04 janv. 11
Les actualités du 4 janvier 1911
Sanglant épisode de guerre civile en Uruguay
Montevideo, 7 décembre 1910 - Le choc s'est produit le 4 novembre dernier. En réalité, le fait, par lui-même, n'a étonné personne. Il était prévu, inévitable, et il suffit aux lecteurs de ce journal de se reporter à quelques-unes de nos correspondances antérieures pour constater que, à huit mois de distance, on pouvait prédire le mouvement qui s'est produit récemment, et qui, sans le patriotisme et l'abnégation de quelques dignes citoyens, eût, pour la centième fois, ensanglanté les cuchillas, comme on appelle les collines ondulées de l'Uruguay.
Déjà, on avait opéré la concentration de tous les détachements de troupes régulières sur deux ou trois unités mobilisables, assez rapprochées de Montevideo car, outre soulèvement en campagne, on redoutait aussi un coup de main parallèle dans la capitale. Seule, la garnison de Nico-Perez, petite localité centrale d'environ 2 000 habitants, n'avait pu rejoindre l'armée et se trouvait isolée, privée de toutes communications. La petite troupe, une soixantaine d'hommes, occupait une caserne nouvellement bâtie. Leur chef pressentait l'approche de l'ennemi, car plusieurs éclaireurs, partis en reconnaissance, n'étaient pas revenus, ce qui indiquait qu'ils avaient été pris parles adversaires. Il réunit à son maigre contingent les hommes valides du bourg un peu plus de 60 fusils. Le reste avait déjà gagné les montes, ou (ce qui est très courant parmi ces frères ennemis) était simplement allé grossir les rangs des révolutionnaires.
Ses conjectures ne le trompaient pas. Vers 4 heures de l'après-midi, 2 000 cavaliers s'abattaient comme une trombe à un kilomètre du bourg, mettaient pied à terre, s'alignaient en tirailleurs. A la vue du nombre des insurgés, le commandant comprit qu'il avait plus d'avantage à se retrancher dans le cimetière, situé à proximité de la caserne. C'est là qu'il se transporta avec sa vaillante poignée de soldats, décidé à faire une résistance désespérée et à vendre chèrement sa vie. On se battit, en effet, avec un courage admirable.
L'ennemi avançait pas à pas, mais très opiniâtrement. Le tir des défenseurs. faisait de nombreuses trouées dans ses rangs, qui s'éclaircissaient à vue d'œil. Mais de nouveaux combattants remplaçaient ceux qui tombaient, et ils se rapprochaient, au mépris des balles. Les pertes des réguliers augmentaient aussi implacablement. Le combat dura jusqu'à la nuit, environ deux heures. A ce moment, l'obscurité ne permettait plus aux adversaires de se distinguer. Craignant qu'il ne se produisît une horrible confusion (il était presque encerclé), le commandant donna l'ordre de se retirer rapidement à la caserne, emportant les blessés. La moitié de son effectif jonchait le sol, autour des humbles croix du cimetière. Les assaillants, de leur côté, avaient cent soixante morts et blessés
On se prépara à la lutte pour le lendemain matin. Mais, la nuit, les forces insurgées firent irruption dans le bourg et occupèrent des cantonnements autour de la caserne. Ce fut alors que quelques personnes de la ville, appartenant aux deux partis, s'interposèrent, dans le but de faire cesser un sacrifie inutile. Les conditions imposées étaient que les défenseurs livreraient toutes les armes en leur pouvoir, auquel cas ils avaient la vie sauve et la liberté de leurs mouvements.
Le commandant passa en revue ce qui lui restait d'hommes valides. Étant donné les cartouches dont ils disposaient, il vit que toute résistance était vaine il pouvait tenir tout au plus vingt minutes. Alors il s'inclina, cédant à l'inexorable. La capitulation, par acte notarié, fut signée de part et d'autre. On remit aux révolutionnaires 142 fusils c'était tout ce qui existait dans la localité en fait d'armement. Les chefs ennemis tinrent à rendre leurs épées aux officiers survivants, et les félicitèrent chaleureusement de leur héroïque défense. Deux heures après, les révolutionnaires quittaient le bourg et reprenaient incontinent leur fantastique chevauchée vers le Nord, dans la direction du Rio Negro. Trois jours plus tard, leur chiffre s'élevait à neuf mille.
La Croix – 4 janvier 1911
EN BREF
Décapité par un train - Une fois de plus un accident mortel s'est produit, à Argenteuil, au pont de la route d'Enghien, que les employés de chemin de fer désignent d'ordinaire sous le nom significatif de ''pont de la Mort''. A 7 heures, hier, un terrassier de la voie, débauché samedi, M. Marie-Eugène Corté, se trouvait sous le pont de la Mort, causant avec quelques-uns de ses camarades. Il se gara d'une rame de wagons en manœuvre, mais ne prit pas garde que le train circulaire Nord 712 venait en sens inverse. Atteint par la traverse de la locomotive, Corté fut projeté à quinze mètres en avant, sur la voie; les roues de la machine lui broyèrent la tête. Le pauvre homme était marié et avait quatre jeunes enfants. La Croix – 4 janvier 1911
Tramway contre voiture - Rue Denis-Papin, à Blois, un tramway électrique a culbuté une lourde voiture dans la devanture d'une horlogerie. Une jeune mère de famille, Mme Wagner, 26 ans, a eu la poitrine affreusement écrasée par un des brancards de la voiture culbutée. La malheureuse a été transportée agonisante chez elle, faubourg de Vienne. Une foule de 500 personnes a manifesté contre la trop vive allure des tramways électriques. Un prêtre qui passait au moment de l'accident a pu donner l'absolution à la mourante. La Croix – 4 janvier 1911
03 janv. 11
Les actualité du 3 janvier 1911
L'équipe de France de rugby remporte son premier match du tournoi des 5 nations contre l'Ecosse
Hier, à Colombes, devant 15,000 spectateurs frémissant d'émotion et hurlant d'enthousiasme, l'équipe nationale de France a, dans un match de football rugby, triomphé par 10 points à 15 de l'équipe nationale d'Ecosse. Aux profanes des sports, ce résultat ne dira peut-être pas grand chose mais aux, initiés et à ceux qui ne croient pas utile de dédaigner dans les modernes générations françaises les qualités de vigueur, de souplesse physique, de courage et d'énergie, ce résultat causera une joie extrême. Cette victoire d'une équipe française sur une des quatre grandes équipes nationales de Grande-Bretagne est, en effet, un véritable événement, dont l'écho inattendu et sensationnel étonnera tout l'empire, britannique.
Depuis l'organisation des quatre rencontres internationales qui, tous les ans, opposent l'équipe de France aux équipes d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande et du pays de galles, nous n'avions jusqu'ici connu que des défaites, qui, à la longue, devenaient humiliantes, à cause, des commentaires qu'elles soulevaient sur la dégénérescence française. Et, bien que nos équipes aient, d'année en année, accusé dans la valeur physique des hommes et dans l'emploi de leurs qualités des progrès considérables, on estimait de l'autre côté de la Manche que les races françaises, usées par l'inaction ou le plaisir, étaient incapables de sélectionner quinze athlètes dignes d'égaler les quinze meilleurs hommes d'Angleterre, d'Irlande, d'Ecosse ou de Galles.
En dépit d'un temps couvert plein de menaces qui se réalisèrent du reste, vers la fin de la rencontre, le match se joua devant une foule considérable accourue en automobile ou amenée, tant bien que mal, par les trains spéciaux organisés par l'Ouest-Etat. Les tribunes avaient été prises d'assaut; tout autour du terrain s'étaient massés sur quatre ou cinq rangs les spectateurs, bientôt impatients.
A 2 h. 30, l'équipe d'Ecosse pénètre sur le terrain, pittoresquement précédée d'un joueur de bag pipe sorte de cornemuse dont il tire un air mélancolique, et nasillard. Les Ecossais portent un jersey bleu à col blanc; derrière eux entre l'équipe de France dont les joueurs sont vêtus de blanc avec, sur la poitrine, l'insigne de l'U. S. F. S. A., les anneaux bleu et rouge. La foule fait une ovation aux deux équipes que M. Jones, arbitre de la Rugby Union d'Angleterre, va arbitrer.
Le début du match est à l'avantage des Ecossais, dont les avants puissants et fougueux font merveille. Repoussés dans leurs lignes, les Français sont sur active défense, si dominés, semble-t-il, qu'on redoute l'écrasement. Un coup de pied en touche a conduit le ballon sur la ligne de but des Français; le demi écossais Osier fait, une vive remise en jeu au centre; 1'autre demi écossais, Munro, reçoit à la volée le ballon, s'écroule dans le but français et marque ainsi le premier essai. Déjà!
Et c'est alors que le match change de physionomie: les blancs donnent avec ardeur, regagnent du terrain sur une excellente sortie de mêlée, le ballon vient au trois-quarts centre français Burgun, qui déborde la défense par un coup de pied; Lane, l'ailier, suit, reprend le ballon par une course magnifique, conduit le jeu sur la ligne de but de l'Ecosse. Mêlée. Le ballon sort pour la France; le demi Laterrade le ramasse, plonge, tète baissée dans la bagarre et marque un essai, magnifique d'à propos. Decamps le transforme en but. Nous avons cinq points contre trois. Hourra!
