aérodrome et file vers la frontière. Il est 5 heures 40 minutes 1 seconde. Sur les six arrivés de la première étape, quatre sont partis. Weymann, à son tour, veut s'élever, mais c'est un faux départ, suivi d'un atterrissage brusque. Il casse un de ses patins, et il ne pourra pas partir avant midi, assure-t-on.

Enfin Mamet, dont un atterrissage violent avait hier soir détérioré légèrement l'appareil, n'a pas encore effectué complètement les réparations nécessaires, et il déclare qu'il ne pourra partir que dans l'après-midi. L'appareil de Brégi, un autre concurrent, est arrivé hier soir par la route, mais on n'a pas de nouvelles du pilote, et l'on s'en inquiète. Quoique ce dernier aviateur n'ait pas accompli l'étape Issy-les-Moulineaux-Troyes, il a néanmoins le droit comme les autres partants mais non arrivants de cette étape, de concourir pour chacune des autres; seulement il ne pourra figurer dans le classement général et ne peut prétendre qu'à des prix de ville à ville.

La plus grande préoccupation des aviateurs, pour l'étape d'aujourd'hui, de Troyes à Nancy, était la difficulté qu'ils pourraient avoir à reconnaître leur route. Le comité d'organisation du circuit de l'Est, a aussitôt fait télégraphier dans toutes les localités du parcours, pour que de grandes pièces de calicot fussent posées dans des endroits bien en vue pour jalonner la route, et aussi pour que des feux de paille humide fussent allumes dès quatre heures du matin, afin que les colonnes de fumée servent de points de repère.

On télégraphie de Joinville (Haute-Marne) que Lindpaintner a atterri à 6 h. 45 à Valleret. Il a cassé un patin de son aéroplane. Comme il était extrêmement fatigué, il est parti dès que ses mécaniciens lui ont amené son automobile et est allé se coucher à Bussy. Pendant ce temps, le constructeur de son appareil, M. Sommer, est arrivé; il a réparé immédiatement le biplan, et à neuf heures la réparation était terminée. Mais on ignore encore, étant donné le mauvais temps, l'heure à laquelle l'aviateur repartira. Toutefois il est fort probable qu'il ne s'envolera pas avant quatre heures. L'atmosphère est extrêmement mauvaise et les remous dangereux. Legagneux a passé à 7 h. 25 sur Joinville et a atterri quelques kilomètres plus loin, entre Sonnans et Montreuil, pour les mêmes raisons que Lindpaintner. Mais peu après son atterrissage il est reparti.

Le champ d'aviation de Nancy est d'allure aussi minable que celui de Troyes était joli. Les installations sont rudimentaires, sans coquetterie, sans tenue; rien n'est achevé, les passerelles prévues pour les dégagements de la foule ne sont même, pas commencées pour gagner le champ d'aviation de Jarville. Les voitures doivent franchir un pont étroit jeté sur un ruisseau et le service d'ordre s'inquiète. Douze gigantesques hangars attendent les aviateurs. Les hautes cheminées fumeuses de deux grandes usines de minerai et leurs crassiers signaleront aux concurrents le champ d'aviation qui se développe dans une plaine sans grâce. Il fait un temps superbe. Du brouillard, mais du vent. On est sans nouvelles du parcours, ceux qui en viennent n'ont pas aperçu les concurrents. Ils pensent que c'est à cause des accidents de terrain. La foule n'est pas considérable dans l'aérodrome, elle se tient sur les collines qui entourent le champ d'aviation.

Ce sont ces foules haut perchées qui signalent l'arrivée des premiers : Leblanc et Aubrun, qui apparaissent on même temps à deux kilomètres l'un de l'autre. Les clameurs de la foule se mêlent aux grognements des porcs d'une gigantesque porcherie qui borde le champ. Leblanc décrit une courbe et coupe directement la ligne. II atterrit à huit heures, ayant effectué le parcours en deux heures vingt, à sa montre. Il est venu sans trop de difficultés, bien qu'il ait eu à. lutter contre de violents remous au-dessus de la forêt de Toul. Il s'est un moment cru perdu et faillit atterrir. En route, il a passé Aubrun qui a volé dans son vol. A peine Leblanc venait-il d'atterrir qu'Aubrun atterrissait. II volait à l'arrivée plus haut que Leblanc; son voyage fut également heureux. Les pailles brûlées sur le parcours et des draps étendus dans les champs ont facilité sa tâche. Dès le départ il a dépassé Lindpaintner et Legagneux ; il a vu Leblanc quand celui-ci l'a dépassé, il l'a suivi un instant, l'a perdu, et ne l'a retrouvé qu'en vue de Nancy.

