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23 oct. 10

Les actualités du 23 octobre 1910

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Le Docteur Crippen est condamné à mort

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Justice

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Londres, 22 octobre - Le calme, l'assurance, le détachement dont Crippen n'a cessé de faire étalage depuis le commencement de son procès n'ont eu sur les jurés chargés de se prononcer sur sa culpabilité aucune influence. En dépit de son habileté à esquiver les questions délicates, malgré les efforts de son avocat pour faire ressortir le manque de preuves de l'accusation et assigner à son client le bénéfice du doute, Crippen a été, à l'unanimité, reconnu coupable du meurtre de sa femme et, en conséquence, condamné à mort. Mais voici le compte rendu de cette audience, la plus émouvante de toutes celles auxquelles nous venons d'assister

A peine est-il assis que Crippen est appelé à la barre. Parlant, hier, de la tryoscine, ce poison si spécial qu'il prétendait employer constamment dans ses prescriptions médicales et qu'on a retrouvé en si grande quantité dans les débris humains d'Hilldrop Crescent, l'accusé avait, affirmé en avoir eu l'usage recommandé dans un ouvrage, dont il avait donné d'ailleurs le nom.

Comment se fait-il, lui demanda le juge, que vous n'ayez par fait produire le volume en question qui eût donné de la vraisemblance à vos dires ? Vous n'avez pas entendu, ici, les médecins cités par l'accusation affirmer que ce poison n'est presque jamais employé, ne figure même pas dans la pharmacopée britannique ? Vous avez cependant dû donner ce détail à votre défenseur ?

Mais non. De même qu'il n'a pas fait la moindre tentative pour retrouver sa femme dont un mot l'eût sauvé, de même qu'il n'a pas fait citer le prétendu quartier-maître du Montrose, dont la déposition eût réduit à néant la mauvaise impression produite par la carte trouvée sur lui, de même il n'a pas jugé à propos de faire produire ce volume, et il en fait naïvement l'aveu. Une pareille inaction de la part d'un homme dont la tète est en jeu n'est-elle pas invraisemblable ?

L'effet produit par cette déclaration est désastreux. Il le sera bien plus encore quand, dans l'ouvrage communiqué par Maître Tobin, le juge lira que l'emploi de la tryoscine n'est suggéré que pour les injections sous cutanées, alors que Crippen prétendait la faire prendre par la bouche. Aussi quand le représentant de la Couronne, M. Muir, prend la parole pour son réquisitoire définitif, trouve t'il dans les jurés un auditoire tout préparé à accueillir ses déductions, déductions terribles pour l'accusé. Après avoir tranquillisé la cour sur la possibilité d'une erreur judiciaire, M. Muir s'écrie:

La défense vous a demandé d'accorder à Crippen le bénéfice du doute. Or, il n'y a, dans cette affaire, aucun doute. Elle a affirmé que l'homme doux, aimable, attentionné qu'il a toujours été, était incapable de commettre le crime dont on l'accuse. Crippen un homme doux, un homme aimable, l'homme qui, pendant des mois, a accumulé mensonge sur mensonge, qui ne s'est pas inquiété de savoir quelles pouvaient en être les conséquences, qui n'a pas hésité, en leur annonçant la mort d'un être cher, il percer le cœur d'une sœur et d'amies dévoués, qui croyaient partageur sa peine ? Un homme aimable, celui qui cause tant de chagrins alors qu'il sait, si nous ajoutons foi à ses dires, que celle pour qui il fait pleurer, s'est enfuie, l'a quitté après l'avoir trompé, pour aller rejoindre un autre amant? C'est pour une pareille femme qu'il a déchaîné tant de douleurs allons donc !

