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15 août 10

Les actualités du 15 août 1910

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Effroyable collision près de Royan – On compte 37 morts

Saujon - Catastrophe du 14 août 1910

Un nouvel accident, dont la gravité dépasse encore celle de la catastrophe de Villepreux, s'est produit hier matin, sur le réseau de l'Etat. A cinquante mètres de la gare de Saujon, sur la ligne de Pons à Royan, un train de voyageurs a tamponné un train de marchandises. Trente-trois voyageurs ont été tués, cinquante-six autres blessés. De ces derniers, quatre ont déjà succombé à leurs blessures; quatre autres sont dans un état qui inspire les plus vives inquiétudes.

Vingt et un morts ont pu être identifiés. Voici leurs noms: Mme Héloise Pajin, de Bordeaux; M. et Mme Chambon, de Bordeaux; M. Besson, de Bordeaux; Mlle Gabrielle Péhas, de Barsac, Mme Georgette Gay, de Barsac; Mme Parreaud, de Barsac, M. Raymond Paule, de Barsac; Mme Marie Gay, de Barsac, Mlle Yvonne Castaing, de Barsac; Mlle Cheminade, institutrice à Barsac; M. Clément, de Bordeaux; M. et Mme Lahouat, de Saint-Loubès, M. Legoff, de Mornac, M. Gallais, de Bordeaux, M. Henri Blanchard, de Mornac, Mme Gallais, de Mornac; M. Ibrac, maçon à Bordeaux, M. Laurona, de Bordeaux, M. Papillon.

La Compagnie de l'Etat organise tous les dimanches, au départ de Bordeaux, un train de plaisir, le train G, qui arrive à Royan à l'heure du déjeuner. Ce train, à la veille du 15 août,, était comble. On évalue le nombre des voyageurs qui l'avaient pris à 1,200. C'étaient, pour la plupart, de petits commerçants de Bordeaux ou de la région. Un pensionnat de jeunes filles occupait les premières voitures.

Le train allait pénétrer, peu avant onze heures, en gare de Saujon, lorsqu'il eut à franchir une aiguille. L'aiguille fonctionnait-elle mal? L'aiguilleur commit-il une erreur? L'enquête l'établira. Toujours -est-il que le train G se trouva dirigé sur une voie où stationnait un train de marchandises, le train 1512. Il marchait alors à près de quarante kilomètres à l'heure.

Le choc fut effroyable. Un des survivants en compare le bruit à celui d'un coup de canon. La machine du train tamponné se renversa sur la voie. Dans sa chute elle écrasa le chauffeur Louis Papillon. Le mécanicien fut projeté à cinquante mètres. La locomotive et le tender du train G sortirent des rails. Les six wagons qui les suivaient, wagons de troisième classe, se télescopèrent les deux premiers furent réduits en miettes. Une panique extrême s'ensuivit. Les voyageurs du train tamponneur avaient été précipités les uns contre les autres. Ils poussaient des cris de douleur ou de peur.

Le personnel de la gare accourut et l'organisation des secours commença. Mais on rencontrait les plus grandes difficultés à dégager les blessés que recouvraient les débris des wagons. L'une des voitures de 3e classe avait escaladé celle qui la précédait elle était, suivant le récit d'un témoin, accroupie sur elle. Pour faire sortir les voyageurs de la première voiture on dut éventrer la toiture de la seconde.

Les employés de la Compagnie étaient aidés dans leur triste besogne par les soldats, que les autorités avaient réquisitionnés. Le préfet de la Charente, averti par téléphone, était à Saujon à quatre heures, ainsi que le maire de La Rochelle et le procureur général de Bordeaux, M. Eon. A six heures, les travaux de déblaiement étaient terminés. Trente-trois cadavres avaient été retirés et déposés le long de la voie. Cinquante-six voyageurs étaient blessés. Des soins leur furent aussitôt donnés par les médecins des environs qui dès la nouvelle de la catastrophe s'étaient rendus sur les

lieux ainsi que les Dames de la Croix-Rouge et le personnel de la maison de santé de Saujon. Mais quatre d'entre eux ne tardèrent pas a succomber. Répondant, des gares voisines, des trains de secours avaient été envoyés. Les blessés y furent déposés et évacués sur Bordeaux, Saintes et Royan.