Excités par ce succès, les Français luttent avec vigueur et confiance; ils portent l'attaque sur le but écossais. Mêlée. Le ballon sort encore pour la France; passes rapides de Laterrade à Peyroutou, de Peyroutou à Burgun, qui livre le ballon à Failliot. Le puissant sprinter s'envole et, au milieu d'un enthousiasme indescriptible, marque pour la France un second essai. Les Français ont à leur actif 8 points à 3 aux Ecossais. Le délire commence.
Le jeu reprend chez les nôtres avec un entrain endiablé; ils paralysent le travail formidable des avants écossais qui cherchent à vaincre par la tactique où ils excellent, le dribbling. A la surprise générale, ils maintiennent le combat sur le territoire des étrangers; et bientôt une prompte sortie de mêlée amenait le ballon au demi d'ouverture Peyroutou qui feintait, trompait la défense écossaise et marquait pour la France un troisième essai. A notre actif, 11 points à 3. Stupéfaction et joie délirante.
Le match devient de plus en plus violent. Les Ecossais irrités, ripostent à l'attaque; dans un effort catapultueux, ils remontent tout le terrain, en conduisant à coups de pied, à une allure folle et avec une adresse inouïe, le ballon à travers les lignes débandées des Français, et maintenant acculés sur leur but. Une mêlée; le ballon sort aux Ecossais, va à l'avant Abecrombie qui n'a pas de peine à surprendre la défense en désordre, et marque pour l'Ecosse un second essai transformé, portant ainsi à 8 points le total de son équipe. Repos.
La seconde partie du match fut palpitante. Elle eut trois phases son début, triomphal pour les Ecossais; son milieu à l'avantage dés nôtres; sa fin conduite avec une furia désespérée par les Ecossais, désireux de ramener la victoire chez eux. Au signal, les étrangers envahissent les lignes françaises; Franquenelle, et Burgun dégagent par d heureux coups de pied, mais les Ecossais déploient une activité fantastique, et tant d'attaques doivent finir par aboutir; elles aboutissent, en effet; sur une mêlée, le trois-quarts écossais Pearson reçoit le ballon, et réussit un but sur coup de pied tombé, ce qui vaut 4 points à son équipe et porte à 12 son total. Les Ecossais ont, maintenant l'avance.
A la reprise, les nôtres ripostent avec vigueur; sur une mêlée au centre, le ballon sort par la France; le trois-quarts Burgun, d un coup de pied, conduit le ballon devant l'ailier Failliot qui le prend, fonce, déborde toutes les lignes, trompe l'arrière et va marquer pour son équipe un quatrième essai que Decamps transforme en but. Ce double exploit porte à 16 points le total de la France.
C est alors que les Ecossais commencent un effort désespéré; ils se ruent littéralement à 1'attaque, tantôt jouant en trombe avec leur avants, tantôt essayant avec leurs trois-quarts de déconcerter la défense des Français; une faute de l'arrière Combes permet sur un dribbling à l'avant Mac Callum de marquer un troisième essai et de porter à 15 points contre 16 leur actif. Il reste 15 minutes de jeu. Les Ecossais, si prêt de vaincre, sentent qu'ils peuvent aussi être battus; ils font un travail infernal; multiplient leurs attaques dans des déboulés impétueux, mais chaque fois et sur la ligne même du but des Français échouent dans les plus vaillantes et les plus belles occasions. Coup sur coup, Failliot et Laterrade sauvent deux essais; encore quelques minutes, plus qu'une minute; les
Ecossais se prodiguent, mais fébriles et soutenus par les acclamations de la foule, les Français vaillants et dominant leurs fatigues, font face à l'attaque, se dégagent, se donnent de l'air, et sauvent leur but. Un coup de sifflet. Le match est terminé, et l'équipe de France a gagné !
La foule se déchaîne, saute par-dessus les barrières, empoigne les quinze équipiers français, les jette sur les épaules, et dans des ovations monstres les portent en triomphe, acclamés tout particulièrement ceux qui ont décidé de la victoire: Failliot, Burgun et Lane, et se laissant aller à toute sa joie, entonne la Marseillaise et ovationne les Ecossais qu'elle n'a jamais tant aimés.
Les équipes étaient ainsi composées:
France. Arrière: Combes; Trois-quarts: Lane - Franquelle – Burgun - Failliol; demis: Laterrade – Peyroutou; avants Communeau – Bavozet – Legrain – Forgues – Decamps – Mounic – Mauriat - Guillemin.
Ecosse. Avants: Mac Callum – Stevenson – Moodie – Abecrombie – Fraser – Turner – Scott – Stevenson; demis Munro – Osier; Trois-quarts Sutherland – Young – Buchanan – Pearson; arrière Tod.
Le match fut extrêmement beau, très serré sur un terrain très lourd. D'une façon générale, l'offensive fut conduite par les Ecossais, qui eurent le meilleur du jeu pendant la plus grande partie de la rencontre et auraient dû gagner. i1 ne semble pas que leurs demis et leurs trois-quarts - trop étagés – aient profité comme ils l'auraient pu des nombreuses occasions d'attaquer que leur ont fournies leurs magnifiques avants. Ils ont paru manquer de perçant et se sont fait souvent boucler pour n'avoir pas voulu passer à temps. Leurs avants ont été merveilleux dans les dribblings: ils ont donné aux nôtres une leçon dont, d'ailleurs, ils ont profité à diverses reprises sur la fin.
En mêlée, les avants des deux équipés se valaient; mais, nos demis et nos trois-quarts ont été supérieurs à leurs adversaires; moins classiques peut-être, mais autrement malins, ils ont tiré parti de toutes les occasions. Le meilleur athlète fut enfin de notre côté; sans Failliot, dont la prodigieuse vitesse nous a victorieusement servis dans l'attaque et dans la défense, l'équipe de France n'aurait peut-être pas battu l'équipe d'Ecosse. Un banquet puis une excursion au joyeux Tabarin ont, le soir, réuni les deux équipes, qui se retrouveront aux prises, la saison prochaine, mais cette fois en Ecosse.
Le Figaro – 3 janvier 1911
EN BREF
Une bombe en Arles – Arles - La nuit dernière, vers quatre heures du matin, tout le quartier avoisinant le commissariat de police était mis en émoi par une violente explosion. C'était une bombe qui venait d'exploser contre la maison du commissaire de police. La porte d'entrée était complètement brisée et des débris de bois avaient été projetés jusque dans la cuisine, située à plusieurs mètres. Toutes les vitres de la chambre à coucher du rez-de-chaussée, et aussi celles de nombreux immeubles du voisinage avaient été brisées. Le plafond du corridor était profondément lézardé. Enfin de nombreuses traces de projectiles étaient relevées sur les murs. Des constatations faites, il résulte que l'engin avait été confectionné à l'aide d'une boîte en fer-blanc bourrée de poudre et de morceaux de fonte reliés avec des fils de fer. On a pu reconstituer la nature de la bombe à l'aide des fragments ramassés en grande quantité sur les lieux de l'explosion. Heureusement, il n'y a que des dégâts matériels. Le Figaro – 3 janvier 1911
Le piège se déclenche contre la mauvaise personne - Clermont-Ferrand - A la Roche-Noire, la femme Crazet, âgée de vingt-huit ans, descendait dans sa cave. An moment où elle ouvrit la porte, un coup de feu retentit et, atteinte d'une balle, elle tomba raide morte. D'après l'enquête, elle avait été tuée par un pistolet, disposé par son mari sur une planchette de façon que le coup partit quand on ouvrirait la porte. Crazet prétend qu'il avait placé l'arme ainsi pour atteindre des voleurs qui venaient lui enlever du vin dans sa cave. Le Figaro – 3 janvier 1911
La nouvelle tenue des marins - A la suite des propositions faites par nos cinq ports de guerre au sujet de la nouvelle tenue à donner aux équipages de la flotte, un expert tailleur du ministère de la Guerre avait été envoyé à Brest. Aidé du maître tailleur du deuxième dépôt, il étudia les modifications à apporter aux modèles présentés et fît confectionner les meilleurs vêtements, qu'il soumit ensuite a la Commission du règlement. Les Parisiens sont les premiers à connaître te nouveau costume que l'amiral Boué de Lapeyrère, ministre de la Marine, vient de faire inaugurer par les plantons du ministère. Les revers de la chemisette sont bleus comme le col, dont ils prolongent les trois ganses blanches. Le béret est rigide, la jugulaire blanche a été remplacée par une ganse large d'un doigt, le liseré rouge a également disparu et a été remplacé par une ancre d'or. Quant au pantalon à pont, il a été supprimé. La Croix - 3 janvier 1911
02 janv. 11
Les actualité du 2 janvier 1911
Les réceptions du 1e janvier
Les réceptions officielles du 1e janvier ont eu lieu avec le cérémonial accoutumé, sans aucun incident la manifestation annoncée, puis contremandée par les syndicalistes parisiens en faveur de la grâce de Durand, ne s'est pas produite, et les prud'hommes ouvriers, dont la visite en corps à l'Elysée devait être le prétexte de la manifestation, se sont abstenus, la commutation de peine de Durand ayant été connue samedi soir. Ils avaient d'ailleurs reçu samedi soir une lettre du préfet de police les informant que la délégation du conseil .des prud'hommes ne serait pas reçue à l'Elysée à l'occasion du 1er janvier.