Les heures officielles d'arrivée sont pour Leblanc sept heures cinquante-neuf minutes cinquante secondes, pour Aubrun huit heures une minute dix-neuf secondes. On est sans nouvelles des autres, mais à la minute on annonce que Lindpaintner est tombé à Frolois près de Richard-Mesnil, à douze kilomètres d'ici. Logagneux apparaît enfin sur le vélodrome à 10 h. 56' 18" 2/5 et se pose doucement au milieu de l'enceinte. J'ai fait, raconte-t-il, un excellent voyage et j'espère maintenant terminer le circuit. J'ai dû atterrir trois fois en cours de route : à Bainville et à Viterne pour m'approvisionner d'essence, à Saint-Nicolas-du-Port pour demander mon chemin. Dans cette dernière localité, j'ai appris que Lindpaintner, le pilote du biplan Sommer, avait brisé son châssis à Wassy, mais qu'il s'était tiré personnellement indemne de l'accident. Je considère que le plus dur du parcours est fait et que maintenant j'ai de grandes chances de regagner Paris. Et là-dessus, Legagneux a quitté la piste pour se dérober aux ovations de la foule.

Le Temps – 11 août 1910


EN BREF

Émeutes en Italie - Rome, 10 août — De sérieux désordres se sont produits ce matin à Bari. Pour manifester contre le renchérissement des loyers un millier de personnes se sont réunies vers neuf heures et demie, place Roma, et ont parcouru les rues de la ville, en poussant des cris séditieux. Aux injonctions des agents et des carabiniers d'avoir à se disperser, les manifestants répondirent par une grêle de pierres qui contraignit la force publique à battre en retraite.L'intervention de la troupe exaspéra encore plus les manifestants, dont le nombre s'était élevé à près de cinq mille. Les pierres continuèrent a voler plus que jamais; des coups de revolver partirent de la foule et blessèrent plusieurs agents et carabiniers. Ces derniers firent feu. Les soldats tirèrent en l'air. Une charge de cavalerie finit par disperser les manifestants. Il y eut trois morts du côté de la foule et vingt-deux blessés. Du côté de la force publique on releva une vingtaine de blessés. On craint de nouveaux incidents. La population est exaspérée. Le Matin – 11 août 1910

Un mariage difficile - Beauvais, 10 août — Au moment d'unir deux de ses administrés, M. Chenevay, maire de Persan, constata que le fiancé, un robuste gaillard, fortement moustachu, était, d'après son acte de naissance, une jeune fille. Olivier-Stéphane Miné a en effet été déclaré par son père, à la mairie de Bacouel (Oise), comme appartenant au sexe féminin, et il a eu beau faire remarquer au magistrat municipal que le conseil de révision l'avait déclaré bon pour le service, M. Chenevay, loi en main, s'est montré impitoyable. Or si la situation du futur était étrange, celle de la future l'était davantage encore. L'État civil de Conches (Eure) la représentait comme la fille légitime d'un homme qui n'a jamais été l'époux de sa mère, laquelle fut mariée à un individu qui a disparu depuis vingt ans. Il s'ensuit que Mlle Célina Hamelin a deux pères, l'un que ne connaît pas l'état civil et qui a disparu, l'autre que l'état civil considère comme mort et qui est peut-être bien vivant. Le maire de Persan n'a pu que conseiller aux deux, fiancés d'adresser des requêtes aux. tribunaux de Clermont et d'Évreux et d'attendre les jugements. Lorsque ces jeunes gens convoleront, on ne pourra pas leur reprocher de faire un coup de tête. Ils auront eu le temps de réfléchir. Le Matin – 11 août 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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