On nous a dit encore que s'il avait tué et dépecé sa femme, il n'aurait pas, dès le lendemain, fait venir chez lui sa maîtresse. Or, la date qu'il a donnée hier, pour la première fois, ne concorde pas avec celle fournie par le propriétaire de miss Le Neve, qui affirme que c'est beaucoup plus tard que la jeune fille a commencé à découcher. On prétend que l'accusation n'a suggéré aucun motif plausible pour un pareil crime. Y-a-t-il un seul crime pour lequel on puisse invoquer un motif plausible ? Mais l'intérêt, mais la passion qu'il éprouvait pour sa dactylographe ? Ne sont-ce pas là des motifs suffisants ? N'était-il pas à bout de ressources ? N'est-il pas exact qu'il ait, quelques jours après le meurtre, engagé les bijoux de sa femme et recueilli ainsi 2,000 francs

On a insisté enfin sur ce point que nous n'avions pu identifier les débris humains trouvés à Hlilldrop Crescent. D'abord, il n'était pas nécessaire qu'on les identifiât. S'il fallait dans tous les, crimes identifier les victimes, combien de criminels resteraient impunis. Combien d'entre eux, en effet, parviennent à faire disparaître leur victime ou n'en laissent que des os calcinés. Nous n'avons pas identifié ces débris, mais n'a-t-on pas trouvé parmi eux des cheveux, des cheveux de femme, retenus encore par des épingle, des cheveux que les amies de la Belle Elmore ont reconnus comme identiques ceux de la disparue ? N'avons-nous pas enfin retrouvé parmi ces restes un morceau de veston faisant partie d'un complet dont le pantalon a été découvert plus tard parmi les vêtements de l'accusé ? Ne sont ce pas là des preuves et enfin n'a-t-on pas reconnu aussi cette fameuse cicatrice, dont deux médecins ont osé venir ici nier l'existence ?

Or, que penser de ces deux contradicteurs à qui il a fallu tout juste un quart d'heure le 15 octobre dernier pour se faire une opinion, alors que des praticiens comme le professeur Pepper, les docteurs Marshall Et Willcox, ont, pendant près d'un mois, étudié ces lambeaux de chair pour se doter d'une conviction ? Non, tout cela ne résiste pas à la discussion. Il est indéniable que ces macabres débris ont été enfouis chez Crippen avec un morceau de pyjama lui appartenant depuis le mois de février, puisque c'est au mois de janvier, on nous l'a affirmé, que ce pyjama a été acheté. Qui donc, puisque personne autre que Crippen n'habitait la maison, aurait pu les y ensevelir, sinon lui seul ? Mais j'ai fini. Il ne me reste plus qu'à vous faire une recommandation. Si vous n'êtes pas convaincus, n'hésitez pas à absoudre. Mais si, au contraire, vous l'êtes, n'hésitez pas davantage à punir.

M. Muir se rassied. C'est au tour du lord chief justice de faire le résumé de la cause, avec une impartialité vraiment admirable. Puis le jury se retire pour délibérer. On craignait que sa discussion me se prolonge assez tard. Mais cette crainte est vite dissipée. Une demi-heure à peine s'était écoulée, qu'il revient.

Êtes-vous d'accord ? demande le juge, au milieu d'un silence impressionnant. Oui, répond le chef du jury. Nous avons trouvé Crippen coupable. C'est maintenant au docteur américain d'être interrogé. Avez-vous quelque chose à dire ? Lui demande le lord chief justice. Je ne puis que protester nouveau de mon innocence, déclare-t-il. Alors le lord chief justice se lève et, se couvrant du bonnet noir, prononce la sentence capitale: Crippen, vous êtes reconnu coupable d'avoir assassiné et mutilé votre femme. Vous êtes condamné il être pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Cette fois. l'accusé a blêmi. Il reste droit, immobile comme une statue, mais pas un muscle de son visage n'a bougé. Un gardien s'avance, le prend par le bras, l'entraîne et on l'entend bientôt, derrière la porte qui se referme, monter les marches pour gagner le panier à salade qui l'emportera.