A dix heures du matin, le président de la République a reçu les ministres et sous-secrétaires d'Etat venus pour l'assister pendant les visites de la matinée. En l'absence de M. Briand, président du conseil, les membres du cabinet ont été présentés au chef de l'Etat par M. Girard, garde des sceaux, faisant fonctions de vice-président du conseil. Les ministres et sous-secrétaires d'Etat ont exprimé leurs souhaits au président de la République qui les en a vivement remerciés.
Le président du Sénat est arrivé avec le bureau de la haute Assemblée à dix heures un quart au palais de l'Elysée. M. Antonin Dubost, les membres du bureau et les sénateurs présents ont été introduits auprès du président de la République qui s'est entretenu quelques instants avec eux. A dix heures et demie, le président de la Chambre des' députés accompagné des membres du bureau de la Chambre et d'un grand nombre de députés, sont venus saluer le président de la République.
Le président s'est ensuite rendu en voiture avec les ministres et sous-secrétaires d'Etat au palais du Luxembourg et au Palais-Bourbon pour rendre leur visite aux présidents du Sénat et de la Chambre des députés. De retour à l'Elysée, le président a retenu à déjeuner les membres du gouvernement et les personnes de sa maison.
A deux heures, le président de la République a tenu le cercle diplomatique dans la grande salle des fêtes. Le corps diplomatique a été présenté au président par son doyen, sir Francis Bertie, ambassadeur d'Angleterre. Après le corps diplomatique, ont défilé devant le président de la République, les délégations du Conseil d'Etat, du conseil de l'ordre de la Légion d'honneur, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, de l'Institut, d'un grand nombre de corps constitués, du Conseil municipal de Paris, du Conseil général de la Seine, etc. La réception des députations de l'armée a clos la cérémonie. A l'occasion de la nouvelle année, le président de la République a reçu do nombreux télégrammes de souverains et de chefs d'Etat étrangers, de colonies françaises à l'étranger, de groupements ou d'associations de Paris et des départements.
Le Temps – 2 janvier 1911
EN BREF
Le nouvel An à Berlin - Les réceptions du Nouvel An a Berlin ont eu lieu selon le cérémonial accoutumé. Après avoir assisté au service divin dans la chapelle du château, l'empereur a reçu les ministres, les représentants des Parlements impérial et prussien, ainsi que les ambassadeurs accrédités à Berlin. Le soir a eu lieu au château un dîner de gala offert par Guillaume II aux commandants des corps d'armée. A l'occasion du Nouvel An, les colonels-généraux von der Goltz, Schlieften et Boch-Pollach ont été nommés feld-maréchaux généraux de l'armée allemande. Le Temps – 2 janvier 1911
Le nouvel an à Bruxelles - L'an nouveau a été fêté avec éclat à Bruxelles, le roi Albert ayant rétabli les réceptions officielles au palais, qui avaient été supprimées dans les dernières années du règne de Léopold II. Répondant à la cour militaire, le souverain a dit que l'armée doit être la grande école des vertus civiques ». Le roi Albert, répondant au président de la Chambre, a parlé du conflit des langues en Belgique et a déclaré qu'il éprouverait une réelle affliction s'il devait voir les deux fractions du peuple belge, Flamands et Wallons, perpétuer à cause des questions de langues des malentendus et des causes de discorde. Le Temps – 2 janvier 1911
Série noire chez les aviateurs - Dans son ensemble l'année 1910 a été cruelle aux aviateurs: les noms de trente-trois d'entre eux sont venus grossir la liste funèbre des martyrs de la conquête de l'air. Mais en cette fin d'année le sort s'est montré particulièrement implacable- à la perte des aviateurs Cecil Grace, Piccolo, Laffont, Mario Pola, et de Caumont, est venu s'ajouter celle des pilotes américains John B. Moisant et Hoxey, tombés tous deux de l'autre côté de l'Océan le 31 décembre. John B. Moisant était bien connu en France; son atterrissage inattendu sur le terrain de manœuvres à Issy-les-Moulineaux le jour même du départ du circuit de l'Est, le vol remarquable qu'il effectua quelques jours après, en compagnie de son mécanicien, de Paris à Douvres, lui avaient valu auprès du public français une certaine célébrité. Hoxey, lui, était plus ignoré ici; mais, en Amérique, sa renommée de pilote était grande et nos lecteurs ont eu tout récemment, et à deux reprises, l'occasion de lire son nom dans ces colonnes où nous signalions deux performances par lesquelles cet aviateur semblait avoir conquis le titre de recordman du monde de la hauteur. Ainsi en neuf jours, car la disparition en mer de Cecil Grace date du 22 décembre, sept aviateurs ont payé de leur vie leur participation à l'œuvre généreuse de la conquête de l'air. C'est une bien lourde rançon qu'exige de nous ce progrès nouveau, mais aucune mort n'est complètement inutile et cette affirmation même des trop grands dangers qu'offre l'aviation à ceux qui s'y adonnent doit rendre plus clair encore et plus fécond le génie de ceux qui assument la tâche de donner à l'homme des ailes. Le Temps – 2 janvier 1911
01 janv. 11
Les actualité du 1er janvier 1911
Les grands prix d'aviation de 1910
Avant-hier soir, à peine descendu de son appareil, après le vol prestigieux de 584 kilomètres sans arrêt, Tabuteau nous exprimait son espérance de voir le lendemain les éléments se déchaîner, empêchant ainsi ses concurrents de battre son record.
Ce voeu de mauvais temps ne fut pas réalisé. Il fit hier une journée délicieuse. Mais tout de même l'excellent aviateur garde la coupe Michelin. Ce n'est point que de nombreux assauts n'aient été livres pour la conquête de ce trophée. A Pau, Legagneux à Etampes, Farman à Douai, Bréguet à Buc, Pierre Marie volèrent, volèrent éperdument. Pas assez cependant pour anéantir la performance de Tabuteau, qui conservera la coupe pendant toute l'année 1911, et qui touchera, les 20,000 francs qui y sont adjoints.
De toutes les tentatives désespérées faites au cours de cette dernière journée de 1910 pour ravir à Tabuteau la coupe Michelin,quelques-unes sont fort intéressantes.
A Buc, Pierre-Marie, sur un monoplan Fanault-Pelterie, vola toute la journée, ne reprenant terre qu'à la nuit sombre, ayant épuisé tout son réservoir d'essence. Pierre-Marie avait réussi à voler 530 kilomètres sans reprendre le sol, approchant donc ainsi de très près le chiffre atteint par Tabuteau.
A Douai, Bréguet réussit à tenir l'atmosphère pendant 5 heures 2 minutes, parcourant en ce laps de temps 390 kilomètres. Bréguet ne réussit pas, mais eu la bonne surprise de voir sa boutonnière rougir en descendant de son appareil. Le constructeur donaisien ayant en effet, reçu la croix à l'occasion du 1er janvier, ses amis s'empressèrent de le décorer. Le soir, à, Douai, on fêta dans un banquet et sa croix et sa performance.
A Etampes, H. Farman renouvela une fois de plus sa tentative. Il ne réussit pas mieux que les jours précédents. L'aviateur dut reprendre terre après avoir parcouru 486 kilomètres 400 en 7 heures minutes.
L'année 1910, qui vient de se terminer par ces suprêmes tentatives, aura été malgré les cruels deuils qui l'ont marquée la plus brillante qu'ait jamais connue l'aviation.
Les records ont fait des bonds prodigieux. Citons comme exemples celui de la durée, passé du 1er janvier au 31 décembre 1910 de 4 heures 17 minutes à 8 heures 1 minute (Farman) celui de la hauteur, qui était de 475 mètres (Latham), et qui est maintenant élevé c'est le cas de le dire à 3.200 mètres (Legagneux) enfin celui le plus important de la distance, qui était de 232 kilomètres au 31 décembre 1909 et est aujourd'hui de 585 kilomètres.
Durant cette même année, d'innombrables meetings d'aviation ont eu lieu. Beaucoup ont été des insuccès financiers, tous ont donné de superbes résultats sportifs. En dehors des meetings, d'importantes épreuves ont été disputées. Pour aujourd'hui, contentons-nous de donner les résultats de celles qui ont pris fin, hier, par l'attribution des prix qu'elles comportaient. Ces résultats, les voici
Grand prix d'aviation de l'Automobile-Club de France (100,000 francs). Paris-Bruxelles et retour, WYNMALEN, les 16 et 17 octobre, en 27 heures 50 minutes (temps officiel: 36 heures).
Coupe Michelin (challenge et prix de 20,000 francs). Record de la distance en un seul vol. MAURICE TABUTEAU, 585 kilomètres, à Buc, le 30 décembre 1910.
Coupe Deperdussin (challenge de 5,000 francs). LAURENS, 1 heure 12 minutes, à Buc, le 21 décembre 1910.
