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13 janv. 11

Les actualités du 13 janvier 1911

''Le vieil homme'' triomphe au théâtre de la Renaissance

Repetition du vieil homme au theatre de la Renaissance Ce coin du boulevard est décidément voué aux répétitions générales sensationnelles. L'année dernière c'était à la Porte-Saint-Martin, la double haie de public, le terre-plein d'en face envahi par la foule, et l'arrivée des invités de MM. Hertz et Coquelin se précipitant à l'audition de Chantecler après un septennat d'impatience et de curiosité. Avant-hier, une autre double haie de badauds regardaient entrer au théâtre de la Renaissance les invités de M. Tarride, conviés à l'audition du Vieil homme, la comédie de M. Georges de Porto-Riche attendue, elle aussi, depuis pas mal d'années.

Rarement on vit salle de théâtre plus remplie. Il est hors de doute que les gens qui avaient des loges où des baignoires avaient dit à tous leurs amis et connaissances le fameux ''Venez, on s'arrangera toujours'', car des petites cases, étroites que vous savez surgissait un nombre de têtes tout à fait disproportionné avec le carré et le cube métrique de l'espace disponible. Chaque possesseur d'un fauteuil avait dû inviter un occupant supplémentaire - car un tas de suppléants éventuels assistaient au spectacle debout devant toutes les portes, dans l'expectative, semblait-il, de l'évanouissement d'un titulaire. Mais les titulaires se cramponnaient à leur siège, et ne pensèrent s'évanouir que d'émotion.

Tout le ban et l'arrière ban des amateurs habituels des répétitions générale était présent. Il y avait même tous les intermittents, tel, par exemple, M. de Montesquiou, et quelques extras, tel M. Gabriel d'Annunzio. Il y avait quelques ''tenues'' sensationnelles: Mlle Cécile Sorel apparaissait dans une avant-scène entièrement vêtue et turbanée de noir, comme il sied pour entendre des pensées fortes et éprouver des émotions profondes. Mlle Ventura, au contraire, car il y a deux écoles, arborait une toilette rouge à mettre en fureur toute la Camargue, comme il convient pour savourer de la psychologie, si j'ose dire, saignante. Quant à Mlle Spinelly - car décidément il doit y avoir trois écoles - elle réagissait en gaieté, exhibant une petite robe de garden-party printanier en liberty japono-vermiculé d'une fantaisie tout à fait inattendue.

Grâce aux menaces d'excommunication proférées par les communiqués du théâtre, les spectateurs furent à peu près exacts et le rideau se leva majestueusement à une heure vingt au milieu d'un tel recueillement que l'on eût certainement entendu voler une mouche, si c'eût été la saison des mouches. La forte, littéraire, délicate, spirituelle et très émouvante comédie de M. de Porto-Riche se déroule dans un unique décor que pinxit Jusseaume. Ce décor représente. une vaste pièce, qui est à la fois un salon, une salle commune, une bibliothèque, un cabinet de travail et un bureau d'administration. C'est la pièce à tout faire du directeur d'une grande imprimerie, à côté de Grenoble. Ce voisinage dauphinesque est révélé non seulement par les allusions du texte, mais aussi par une chaîne lointaine de cimes neigeuses, aperçue à travers la grande baie du fond.

C'est dans cet unique décor que pendant cinq heures d'horloge, trois tout petits entr'actes étant défalqués, M. de Porto-Riche nous tint sous le charme de son esprit, de son observation aiguë, de son style frappé au bon coin des classiques. Mais c'est au cinquième acte, sans contestation possible, que fut tiré le bouquet du feu d'artifice psychologique. La scène finale de cet acte, la scène où la mère, menacée de perdre son enfant par la faute de l'égoïsme et de la légèreté du père, oublie instantanément quinze ans de passion, de jalousie et de souffrance, et hurle sa terreur, sa douleur et sa haine, est certainement une des scènes les plus poignantes que l'on ait entendues au théâtre.

Il n'y avait d'ailleurs qu'à regarder la salle bouleversée et conquise, applaudissant d'enthousiasme. avec des mouchoirs Cédant aux instances de ses interprètes; M. de Porto-Riche consentit à se montrer sur la scène. On l'aperçut, troublé, vêtu de son traditionnel complet, chiffonnant sous l'empire de l'émotion son traditionnel feutre mou, et, pour répondre aux bravos qui redoublaient, s'inclinant dans sa traditionnelle cravate Lavallière. M. Tarride embrassa M. de Porto-Riche, qu'entouraient tous les artistes: Mme Simone, Mlle Lantelme habillée par Paquin de façon à révolutionner le Boulevard, à plus forte raison le Dauphiné Mlle Margel, Mlle Liceney, M. Dubosc, et à la fois sur la scène et dans la salle ce fut - je te passe mon corbillon, qu'y met-on ? la jubilation, l'admiration, l'effusion, la congratulation, l'acclamation, l'ovation, en attendant, inévitablement, la location

Le Figaro – 13 janvier 1911


EN BREF

Guillaume II et le Kronprinz collaborent a une opérette - Berlin, 12 janvier — Les Munchener Neueste Nachtrichten maintiennent, malgré les démentis dont elle pourrait être frappée, une information sensationnelle d'après laquelle il serait joué cet hiver une opérette intitulée Rêve d'amour, dont le compositeur ne serait autre que le kronprinz, et le librettiste l'empereur Guillaume II. Cette fantaisie impériale coûterait un million cent vingt-cinq mille francs, donnés par les cercles financiers La mise en scène serait en effet plus belle encore que celle de Sardanapale et c'est d'abord devant un public restreint et choisi que Rêve d'amour débuterait a l'Opéra royal. Le Matin – 13 janvier 1911

Un ouragan épouvantable s'abat sur Cherbourg – Cherbourg, l2 janvier - Un épouvantable ouragan de nord-est sévit sur la ville. Le vent est tellement violent que des arbres ont été arrachés, des toitures effondrées et que la remise des décorations décernées à l'occasion du 1er janvier, qui devait avoir lieu aujourd'hui, a été ajournée. La ville a éprouvé de nombreux dommages et la navigation a été entravée. Le dundee Hirondelle, chassant sur ses ancres, a été heureusement secouru par un remorqueur des mouvements du port. De nombreux navires sont obligés de relâcher. A Osmonville, le dundee Voyageur, capitaine Le Thérézien, de Tréguier, a été jeté contre des rochers; le canot de sauvetage a réussi à sauver l'équipage, qui se trouvait dans une situation très critique. Le navire est complètement perdu. On craint d'autres sinistres. Le contre-torpilleur Rapière, appareillait pour aller remplacer le Yatagan, au Havre. An cours d'une manœuvre, il a heurté le quai. Le mât s'est brisé et est tombé sur le pont, heureusement sans blesser aucun marin. L'Ouest-Eclair – 13 janvier 1911

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires

    Thanks for sharing such an awesome article! By the way, I actually just saw a poster about the renaissance period. It's quite cool! See it at http://posterarea.com/

    Posté par poster area, 10 août 15 à 12:11

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