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30 nov. 10

Les actualité du 30 novembre 1910

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Mort du peintre Berne-Bellecour

L'attaque

Pour ceux qui peuvent se rappeler les expositions de peinture d'après la guerre, la mort de Berne-Bellecour c'est la fin d'une époque que la vertigineuse évolution de l'art a précipitée dans le passé lointain. Car Berne-Bellecour était un des derniers survivants d'un petit groupe de peintres de genre qui eut son heure de grande célébrité et qui connut sans partage et sans restrictions la faveur du public. De ce petit groupe faisaient partie Meissonier, qui fut le dieu de son temps; Gérome, si ingénieux dans la composition de ses tableaux anecdotiques; Georges Vibert, dont on se rappelle les moines et les Espagnols spirituels Louis Leloir, aux fantaisies délicates et distinguées de Nouville, aux compositions si émouvantes Dupray, aux toiles mouvementées et tant d'autres depuis longtemps disparus ou oubliés

E. Berne-Bellecour appartenait à cette petite école soigneuse et minutieuse dont certaines œuvres reprendront plus tard la place qui leur est due dans la galerie des petits maîtres, quand la tempête artistique qui souffle actuellement, désorientant et désemparant un peu les bonnes volontés les plus éclectiques, se sera calmée.

E. Berne-Bellecour était né à Boulogne-sur-Mer en 1838. Après des études sérieuses à l'Ecole des beaux-arts, il avait exposé au Salon, où il avait remporté aussitôt quelques succès. Survint la guerre de 1870. Bien que marié et père de quatre enfants, Berne-Bellecour n'hésita pas: il s'engagea dans les tirailleurs de la Seine, et sa belle conduite lui valut la médaille militaire.

Les événements terribles auxquels il avait été mêlé devaient avoir sur la carrière du jeune artiste, patriote et courageux, une influence décisive. Au Salon de 1872 il exposa son fameux Coup de canon, tableau d'une simplicité émouvante qui obtint un succès considérable et classa d'emblée son auteur parmi les premiers peintres de genre de l'époque. Berne-Bellecour avait trouvé sa voie; à peu d'exceptions près, il ne composa plus guère que des tableaux militaires, parmi lesquels les Tirailleurs de la Seine au combat de la Malmaison actuellement au musée de Versailles. Dans la tranchée, Sur le terrain, Embarquement de cuirassiers furent parmi les plus importants et les plus remarqués. A côté de ceux-ci, il peignit une quantité de petites scènes de la vie des camps ou de la caserne, témoignant d'une grande observation et d'un sens réel du pittoresque.

Tous ces tableaux se distinguaient par un dessin très serré, très consciencieux, par la recherche du détail, l'agrément de la composition, et aussi par un coloris brillant et lumineux. S'il éprouva parfois un réel chagrin de voir les tendances et les principes de l'art moderne aussi diamétralement opposés à ceux de son temps, du moins Berne-Bellecour eut-il la consolation de constater que la vogue lui demeurait fidèle: les marchands et les amateurs américains ne désertèrent jamais son atelier et acquirent jusqu'à la fin, à de bons prix, toutes ses oeuvres, petites ou grandes.

Ceux qui ont connu Berne-Bellecour se rappelleront non sans mélancolie quel brillant cavalier, heureux de vivre et portant beau, il fut autrefois, et aussi quel brave homme, amoureux de son art, travailleur acharné, qui ne se leva de son chevalet et ne posa son pinceau que pour mourir ! E. Berne-Bellecour était chevalier de la Légion d'honneur. Il laisse une veuve, soeur du peintre Vibert, et plusieurs enfants. Sa soeuur, Mme Lagrange, fit en Russie une carrière brillante de comédienne.

Les obsèques- de E. Berne-Bellecour auront lieu demain jeudi à dix heures et demie, à Saint-François de Sales, et l'inhumation se fera au cimetière Montmartre. Il ne sera pas envoyé de lettres de faire part, et, selon la volonté du défunt, on est prié de n'envoyer ni fleurs ni couronnes.

Le Figaro – 30 novembre 1910


EN BREF

Climat

russie

Cyclone meurtrier sur la mer Caspienne - Astrakan, 29 novembre — Plus de dix navires ont sombré dans la rade d'Astrakan, quelques-uns avec leurs équipages. La mer est démontée. Le débarcadère sur lequel se trouvaient trois cents ouvriers a été enlevé, par la mer et on n'a aucun espoir de. sauver les malheureux. A Gourief, deux steamers et quatre voiliers sont bloqués par la glace. Sept villes côtières sont inondées. Les habitants qui se sont réfugiés sur les toits et les meules de foin, présentent un aspect lamentable. Les bestiaux ont de l'eau jusqu'au col. Le froid, qui est rigoureux, augmente encore la misère et la tristesse du spectacle. Des vapeurs, chargé de vivres ont quitté Astrakan. Cent maisons ont été détruites par le feu à Vosnessenovaya et plus, de sept cents habitants de cette ville sont sans abri. Le Matin – 30 novembre 1910

La Loire monte terriblement - Nous avons reçu de nos correspondants des dépêches nous signalant que la crue de la Loire prend des proportions considérables et fait redouter un désastre. C'est ainsi qu'à Nantes on prévoit que le fleuve atteindra une hauteur de 6 mètres dans la ville, ce qui ne s'était pas vu depuis 1872. A Angers, les inquiétudes sont encore plus grandes. On craint que la digue de Montjean ne cède. Cinquante soldats du génie ont quitté Angers hier pour surveiller et renforcer cette digue, dont la rupture provoquerait une catastrophe. A Saumur, dont tous les bas quartiers, sont inondés, l'école de cavalerie est mobilisée, les chevaux sellés. L'usine électrique est envahie par les eaux. La consternation est générale. A Thouars, les pluies continuent sur la région. Près du viaduc qui passe sur le Thouet, un éboulement du remblai s'est produit sur une longueur de 1.200 mètres. La crue de la Vilaine s'accentue aussi dans des conditions alarmantes. Toutes les prairies avoisinant Rennes sont déjà submergées. Dans la région de Redon, la situation est extrêmement grave. La crue atteint 5 mètres 34. Toutes les usines sont arrêtées. D'autre part, on signale de Lorient que la tempête continue ses ravages; la mer est absolument démontée. Plusieurs bateaux se sont échoués a la côte. Le dundee de pêche Sainte-Véronique a chaviré, mais l'équipage est sauvé. Le Matin – 30 novembre 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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