Prix Lazare-Weyler (25,000 francs). plus long vol accompli à travers la campagne par un officier. LIEUTENANT CAMMERMAN, voyage Mourmelon-Montigny-sur-Aube et retour, accompli le 21 décembre 1910.
Coupe Femina (objet d'art). Record féminin du plus long vol. Mlle HELENE
DUTRIEU, 167 kilomètres en 2 heures 35 minutes, le 21 décembre 1910.
Prix du baron de Forest (100,000 francs). Plus long vol d'Angleterre au continent. SOPWITH, de Eastchurch (lIe Sheppey) à Beaumont (Belgique), 284 kilomètres 800 mètres, le 18 décembre 1910.
Le Petit Parisien – 1er janvier 1911
EN BREF
L'unification du carat - Une conférence internationale a modifié le carat des orfèvres et l'a unifié; le nouveau carat adopté, qui correspond à à un poids de 2 décigrammes, sera mis en usage à partir de demain 1er janvier toutefois, les agents du service des poids et mesures ne devront pas exiger avant le 1er avril prochain que toutes les prescriptions des décrets et arrêtés soient strictement appliquées. L'ancien carat était une mesure conventionnelle, en somme, car il variait d'un pays à l'autre. En France, il correspondait à 205 milligrammes, et son quart, nommé grain, à 51 milligrammes. Le carat sert aussi dans quelques pays qui n'ont pas adhéré au système métrique pour exprimer le titre des matières d'or, des alliages d'or et même des alliages d'argent. Le Temps - 1er janvier 1911
Une émeute à Tarente a fait plusieurs morts - Rome, 31 décembre - Hier soir, à Tarente, le personnel du service sanitaire entra dans une maison du quartier populaire pour procéder d'urgence à la mise en bière d'une fillette morte, au cours de la journée, d'une maladie contagieuse. Les parents et les amis de la défunte reçurent fort mal les nouveaux venus et la foule, amassée devant la maison, leur jeta des pierres. Trois coups de feu furent même tirés sur des carabiniers qui avaient été demandés, et ceux-ci ri postèrent., blessant deux personnes. L'ordre peu à peu se rétablit et l'on croyait l'incident terminé, quand un cortège de protestation se forma, parcourut la ville en brisait des becs de gaz, en arrachant l'écusson de l'hôtel de ville, en obligeant les négociants à fermer en signe de deuil. Arrivé devant la caserne des carabiniers, les manifestants jetèrent des pierres. Les carabiniers sortirent firent feu d'abord en l'air, puis sur la foule, qui se dispersa, laissant sur le terrain trois morts, dont un enfant de huit ans. A la suite de ces douloureux événements, le syndic de la ville a publié un manifeste invitant la population au calme. L'ordre public a été totalement rétabli. Le Petit Parisien – 1er janvier 1911
Wagons en dérive sur l'Ouest - Un singulier accident s'est produit hier en gare de Rouen Rive droite. Un train de marchandises composé de trente-quatre. wagons venant de Paris et se dirigeant but le Havre avait traversé la gare et se trouvait sous le tunnel à la sortie de Rouen, du côté du Havre. A ce moment, l'attelage du sixième wagon s'étant rompu, les vingt-huit autres wagons s'arrêtèrent et comme le terrain est en pente se mirent à reculer et à descendre vers Rouen avec la vitesse d'environ quarante kilomètres jusqu'au moment où ils buttèrent, après avoir traversé la gare, contre un chariot en acier sur lequel était le wagon-poste qui devait être attaché au train de Dieppe. Le choc fut effroyable. Le wagon-poste fut projeté hors des voies contre le tunnel situé à la sortie de la gare de Rouen, du côté de Paris. Par suite de la rencontre, six wagons déraillèrent et, montant les uns sur les autres, vinrent se briser, formant un amas de planches broyées et de ferrailles tordues. Deux hommes qui se trouvaient dans les vigies avaient eu le temps de sauter sur la voie sans se faire de mal. Du fait de cet accident, la circulation des trains a du être effectuée pendant toute la journée sur voie unique, ce qui a causé des retards considérables. Le Temps - 1er janvier 1911
31 déc. 10
Les actualité du 31 décembre 1910
Mort du lieutenant de Caumont
La mort a frappé hier pour la première fois dans la jeune troupe si vaillante de nos officiers aviateurs et pour première victime elle a choisi un de nos meilleurs pilotes, le lieutenant de Caumont. La perte est doublement douloureuse et nous fait vraiment payer, trop cher la gloire que la conquête de l'air nous a assurée cette années. Après le terrible accident d'Issy-les-Moulineaux, à peine reprenions-nous courage en voyant l'audace que nos aviateurs dépensaient pour répondre au défi des éléments encore insoumis.
La journée de jeudi avait été une journée d'efforts stériles a la conquête des records. La journée d'hier voyait la reprise du merveilleux combat et une nouvelle victoire, mais elle voyait aussi, dès ses premières heures, la chute mortelle du lieutenant de Caumont : elle ne sera pour nous qu'une journée de deuil.
Cette chute s'est produite a l'aérodrome de Buc. Le lieutenant pilotait un monoplan auquel il faisait subir un vol d'essai; l'appareil s'était parfaitement enlevé et filait à une hauteur de 80 à 100 mètres à une allure de 100 kilomètres à l'heure dans un vol d'une stabilité remarquable, lorsqu'il parut tout à coup en difficulté; on l'aperçut qui tanguait, roulait comme empoigné par des remous. Le lieutenant de Caumont se rendit-il compte de l'inutile danger qu'il y avait à poursuivre son vol et arrêta t-il son moteur: Mais on le vît alors se mettre en descente en un superbe vol plané.
A quelques mètres du sol, l'aviateur aperçut, devant lui, l'étang du Trou-Salé, et pour l'éviter il précipita sa descente. Sa manœuvre rapide fut mal calculée, sans doute, car l'atterrissage fut extrêmement brutal. La queue haute, le monoplan heurta, en pleine lancée, la terre, de son train avant, qui céda, freina, entraînant un violent capotage de l'aéroplane. On se porta au secours de l'officier qui restait étendu dans son appareil. Le lieutenant de Caumont n'avait pas perdu connaissance: il fit signe qu'il était blessé. On le dégagea des débris du monoplan il avait les deux jambes brisées, et se plaignait de douleurs dans le bassin.
En toute hâte, il fut placé sur une voiture d'ambulance et conduit à Versailles par les officiers de l'Ecole d'aviation et par le capitaine Etévé, le compagnon ordinaire de ses voyages aériens: Mais ses souffrances étaient si vives qu'on dut, devant l'Orangerie, le placer sur un brancard pour le transporter jusqu'à l'hôpital. Le médecin en chef, le docteur Cahier, jugea l'état du lieutenant désespéré et toute intervention chirurgicale inutile; le malheureux officier avait les deux jambes broyées, le tibia gauche avait été particulièrement brisé; enfin le bassin était fracturé.
Avec un courage héroïque, le lieutenant de Caumont supporta ses atroces souffrances; il garda sa lucidité d'esprit jusqu'à ce que la mort vînt à sept heures du soir lui apporter la délivrance. Il reçut les derniers sacrements des mains de l'abbé Deroin, aumônier de l'hôpital, en présence du comte Armand de Caumont, son frère, et de son oncle. Le colonel Hirschauer n'avait pas quitté son chevet et le général Roques était venu lui apporter en consolation suprême la nouvelle que le ministre de la guerre venait de le proposer pour la croix de la Légion d'honneur. Cette croix, si chèrement gagnée, sera placée sur la dépouillé mortelle du jeune officier.
Le lieutenant de Caumont était parmi les plus anciens si l'on peut dire de nos officiers aviateurs. Il n'attendit pas que l'aviation militaire fût organisée pour s'y adonner. Officier au 8e dragons, en garnison à Lunéville, le lieutenant Nompar de Caumont La Force profita de la proximité de l'école Sommer, à Douzy, pour se livrer à l'aviation; il acquit de ses propres deniers un biplan avec lequel il a précisément accompli le 7 août dernier, jour de départ du circuit de l'Est aux raids militaires duquel il participa, la remarquable randonnée que voici Mourmelon, Châlons; Saint- Dizier, Ligny-en-Barrois; Toul, Parville, Nancy. Le lendemain il effectuait Nancy-Lunéville et retour.
Deux jours après, il faisait une chute et cassait son appareil, et se trouvait ainsi empêché de collaborer par la suite comme il le voulait à la démonstration d'aviation militaire. Le 4 septembre, il fit un superbe vol de hauteur; participa comme aviateur aux grandes manœuvres de Picardie, et, lâchant, ces temps derniers, le biplan, acquit un monoplan, celui avec lequel il a trouvé la mort.