L'affaire Crippen - 1. Le crimeL'affaire Crippen - 2. La fuiteL'affaire Crippen - 3. L'arrestationL'affaire Crippen - 4. La condamnation

L'affaire Crippen - 5. L'éxécution


Le Petit Parisien – 23 octobre 1910


EN BREF

Le Petit Bossu est mort - Un homme est mort hier a Lyon, qui était célèbre jadis. Il s'appelait Gustave Chaillier et fut fameux sous le nom du Petit Bossu parisien il y a quarante ans. Il était d'Auxerre, et bossu. Il avait de la gaieté, de la fantaisie fit du café-concert et créa à Paris, Marseille et Lyon plus d'un millier de romances jadis en vogue et guère plus niaises que celles en vogue aujourd'hui. Il chanta même devant Mme de Metternich et dans les salons du faubourg-Saint -Germain. E n ce temps-là il régnait en maître sur la chanson et touchait des cachets fabuleux pour l'époque - 75 francs par soirée. Évidemment, tout cela est fort loin, et Polin ou Mayol, à 500 francs par représentation doivent trouver que depuis nous avons progressé ! Lorsqu'il passa de mode, le Petit Bossu parisien se fit Lyonnais. Il se retira dans cette ville et y vécut avec une modeste pension de la Société des auteurs. Il vient d'y mourir, célèbre et inconnu. Le Temps – 23 octobre 1910

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Grave bagarre dans une cathédrale - Rome, 22 Octobre — Les autorités de Bisceglie, près de Bari, avaient décidé de procéder à la désinfection de la cathédrale. Lorsque la population a appris que les employés communaux procédaient à cette opération, elle a forcé les portes et a envahi l'église. De nombreuses femmes constatant que les statues sacrées étaient noircies par les fumigations, se sont précipitées sur les employés et les ont maltraités. L'arrivée des carabiniers a augmenté la fureur de la foule. Au cours de la bagarre une personne a été assommée ; plusieurs ont été blessées. La foule a déposé le cadavre devant l'autel. Les troubles se sont prolongés autour de la cathédrale. Le préfet de Bari est arrivé à Bisceglie. Le Petit Journal – 23 octobre 1910

Interruption de la lumière électrique - Hier soir, vers neuf heures, l'électricité s'éteignit tout à coup dans une partie du seizième arrondissement et aux Champs-Elysées, puis sur la rive gauche, dans les cinquième, sixième et septième arrondissements. Les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain, ainsi que les rues latérales furent plongés dans l'obscurité. La lumière brilla de nouveau aux Champs-Elysées quelques instants après et au boulevard Saint-Michel à minuit moins un quart. Dans les autres quartiers elle fit défaut pendant toute la nuit. A l'Odéon, on jouait Monsieur de Pourceaugnac. A dix heures moins dix, au cours du dernier acte, les lampes électriques s'éteignirent. Les spectateurs ne bronchèrent pas. Encore un coup de Pataud, murmurèrent-ils. Et ils attendirent quelques minutes s'écoulèrent, puis les accumulateurs de secours rendirent la lumière dans la salle et dans les couloirs en scène, on alluma la rampe aux chandelles, et la représentation se termina sans encombre. A Cluny, c'est pendant le deuxième acte du Chateau des Loufoques que la lumière manqua. Après une courte interruption, le spectacle reprit sur la scène éclairée par une rampe de fortune. Dans la salle on dut se contenter de lanternes et de bougies. A la direction de l'Ouest-Lumière, qui fournit l'électricité à la rive gauche, et une partie du quartier des Champs-Elysées, on nous a dit: L'interruption d'électricité qui s'est produite hier soir provient du mauvais état d'un câble qui a claqué. Ce câble était resté longtemps immergé pendant les inondations; un court-circuit, et la lumière a manqué. Nous avons fait remplacer le câble ce matin, et ce soir, l'électricité sera rendue aux quartiers qui en ont été privés la nuit dernière. Le Temps – 23 octobre 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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