L'émotion est profonde a Bordeaux. La gare du Midi et la gare Saint-Jean sont envahies par le public. Les parents des voyageurs attendent avec angoisse que la liste des morts et des blessés leur soient communiquée. Les salles d'attente ont été converties en ambulance. Les blessés y sont installés a leur arrivée. Dans le premier train de secours se trouvaient plusieurs des élèves du pensionnat qui occupait les voitures de tête du, train tamponneur. Les fillettes, dont les robes blanches sont tachées de sang et de boue ont été couchées sur des civières. La plupart sont peu grièvement blessées. Leurs parents. ont été prévenus d'urgence.

Dès que le tamponnement fut connu au ministère des travaux publics, M. Millerand, actuellement en congé, fut prévenu par téléphone. Il prescrivit à son chef de cabinet, M. Leven, de partir par le premier train pour Saujon, avec MM. Beaugey, directeur du réseau d'Etat; Jouquet, inspecteur général du contrôle et Froger, directeur du service médical. Ils procéderont sur place avec le parquet de Saintes à une enquête qui établira les responsabilités de l'accident. M. Briand, président du Conseil, a chargé d'autre part M. Sarraut, sous-secrétaire d'État à la guerre, qui devait présider aujourd'hui à La Rochelle une fête de gymnastique, d'apporter aux familles des victimes les condoléances du gouvernement et de prendre, dans leur intérêt, toutes les mesures qu'il jugera nécessaires. M. Sarraut représentera le gouvernement aux obsèques dont la date, d'ailleurs, n'est pas encore fixée.

Les cadavres des victimes ont été transportés hier soir dans le hall aux marchandises, transformé en chapelle ardente. Ils sont veillés par les Dames de la Croix-Rouge. Des soldats montent la garde à la porte du hall. Les trains ont subi pendant toute la journée des retards considérables en raison de l'état de la voie, défoncée sur plus de cent mètres.

Le Figaro – 15 août 1910


EN BREF

La quatrième étape du circuit de l'Est - La journée d'hier fut absolument angoissante et il a fallu un courage surhumain aux participants de l'épreuve pour tenter le sort contre les éléments déchaînés. Les télégrammes que nous avions reçus de Mézières témoignaient de la perplexité des aviateurs qui, escomptant une accalmie qui ne s'est malheureusement pas produite, montraient une hésitation bien compréhensible à prendre l'atmosphère dans des conditions aussi périlleuses. Toute la région était sous l'influence de rafales désordonnées et entre Mézières et Douai, les routes aériennes étaient balayées par un vent du Nord-Ouest soufflant en tempête. Cependant, faisant preuve d'une incomparable audace, Legagneux avait bravement pris le départ un peu après sept heures et Mamet s'élançait à sa poursuite vingt minutes plus tard. Le premier, las de lutter contre l'implacable tempête, atterrissait à Chilly après avoir volé 25 kilomètres et avait philosophiquement pris la décision de déjeuner sur l'herbe en attendant les événements. A une dizaine de kilomètres de là, Mamet en avait fait autant. A trois heures, malgré le vent qui, loin de se calmer semblait redoubler de violence, Legagneux et Mamet qui s'étaient rejoints, décidaient de repartir. Le premier s'envolait jusqu'à Cambrai où las de lutter, il faisait une halte définitive, se proposant d'achever ce matin son raid sur l'aérodrome de La Brayelle. Mamet, parti à sa poursuite en suivant ses traces prenait pour les mêmes motifs une résolution identique. Ces deux aviateurs, qui sont hors de course pour le Circuit proprement dit, se contentent de faire du pur tourisme. La grosse partie que jouent Leblanc et Aubrun ne leur permet pas ce genre de fantaisie. Il leur fallait, coûte que coûte, se faire contrôler le soir même à l'aérodrome de la Brayelle et, sous peine de compromettre irrémédiablement les résultats acquis, ils ne pouvaient rien livrer au hasard. Immobilisés sur le champ d'aviation de Villers sur-Meuse, ils ont vécu des heures d'indécision poignante en constatant que les conditions climatiques ne se modifiaient pas. Enfin, à 3 h. 55, Leblanc, risquant le tout pour le tout, se fît donner officiellement le départ et coupa énergiquement la ligne. Dix minutes après, Aubrun s'élançait à tire d'ailes dans son sillage. A l'aérodrome de la Brayelle, la foule accourue de Douai et des environs était on pleine effervescence. Les départs des deux champions du Circuit avaient été télégraphiés et on les attendait avec une nerveuse anxiété. A 6 heures, on était encore sans nouvelles. Enfin, à 6 h. 25, un point est signalé à l'horizon: l'intrépide Aubrun atterrit sous les acclamations enthousiastes des spectateurs. Les minutes de joie exubérante passées, l'angoisse reprend le dessus, car on est sans nouvelles de Leblanc. Il est près de sept heures et on commence à redouter quelque terrible catastrophe. Victoire! A 6 h. 59 m. 18 s. un rapide monoplan exécute une descente merveilleuse et Leblanc vient atterrir sur l'aérodrome, non loin de l'endroit, où son camarade Aubrun avait repris contact avec le sol. Le vaillant aviateur est follement ovationné. Aubrun a réalisé les 135 kilomètres en 2 h. 19 m. 4 s. et Leblanc en 3 h. 3 m. Il est second de l'étape, mais son avance était telle qu'il demeure en tête du classement général. Journal des débats politiques et littéraires – 15 août 1910