Le Figaro – 31 décembre 1910
EN BREF
Le record de distance (584 kilomètres) - Terrassé par le froid, l'aviateur Maurice Tabuteau avait dû, mercredi, à Buc, abandonner dans une tentative qu'il faisait pour reprendre à Legagneux le record du monde de la distance (516 kilomètres) et du coup la coupe Michelin et ses 20,000 francs. Jeudi, Tabuteau avait renouvelé sa tentative, mais une fois encore avait dû abandonner, arrêté au 412e kilomètre par le brouillard. Pour la troisième fois, Maurice Tabuteau a hier repris l'air; il a été par un splendide exploit récompensé de sa persistance et de son énergie. Il s'est adjugé le record de la distance. Il a d'un seul vol, commencé à 7 h. 45 du matin et chronométré par M. Gaudichard, chronométreur officiel, parcouru la formidable distance de 584 kilomètres. Il atterrit à 3 h. 30 de l'après-midi. Ce vol lui aurait permis d'atterrir près de Landerneau, à Royan, à Bordeaux, et de s'arrêter à quelques kilomètres de Valence, à 200 kilomètres de Londres, etc., etc...Si Legagneux à Pau ne fait mieux aujourd'hui, c'est à Tabuteau qu'irait la Coupe Michelin 1910. Le Figaro – 31 décembre 1910
Explosion d'une poudrerie - Gand, 30 Décembre. Un bâtiment de la poudrerie royale de Wetteren, petite ville à 11 kilomètres de Gand, a sauté, cet après-midi, à quatre, heures. La poudrerie, dirigée par M. de Coupper, fabrique des poudres de chasse, de guerre et de la dynamite. Comme la plupart des poudreries, celle-ci se compose d'une série de petites constructions légères, dans lesquelles se font les manipulations. Dans la partie des bâtiments où s'est produite l'explosion, neuf ouvriers travaillaient. Les hommes qui y travaillaient ont été projetés dans les airs. Des débris humains de tout genre ont été éparpillés aux alentours. On a trouvé un crâne à 800 mètres de distance. A en juger par les débris retrouvés, quatre hommes dont l'identité n'a pu être établie ont été littéralement déchiquetés. Au total, après les fouilles qui ont été terminées ce soir, huit ouvriers ont péri et un autre a été retrouvé blessé mortellement à la tête. Toutes les maisons environnant la poudrerie ont été en partie démolies. Une femme a été blessée grièvement. Le Parquet de Termonde est arrivé dans la soirée sur les lieux de la catastrophe. Le Petit Journal – 31 décembre 1910
30 déc. 10
Les actualité du 30 décembre 1910
La disparition des pêcheurs d'Islande
Si les loisirs de sa retraite conduisaient Pierre Loti à Paimpol, où il étudia les Pécheurs d'Islande, sa déconvenue serait grande. Il est presque désert, le petit port d'armement pour la pêche d'Islande; déjà en 1905, il ne comptait plus que cinquante-trois goélettes; en février dernier, ce chiffre tombait à trente et un. Il va encore diminuer, puisqu'à la prochaine campagne de pêche, on prévoit à peine vingt bateaux qui seront armés.
C'est une industrie pittoresque du pays de France, qui disparaît. Elle s'en va, pour bien des causes. Quand nous aurons signalé que la morue, au tempérament capricieux, se fait rare, dans les parages d'Islande et les a en quelque sorte, désertés, il devient inutile d'ajouter que la morue d'Islande se vendait plus cher que la morue de Terre-Neuve.
Puis Paimpol ne veut plus aller pêcher la morue. Les gars bretons, au titre de capitaine de goélette, préfèrent les avantages et l'uniforme de quartiers-maîtres, seconds-maîtres ou maîtres de la marine de l'Etat. La sécurité du pain quotidien, pour eux et leurs familles, a fait de ces marins, toujours braves et hardis, des fonctionnaires militaires. Difficile, le recrutement des gradés des équipages d'Islande; plus difficile encore, celui des équipages.
Les armateurs sont accablés de frais ridicules qui ne profitent à personne. Le Parlement a voté, en 1907, une loi dont le but est d'assurer aux équipages plus de sécurité et plus d'hygiène. L'intention était excellente. Mais on a obligé, par exemple, les armateurs à installer dans le poste une table où les hommes viendraient manger aux heures de repas. Or, deux heures après que le navire a quitté la rade, le marin qui, pour prendre ses repas, préfère s'installer dans un coin, a démonté la table et la relègue dans la cale jusqu'à la fin de la campagne.
Au moment de lever l'ancre, une commission visite la goélette et ordonne souvent le remplacement des vivres et des appareils de sauvetage. Nous ne protestons pas contre les décisions de la commission, nous disait un armateur, nous protestons contre l'heure tardive de sa visite.
Puis le marin n'est pas sérieux. Non seulement, il exige des avances, au moment de l'embarquement, mais pour obtenir son engagement, l'armateur doit lui verser un denier à Dieu variant de 200 à 300 francs. Comme chaque goélette compte environ trente hommes d'équipage, les étrennes du patron atteignent une somme qu'il lui devient impossible de payer. Les pêcheurs d'Islande vont disparaître.
Le Figaro – 30 décembre 1910
EN BREF
Les briquets imposés et libres - A dater de ce matin, les briquets au ferro-calcium sont naturalisés français, c'est-à-dire frappés des taxes proposées par M. le ministre des finances. Le Journal officiel publie la loi, exécutoire après vingt-quatre heures, qui leur donne le droit de circuler de mains en mains, de poches en poches, de bureaux de tabac en bureaux dé tabac. Donc, nous pouvons tous acheter des briquets au ferro-calcium chez les débitants de tabac, qui sont libres de vendre tous les modèles imaginables et imaginés et qui sont libres aussi de n'en pas vendre du tout. Tous les briquets que nous achèterons seront revêtus d'une estampille soudée et apparente, de 2 à 5 centimètres de longueur sur 7 millimètres de largeur, qui attestera le payement de l'impôt de deux francs. Ceux d'entre nous qui possèdent déjà des briquets devront régulariser leur situation. L'administration leur accorde un délai de quinze jours pour acheter des estampilles dans 26 bureaux de tabac et faire souder cette estampille sur les briquets. Cette réglementation est établie pour le briquet ordinaire, en simple métal, soumis à l'impôt de 2 francs. Les briquets en argent ou en platine, vendus par les bijoutiers, ne se verront pas infliger de soudure; le payement de l'impôt sera effectué à la présentation de l'objet à la garantie: une double apposition du poinçon de titre (une marque étant perpendiculaire à l'autre) remplacera l'estampille. La nouvelle loi rappelle que les allumeurs de gaz par la mousse de platine échappent à tout impôt et à toute réglementation, de même que, les briquets à silex, émeri ou corindon et acier. Les briquets qui utilisent les amorces au fulminate sont également exemptés du nouvel impôt; les bandes d'amorces supportent déjà, au profit de l'Etat, un impôt de 0 fr. 10 le cent, A l'occasion de cette réglementation l'administration se montre généreuse; elle abandonne toutes les contraventions commises sous le régime de l'ancienne législation. Par contre, forte de cette première amnistie, elle adresse les instructions les p!us sévères pour la répression des infractions à la loi nouvelle. En particulier, elle rappelle que la simple détention de briquets non soumis à l'impôt après le délai de quinzaine ci-dessus visé entraînera une amende de cinquante francs, indépendamment du quintuple droit. La vente et la fabrication illicites, la vente de briquets non estampillés entraîneront des, peines plus sévères, allant jusqu'à l'emprisonnement. Le Figaro – 30 décembre 1910
A Issy-les-Moulineaux deux aviateurs font une chute effroyable.Ils meurent peu après - Une nouvelle catastrophe vient de jeter la consternation dans le monde de l'aviation. Concourant pour l'épreuve Paris-Bruxelles-Paris, deux aviateurs, le chef pilote Laffont et son passager, M. Pola, ont trouvé la mort ce matin à Issy-les-Moulineaux. Dès 5 heures, il faisait un temps magnifique, le ciel état très clair et le vent ne soufflait qu'à 0 mètres à la seconde. Aussi, dès 5 h. 1/2, des ouvriers, les mécaniciens de Laffont, vérifiaient-ils l'appareil que l'aviateur avait mis au point pour tenter le raid Paris-Bruxelles-Paris. Laffont se présentait un peu avant 8 heures sur le champ de manœuvres, accompagné de M. Pola. L'aviateur fit sortir son appareil et se prêta, ainsi que son passager, M. Pola, aux formalités du pesage prescrit dans le règlement de l'épreuve. A 8 h. 30, les deux aviateurs prenaient place dans l'appareil et, après avoir dit Au revoir aux personnes présentes, parmi lesquelles se trouvait Mme Pola,femme du passager, ils s'apprêtèrent à prendre leur vol. L'hélice fut mise en mouvement, et l'appareil, après avoir roulé quelques mètres, s'éleva rapidement à une hauteur de trente mètres. Arrivé à cette hauteur, on le vit redescendre en vol plané et reprendre contact avec le sol: le carburateur était gelé. Après avoir réparé cet organe de l'appareil, les aviateurs repartirent et s'élevèrent à nouveau très rapidement. Au moment où le monoplan se trouvait au-dessus des hangars des dirigeables, à une soixantaine de mètres de hauteur, les spectateurs épouvantés virent l'appareil faire un virage très court, l'aile gauche du monoplan se détacher et emportée par le vent à l'autre extrémité du champ l'appareil capota alors et tomba lourdement sur le sol. On se précipita sur le lieu de la chute et on constata que le moteur était enfoncé, une aile, les radiateurs et le châssis d'atterrissage complètement brisés, le fuselage brisé en trois morceaux. Seule, la queue de l'appareil était intacte et s'était rabattue sur le monoplan. Laffont fut projeté à 3 mètres en avant et Pola fut pris sous les débris de l'appareil. Mme Pola, qui assistait au départ de son mari, vit la chute effroyable de l'aéroplane et tomba sans connaissance dans les bras des personnes qui étaient à ses côtés. Cependant, on s'était précipité au secours des malheureux aviateurs: Laffont avait le crâne fracturé, le bras gauche rentré dans le corps. Il était mort sur le coup. Quant à Pola, il était complètement défiguré, le sang lui sortait à flot de la bouche, il avait la gorge traversée par un éclat de bois, mais il respirait encore faiblement. On plaça les deux aviateurs dans une ambulance, qui partit à l'hôpital Boucicaut. Pola rendit le dernier soupir pendant le trajet. A l'arrivée à l'hôpital, à 9 heures, l'interne ne put que constater le décès des deux aviateurs. La Croix – 29 décembre 1910
29 déc. 10
Les actualité du 29 décembre 1910
Un incendie ravage une caserne à Compiègne
Dans la nuit, entre deux et trois heures du matin, un incendie des plus violents a éclaté au quartier Othenin, qui sert de caserne à la section hors rang du 54e d'infanterie. Ce quartier est compris entre les rues Vivenel, Hippolyte-Bottier et d'Humières. Il comprend les magasins de la mobilisation, où étaient entassées des quantités considérables d'approvisionnement et d'armes.
C'est exactement à 2 heures 20 que le feu s'est déclaré. Le sergent de garde, rentré dans sa chambre, depuis une heure, s'endormait à peine, quand un soldat vint l'éveiller, lui faisant remarquer une colonne de fumée assez épaisse qui s'élevait au-dessus du bâtiment central. L'alarme fut donnée. Le tocsin sonna, tandis que les tambours allaient battre la générale dans les diverses, rues de la ville.
Pendant ce temps, avec les propres ressources de la caserne, les militaires présents au quartier essayaient de maîtriser l'incendie. Ils durent bientôt reconnaître que leurs efforts étaient condamnés à l'impuissance,d'autant plus qu'un vent des plus violents activait l'intensité des flammes. De tous côtés on accourut. Les pompiers, les dragons, les soldats du 54e, la population, puis les compagnies de sapeurs de Venette et Margny-les-Compiègne. Entre temps étaient arrivés les généraux Vauthier et Rousseau, qui avaient pris la direction des opérations MM. Fournier Sarlovèze, maire et député Pujeault, sous-préfet, dont la présence stimulait l'ardeur des combattants.
Mais la lutte contre le feu était des plus difficiles, en raison de la vétusté même des bâtiments, et de la violence croissante du vent. Malgré tout, les flammes gagnaient du terrain, si bien que les sauveteurs durent se borner à faire la part du feu. C'est au prix de bien des efforts, qu'on réussit à sauver tous les livres et toutes les pièces de comptabilité. Pendant toute la nuit et une grande partie de la matinée, on combattit désespérément, et ce ne fut guère que vers onze heures du matin que les sauveteurs exténués furent maîtres du sinistre.
On s'était surtout attaché à protéger contre l'atteinte des flammes l'hôtel de la quatrième division, contigu au quartier et qui fut en, effet préservé. Toutefois, les locaux du génie qui en dépendent ont été assez sérieusement endommagés. Vers deux heures de l'après-midi, le général Picquart, commandant le corps, est arrivé à Compiègne, accompagné d'un de ses officiers d'ordonnance. Reçu par les généraux Vauthier et Rousseau, le maire et le sous-préfet, le général Picquart s'est immédiatement rendu sur le théâtre de l'incendie. Il a pu se convaincre que les flammes avaient causé un véritable désastre.
Du bâtiment central du quartier, il ne restait plus que les quatre murs branlants, lézardés et en partie carbonisés. Un des deux autres bâtiments, contenant des stocks considérables d'effets d'habillement, avait été complètement incendié on n'a pu sauver qu'une partie de ce qu'il contenait. Un autre, qui servait de réserve d'armes, est détruit en partie. Près de 15,000 fusils sont perdus. On a pu toutefois déménager à temps les cartouches, ainsi que la sellerie. Fort heureusement, au prix d'efforts inimaginables, les chevaux avaient pu être sauvés.
Au moment où le général Picquart et les personnalités qui l'accompagnaient arrivèrent sur les lieux du sinistre, l'aspect du quartier Othenin était lamentable. Dans la cour gisaient pèle-mêle, au milieu des flaques d'eau, des amoncellements d'objets les plus divers sacs, baïonnettes, capotes, fusils au canon tordu, râteliers d'armes, matériaux calcinés, livres, etc...Le spectacle était navrant. Le chiffre des dégâts s'élève, parait-il, à deux millions.
Un seul accident s'est produit. Dans la matinée, en déblayant les décombres, le pompier Saingery est tombé du premier étage sur le sol. Il a été assez grièvement blessé au bras et à la main gauches. Grâce aux soins qui lui ont été donnés immédiatement on espère que la main ne sera pas perdue. Dès qu'on put considérer le sinistre comme maîtrisé, les autorités militaires et civiles entreprirent une enquête afin de déterminer les causes de ce terrible incendie. Les résultats n'en sont point encore bien certains, mais on a tout lieu de croire que le feu a été communiqué par un poêle laissé allumé et dont le tuyau, porté au rouge, a enflammé une poutre.
Le Petit Parisien – 29 décembre 1910
EN BREF
Empalé dans un piège a cerfs - Rambouillet, 28 décembre - Pour capturer des cerfs qui dévastaient sa propriété située à Sermont, près de Dourdan, M. Fuguet fit creuser des tranchées au fond desquelles on planta des pieux. On couvrit le tout de branchages, afin de masquer les pièges. Ignorant le danger qu'il courait, un jeune homme de vingt-cinq ans, M. Martin, s'aventura dans cette propriété. A peine avait-il fait quelques pas qu'il disparaissait dans la trappe, où il demeura empalé. Il resta plusieurs heures dans cette douloureuse situation. Un des pieux lui avait traversé la cuisse. Son état est très grave. Le Petit Parisien – 29 décembre 1910
Le mauvais temps - La neige est tombée hier en abondance sur diverses régions de la France. Une couche épaisse recouvre les coteaux des vallées de la Meurthe et de la Moselle et les environs de Nancy. A Douai, la neigé est tombée en rafales. A Remiremont, il y a plus de quarante centimètres de neige; on a retrouvé sous la neige le cadavre d'un vieillard. A Saint-Etienne, à Clermont-Ferrand, la neige a formé des couches si épaisses que les courriers n'arrivent de la montagne qu'avec les plus grandes difficultés. On mande d'Angers que la nuit dernière, vers neuf heures, sur la route de la Menitré à la Bohalle, recouverte par les eaux débordées de l'Authion, un canot monté par trois personnes a heurté un arbre par suite de l'obscurité. Les trois personnes ont été précipitées à l'eau. L'une d'entre elles, M. Bertrand, receveur buraliste à la Bohalle, ancien gendarme, a été noyée. Son corps n'a pas été retrouvé. Son fils,âgé de huit ans, a été retiré mort par le troisième passager, M. Saulan, débitant à la Bohalle.A Brest, les remorqueurs de l'arsenal ont été empêchés par la tempête de tenter le sauvetage du bateau Porte destiné au bassin du port de guerre,échoué sur les récifs du cap Chèvre et qui est considéré comme perdu. A Marseille, un véritable ouragan s'est déchaîné hier soir. Des embarcations ont rompu leurs amarres et sont parties à la dérive. Sur le littoral, la mer a causé d'imporrtants dégâts.On mande d'Oran que le vapeur norvégien Avona, de Bergen, jaugeant 4,200 tonnes, venu à Béni-Saf pour effectuer un chargement de minerais, a été jeté hier sur la plage par une rafale.Une tempête d'une violence inouïe s'est abattue sur la région de Westerwald, le Palatinat et l'Allemagne du sud, causant des ravages considérables En maints endroits les communications téléphoniques et télégraphiques sont interrompues. Le Temps - 29 décembre 1910
Une ville en grève - Une grève d'un nouveau genre vient d'éclater à Saint-Pol-sur-Ternoise coquette sous-préfecture du Pas-de-Calais. Mécontents de payer le gaz 0 fr. 30, alors que par une convention particulière il est fourni à 0 fr. 15 à la Compagnie du Nord, les abonnés, sur l'initiative de l'Union des commerçants, et après quelques démarchés infructueuses en vue d'une réduction de prix, ont résolu d'abandonner l'éclairage au gaz. Le mot d'ordre a été fidèlement observé, à quelques rares exceptions, par les abonnés. Cependant que, les magasins emploient l'huile, ou le pétrole, quelques-uns l'acétylène, seuls les réverbères contribuent à éclairer au gaz les rues de Saint-Pol-sur-Ternoise, depuis le 20 du courant. Le Temps - 29 décembre 1910
28 déc. 10
Les actualité du 28 décembre 1910
Le déshabillé de Madame Badet n'a rien d'excessif
M. Bérenger, président de la Ligue contre la licence des rues, avait attiré l'attention du parquet de la
Seine sur le fait que plusieurs établissements publics, théâtres ou music-halls, exhibaient actuellement des femmes nues sur la scène. La plainte de l'honorable sénateur ne visait point particulièrement contrairement à ce que d'aucuns prétendirent le Théâtre Antoine et Mlle Régina Badet qui, dans la Femme et le Pantin, danse un pas suggestif.