Mort de Florence Nightingale - Florence Nightingale est morte hier à Londres. Son nom restera attaché à toute une série d'œuvres philanthropiques, et en particulier elle s'illustra pendant la guerre de Crimée par le dévouement qu'elle porta sur les champs de bataille. Née en 1820 à Florence, elle fit son apprentissage de garde-malade en Westphalie, puis créa un asile appelé Sanitarium à Londres. En 1855, pendant le siège de Sebastopol, elle partit avec plus de cent cinquante dames que ses généreux appels avaient ralliées. Lorsqu'elle revint, le public lui marqua sa reconnaissance en lui confiant plus d'un million à répartir entre les institutions de charité. Florence Nightingale avait publié plusieurs volumes où elle relatait les observations quelle avait pu faire au cours de ses campagnes philanthropiques. Le Petit Parisien – 15 août 1910

L'affluence dans les gares - Plus de deux cent mille Parisiens ont quitté la capitale, dans la journée d'hier, profitant des trains de plaisir organisés à l'occasion de l'Assomption et se rendant, les uns à la mer, les autres simplement à la campagne. Cette affluence ne fut pas sans déterminer des incidents dans plusieurs de nos grandes gares, surtout à la gare Saint-Lazare. Déjà la veille, les trains avaient, tant à l'arrivée qu'au départ, éprouvé de sérieux retards, qui avaient exaspéré les voyageurs. Hier, les choses n'allèrent guère mieux. Dès quatre heures, au lever du jour, d'innombrables Parisiens assiégeaient les guichets de la gare. Des trains furent doublés, triplés même. Hélas I cela n'était pas encore suffisant. Après les premiers départs, effectués tant bien que mal, des retards se produisirent, et malgré les protestations de la foule, les convois, formés au hasard, ne purent plus partir que difficilement. Sur les quais des grandes lignes, on criait, on vociférait. L'horaire était bouleversé. Ceux qui devaient aller déjeuner en banlieue durent y renoncer. M. Leroy, commissaire spécial, accompagné de M. Le Brice, son adjoint, organisèrent un service d'ordre, mais ils n'eurent pas à intervenir, car, en somme, aucun incident sérieux ne se produisit. Vers trois heures, la gare reprit, enfin, son aspect habituel. Dans les autres gares, on n'a pas eu à signaler d'incidents. A Montparnasse, plus de 15.000 personnes se sont entassées tant bien que mal dans les trains de plaisir. A la gare de Lyon, l'affluence a été également énorme, mais le calme a régné. A la gare du Nord, près de 20.000 voyageurs sont partis dans la matinée pour les plages de Calais, Boulogne et Dunkerque...Là, comme à la gare d'Orsay et d'Austerlitz, tout s'est bien passé. Le Petit Parisien – 15 août 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires

  • actualités 1900

    je trouve que cela est une très bonne idée de
    faire revivre les actualités centenaires
    Si tu as des renseignements en particulier sur
    les catastrophes ferroviaires en DORDOGNE je suis
    très interéssé

    Posté par enuotip, 01 sept. 10 à 10:47

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