M. Vallette, chef de la brigade mobile, fut chargé, par le procureur de la République, de procéder, dans les théâtres et music-halls, à de délicates investigations. Au cours de cette mission, le magistrat se transporta la semaine dernière au théâtre Antoine comme dans d'autres et examina attentivement le costume et les attitude de Mlle Régina Badet dans la pièce qui se joue actuellement. Hier, enfin, le chef de la brigade mobile à transmis au procureur de la République le rapport demandé.
Connaître les ternies précis de ce document officiel, il n'y fallait point songer. M.Vallette est un fonctionnaire discret qui, pour rien au monde, n'aurait consenti à déflorer une pièce de justice, dont la primeur appartient à la magistrature. Nous avons pu, toutefois, nous en procurer la substance.M. Vallette, disons-le tout de suite, n'a pas trouvé du tout inconvenant - en eût-il en effet pu être autrement au théâtre que dirige M.Gémier ? - le déshabillé de Mlle Régina Badet.
Des pieds à la taille, un maillot impeccable dissimule suffisamment les formes de la gracieuse artiste. Le haut du corps est assurément voilé avec moins de. modestie. Mais, s'empresse d'ajouter le constat, il n'y a là rien d'excessif, ainsi qu'en témoigne l'attitude du public qui, de toute la soirée, n'a pas fait entendre une protestation.
M. Vallette termine en remarquant très judicieusement que, dans la. salle, nombre de spectatrices, qui, elles, n'ont point l'excuse de tenir un rôle d'art, font preuve d'autant de hardiesse que la charmante pensionnaire de M. Gémier, ce dont nul ne parait s'offusquer. Dans ces conditions, lu. décision du parquet est connue d'avance.
Le Petit Parisien – 28 décembre 1910
EN BREF
Un jeune téléphoniste broyé par un ascenseur - Le jeune Félix Blanchard, vingt-quatre ans, employé en qualité de téléphoniste à l'Automobile-Club, 6, place de la Concorde, a trouvé la mort, hier matin, vers neuf heures, dans des conditions affreuses. Hâtons-nous de dire que cet accident, qui a causé une profonde émotion à l'hôtel de l'A C., n'est dû qu'à l'imprudence de l'infortuné garçon. Il avait pris place, à un étage supérieur, dans la cage de l'ascenseur, en compagnie du chasseur, un de ses camarades, Albert Josseaud, seize ans. Les deux jeunes gens appuyèrent sur le bouton de descente et l'appareil partit. Ils voulaient s'arrêter à l'étage de la bibliothèque, mais dépassèrent le palier d'une dizaine de centimètres.Si l'ascenseur se fût arrêté au niveau de l'étage, la porte du palier se fût ouverte aussitôt automatiquement. Blanchard crut pouvoir l'ouvrir sans faire remonter l'ascenseur. Il devait payer cher son erreur Tandis qu'il faisait des efforts pour ouvrir la grille, son bras toucha le bouton de mise en marche. L'ascenseur reprit sa descente. Et Blanchard, qui n'avait pas eu le temps de se rejeter en arrière, eut la tête prise entre le plafond de la cage et la bordure du palier. Aux cris poussés par Josseaud, qui avait assisté, terrifié, à cet épouvantable accident, on accourut de tous côtés. L'ascenseur s'était immobilisé. Blanchard, la tête, le cou et le haut de la poitrine littéralement écrasés, ne donnait plus signe de vie. Les pompiers du poste Saint-Honoré, conduits par l'adjudant Moulins, accoururent. Pour délivrer Josseaud, qui continuait, affolé, à pousser des cris désespérés, ils durent enlever les panneaux de l'ascenseur. Ils s'employèrent ensuite à dégager le cadavre de Blanchard. M. Rajeaud, commissaire du quartier de la Madeleine, et son secrétaire, M. Toquenne, arrivés sur ces entrefaites, interrogèrent Josseaud, ainsi que quelques membres du club Le corps de l'infortuné Blanchard a été laissé à l'hôtel du club. Le Petit Parisien – 28 décembre 1910
L'aviateur italien Pïcolo se tue au Brésil - Sao-Paulo, 26 décembre - L' aviateur italien Jules Picollo, arrivé ici depuis quelques jours, s'est tué aujourd'hui. Il venait d'effectuer plusieurs petits vols très réussis sur son Blériot et prenait à nouveau l'air. Gracieux, il évoluait parfaitement à 100 mètres de hauteur, lorsqu'on vil tout à coup le monoplan piquer du nez et s'abattre sur le sol. On se précipita en hâte pour relever le pilote gui gisait au milieu des débris de l'appareil... Helas ! il était mort, tué sur le coup. Jules Picollo, né à Gènes, était âgé d'environ 35 ans. II s'était signalé comme excellent conducteur d'automobiles et avait même gagné plusieurs épreuves en Italie; L'aviation l'avait tenté et il fit son apprentissage cette année à l'aérodrome de Farman, à Mourmelon, où il acquit son brevet de pilote. Il était parti récemment dans l'Amérique, du Sud pour y faire des exhibitions dans plusieurs villes et venait d'arriver a Saint-Paul. Ajoutons que Picollo était sourd. A ce sujet, a un de nos confrères, qui lui faisait observer les inconvénients qui pourraient résulter, en aéroplane, de cette infirmité, il répondit : Cela ne fait rien, puisque, en,aéroplane, le bruit du moteur assourdit même ceux qui ne sont point atteints de surdité...Le Siècle – 28 décembre 1910
Deux patrouilles espagnoles s'entretuent - Barcelone, 26 décembre. — La nuit dernière, au Pénitencier de Figueras, deux patrouilles, croyant à une évasion, se sont mutuellement tiré des coups de fusil. Un caporal a été tué, un capitaine et un soldat ont été blessés. Au moment où s'est produit l'incident, les feux avaient été éteints par le vent, c'est ce qui a occasionné la fatale méprise. Le Siècle – 28 décembre 1910
27 déc. 10
Les actualité du 27 décembre 1910
Six personnes broyées par un express
Un terrible accident s'est produit hier à deux kilomètres de Châteaudun, au passage à niveau n° 22, sur la ligne de l'Etat. Une voiture contenant neuf personnes a été broyée par l'express de 11 h. 20; six des voyageurs ont été tués. Voici comment s'est produit cet accident.
Une famille - le père, M. Barthélémy, âgé de soixante-quatre ans, sa femme, âgée de soixante ans; sa fille et son gendre M. Pardessus; les trois enfants de ceux-ci, Julienne six ans, Roger quatre ans, Maurice huit mois, et un nourrisson, Jeanne Marcoz, âgée d'un an, dont les parents habitent 7, rue Béranger, à Paris quittait hier Ozouer-le-Marché pour se rendre à Donnemain, où avait lieu le baptême d'un enfant de M. Lesserre, le second gendre de M. Barthélemy. La famille partit dans une voiture conduite par un ami, M. Léon Bellanger.
Arrivé au passage à niveau, le conducteur, voyant la barrière ouverte, s'engagea sur la voie. Au même instant, l'express 246, qui va d'Orléans au Mans, survint à toute vitesse, culbuta la voiture et la traîna sur deux cents mètres. Quand le train stoppa, on releva six morts, M. et Mme Barthélémy, M. et Mme Pardessus, Julienne et Maurice Pardessus. Le conducteur de la voiture, M. Bellanger, avait la jambe fracturée le jeune Roger Pardessus et la petite Jeanne Marcoz étaient grièvement blessés à la tête.
Les neuf victimes ont été transportées à l'hôpital de Châteaudun. Une information a été immédiatement ouverte par M. Ponteau, juge d'instruction, afin d'établir les responsabilités la garde-barrière. Mme Barbot, entendue par le magistrat, a déclaré que l'express ne lui avait pas été annoncé, de sorte qu'elle n'avait pu songer à fermer la barrière. M. Marcoz, prévenu par dépêche, a quitté hier Paris pour se rendre au chevet de sa fillette.
Le Temps – 27 décembre 1910
EN BREF
Un typhon au Tonkin - Marseille, 26 décembre - Le journal le Courrier Saïgonnais, arrivé ce matin à Marseille, vid anglaise, annonce que le rétablissement des communications a permis de recueillir des renseignements sur les dégâts causés par le typhon dans la province de Binh-Dinh : La région Nord a été particulièrement éprouvée ; dans le Phu de Bong-Son, 1,766 maisons indigènes ont été renversées, 45 jonques coulées, 115 bestiaux noyés et 8 personnes ont été tuées. Dans le Huyen de Hoalan, 60 maisons ont été abattues. Le même journal ajoute que la récolte, qui n'était pas terminée, a été partout compromise : 3,000 cocotiers ont été abattus dans la région de Tam-Quan, où l'on signale également de nombreux dégâts aux bâtiments de la douane. Enfin, les routes, les ponts et les postes de la garde indigène ont également souffert. Le Gaulois – 27 décembre 1910
Le recensement américain - New-York, 26 décembre - On connaît aujourd'hui les résultats du dernier recensement. En 1910, les Etats-Unis comptent 91,972,266 habitants. En y ajoutant l'Alaska, les iles Hawaï, Porto-Rico, les Philippines et les autres annexes coloniales, on arrive à un total d'un peu plus de cent millions. Sur ce point, les Etats-Unis sont aujourd'hui au troisième rang, après la Chine et l'Empire britannique, avant la France, qui compte, colonies comprises, 92 millions d'habitants. Les villes les plus peuplées sont : New-York, 4,766,800 ; Chicago, 2,185,200 ; Philadelphie, 1,549,000 ; Saint-Louis, 687,000 ; Boston, 687,000 ; Cleveland, 670,500 ; Baltimore, 558,400 ; Pittsburg, 553,000. Il y a, en outre, 117 villes ayant plus de 100,000 habitants. Les Etats-Unis sont extrêmement loin d'être surpeuplés, et ce n'est pas cette crainte qui inspire les mesures restrictives de l'immigration annoncées par le président Taft. En réalité, les immigrants actuels sont de plus en plus des individus non désirables. Le peuple américain n'offre pas une résistance vigoureuse a ce flot montant de l'immigration et on redoute que le mélange de blancs et de gens de couleur ne fasse des progrès. On se préoccupe aussi de la question nègre : les nègres arrivent maintenant au chiffre de onze millions, soit un huitième de la population totale. Le Gaulois – 27 décembre 1910
Découverte de Monnaies romaines – M. Banet, propriétaire à Bonpas, commune située à quatre kilomètres de Perpignan, vient, en creusant des trous pour compléter une plantation de vigne aux abords du village, de mettre à jour, d'un coup de pioche, un pot en terre ancien contenant dans une bourse plus de 600 petites piécettes de formes tout à fait irrégulières. Elles pèsent ensemble 1 kilog. 500, et sauf quelques-unes plus grandes et plus belles, toutes paraissent être d'un alliage d'argent et de cuivre: Cette monnaie date de plus de 2,000 ans. Sur le nombre, treize deniers ou demi-deniers de l'époque romaine paraissent en argent pur et sont très bien conservés. La frappe en est parfaite. A remarquer les effigies L. Rutil,. C. Narbanus, C. Vibius Pausa, Auguste XXVIII, Titus Sabin Fia Imperator. Ces pièces datent donc de la plus sûre antiquité. En effet, Lupus Rutilius, général et jurisconsulte romain, vivait environ cent vingt ans avant J.-C,. Cueius Narbanus, partisan de Marius, cent huit ans avant J.-C., Caïus Vibius Pansa, consul romain, était un lieutenant de César à l'époque de la Gaule. La pièce Auguste, empereur romain, a été frappée an 28 avant J.-C. Ce n'est qu'à partir de Jules César que les monnaies portèrent l'effigie de l'Imperator. Les deux pièces portant cette inscription sont donc postérieures à Jules César et' datent du commencement de notre ère. Inutile d'ajouter que la bourse est réduite en poussière. Quant au pot, il a été brisé complètement. Le Temps – 27 décembre 1910
26 déc. 10
Les actualité du 26 décembre 1910
La nuit de Noël.
La messe de minuit a été célébrée cette nuit, dans la plupart des églises de Paris, avec la pompe accoutumée. De nombreux fidèles se pressaient dans les temples du centre, où les maîtrises ont exécuté les messes des musiciens célèbres. Un service d'ordre important avait été organisé aux alentours de tous ces édifices.
La basilique Notre-Dame et beaucoup des églises des quartiers populeux sont restées closes, conformément à la décision prise il y a déjà plusieurs années par les autorités du diocèse, d'accord avec le préfet de police, et cela en prévision d'incidents qui pourraient se produire et qu'il est difficile de prévenir. Au Sacré-cœur, une messe a été dite à laquelle assistaient exclusivement les membres de l'Association des Hommes de France.
Le réveillon, cérémonie profane de Noël, ne fut pas célébré avec moins d'entrain que les années précédentes. Les rues du centre et les pentes de Montmartre étaient remplies, dès minuit, d'une foule joyeuse et bruyante. Les fiacres et les autos étaient plus nombreux qu'aux heures mouvementées de la journée. Les restaurants refusaient du monde, selon la formule qui cette fois était appropriée. On a mangé, bu, fumé et dansé à perdre haleine, raison et santé. Au petit jour, quelques soupeurs erraient encore par les places de Montmartre en quête de leur gîte et de leur stabilité.
Pour ces agapes gargantuesques, la province avait expédié aux Halles centrales 37,840 kilos d'huîtres, 139,920 de poisson de mer, 8,820 de poisson de rivière, 84,370 de moules, 1,080 d'escargots, 196,262 de viande, 77,619 d'oeufs, 189,648 de volailles, 9,308 de gibier, etc. ..
Le Temps – 26 décembre 1910
EN BREF
Une institutrice meurt eu soignant son élève - En s'amusant avec une petite hache, l'une des élèves de Mme Bayle, institutrice publique au Viala-de-la-Panouse (Lozère), se coupa un doigt. Aux cris poussés par l'enfant, la maîtresse accourut et se mit en devoir d'arrêter l'hémorragie. Mais bientôt on la vit pâlir et s'affaisser. Quelques instants après elle rendait le dernier soupir, sans avoir pu prononcer une parole. On attribue cette mort foudroyante à l'émotion ressentie par l'institutrice à la vue du sang et peut-être aussi à la crainte inspirée par les conséquences que pouvait avoir pour elle ce malheureux accident. Le Temps – 26 décembre 1910
La disparition de l'aviateur Cecil Grace - On est toujours sans nouvelles de l'aviateur anglais Cecil Grace, et tout espoir d'apprendre qu'il a pu échapper à l'horrible mort est maintenant abandonné. Depuis sa disparition, qui date de mercredi soir vers trois heures, on n'a eu de son passage en un point quelconque aucune preuve certaine, mais on peut déduire des rares et vagues renseignements recueillis que le malheureux pilote a sombré dans la mer du Nord. Cecil Grâce n'était âgé que de vingt-deux ans. Il était né en 1888, à Valparaiso (Chili), mais était de nationalité anglaise. Venu très jeune en Angleterre, il y fit ses études, et dès ce moment sa distraction préférée était le sport. Particulièrement épris des sports mécaniques, c'était un automobiliste fervent. Il vint à l'aviation comme tant d'autres, séduit par la nouveauté des sensations que ce sport lui semblait devoir procurer, et dès ses débuts, datant des premiers mois de cette année, il se montra pilote adroit et hardi. Il fut le quatrième aviateur breveté en Angleterre. Sa première performance fut celle qu'il accomplit le 30 avril dernier dans l'île Shappey en volant 75 kilomètres en 51 minutes. Depuis, il participa avec succès aux meetings d'aviation de Bournemouth en juillet et de Lanark en août. Le 17 septembre, à Folkestone, il tint l'air pendant une heure à 1.000 mètres d'altitude. Engagé dans le prix du baron de Forest, il échoua dans une première tentative et ne put franchir le détroit, tandis quo son concurrent Sopwith volait de Douvres à Beaumont (Belgique). Son second essai pour la même épreuve lui fut fatal. On sait dans quelles conditions. Le Temps – 26 décembre 1910
La Coupe de Noël — Comme à Londres, la natation
est devenue à Paris, un sport d'hiver. Et c'est un spectacle intéressant que de
voir chaque année des athlètes, vigoureux et entraînés fendre l'eau glaciale
quelle que soit la température, pour gagner la coupe, de Noël qui consiste à
traverser la Seine à la hauteur du pont Alexandre III. Hier, l'intérêt
s'augmentait de la présence d'une concurrente, la charmante championne
bruxelloise Mme Guttenstein que le public parisien a chaleureusement applaudi.
Le départ a été donné à 3 h. 25 exactement. Les partants étaient MM. Weister,
Everaerts, Roth, Rimbourg, Pouillet, Raynal, Bellanger, Robineau et Mme
Guttenstein, recordam du monde. Au début le lot est resté très compact. Mais
bientôt Roth et Meister prenaient le commandement. Au milieu du fleuve Meister
fournit un vigoureux effort. Mais ses concurrents résistent bien. Finalement
Meister qui avait déjà gagné la coupe l'an dernier, l'emporte encore cette
fois-ci, mais par une demi-longueur seulement. A signaler la course de Mme
Guttenstein qui se maintenant à droite du peloton a bien résisté. Voici le
classement: 1) Meister (Libelude), en 1 min. 56 secondes 2) Raynal (Sarcelle de
la Seine), à une demi-longueur ; 3) Everaerts (champion de Belgique) et Pouilley
(Triton de Paris) deadheat à 30 centimètres ; 5) Roth (Sarcelle de la seine) ;
6) Rimbourg (Triton de Paris) ; 7) Mme-Guttenstein ; 8) Robineau (Club amical de
Natation); 9) Bellanger (Sarcelle de la Seine). L’Action Française – 26
décembre 1910






























