Les actualités du 13 janvier 1909
Séance de rentrée au Palais Bourbon
Aujourd'hui s'est ouverte au Palais-Bourbon la session ordinaire de 1909. La
rentrée s'est effectuée dans le plus grand calme: le calme de l'indifférence. A
deux heures, Monsieur Louis Passy, député de l'Eure, président d'age, prend place
au fauteuil en attendant la constitution du bureau définitif. Au dessous de
l'estrade présidentielle viennent s'asseoir les secrétaires d'age pris comme on
le sait parmi les plus jeunes de l'assemblée. Ce sont MM Chaumier, Robin, Binet,
Auriol, Bougue et René Besnard.
Les députés sont assez nombreux. Au banc des Ministres, on remarque MM Caillaux, Viviani et Briand. Les poignées de mains s'entrecroisent ; la journée est toute au compliment du retour. M Brisson qui sera tout à l'heure réélu président est à sa place habituelle de député.
Monsieur Louis Passy lit le texte de la Constitution qui ordonne lé réunion du Parlement en session ordinaire puis d'une voix assurée prononce le discours d'usage que la Chambre écoute dans le plus grand silence (...). La droite et la gauche applaudissent, les radicaux s'abstiennent.
Aussitôt que Monsieur Passy a fini son discours, commence la procédure de l'élection du bureau. On tire au sort le nom des scrutateurs. Voici le défilé traditionnel des députés à la tribune. Le rite en est connu. Chaque votant remet son bulletin au scutateur qui le dépose dans l'urne placée sur l'estrade. Monsieur Henri Brisson est élu pas 314 voix sur 360 votants. Le scrutin est salué par les applaudissements de le majorité. La droite, en manière de protestation a porté ses suffrages sur Monsieur Archimbaud. (...)
La Presse – 13 janvier 1909
EN BREF
La propreté des rues de Paris.— M. Lépine vient de rendre une ordonnance interdisant à toute personne le jet, le dépôt ou l'abandon, sur un point quelconque de la voie, publique, des pelures d'oranges et de bananes, des épluchures et résidus de fruits et de légumes, et d'une façon générale de tons débris ou détritus de denrées alimentaires susceptibles de provoquer des chutes. Cette ordonnance vise surtout les marchands ambulants. Le Temps – 13 janvier 1909
L'escadre Américaine en France - Nice — Une division de l'escadre des États-Unis qui accomplit le tour du monde, vient d'arriver à Villefranche suivant l'annonce qui en avait été faite. Elle se compose des cuirassés Minnesota, Kansas et Vermont déjà en rade, et du Connecticut qui croisera seulement après demain. Une partie des équipages ont obtenu la permission de descendre à terre. A midi, le capitaine de vaisseau John Hubbard, du Minnesota, accompagné du consul des Etats-Unis à Nice, a rendu visite au maire de Villefranche, M. Biriou, à qui il a demandé que ses marins puissent jouer chaque après-midi au football sur le champ de manœuvre. Il ira demain chez le préfet. M. Biriou rendra jeudi sa visite au commandant du Minnesota. Le Figaro – 13 janvier 1909
La reine d'Espagne blessée pendant une partie de chasse - Vienne, 12
janvier. - S'il faut en croire le Neue Wiener Tageeblatt, un dramatique
incident se serait produit pendant la dernière visite du roi et de la reine
d'Esagne. Les souverains chassaient chez l'archiduc Frédéric. Tout à coup on
entendit des cris venant de la direction où se trouvait la reine
Victoria-Eugénie. On se précipita et on vit la jeune femme très émue et dont le
visage était couvert de sang. A ce spectacle, le roi Alphonse éclata en
sanglots. Un médecin rapidement appelé constata qu'une balle avait effleuré le
front de la reine. Sur la demande de l'archiduc personne n'avait parlé de cet
incident, qui avait été ignoré, jusqu'à présent. La Presse – 13 janvier
1909
Nouveaux incidents au « Foyer » - La représentation du Foyer à la Comédie-Française a été troublée hier soir
par un bruyant incident. C'était la dix-septième représentation de la pièce de
MM. Octave Mirbeau et Thadée Natanson, qui, depuis la deuxième représentation où
s'était produite une tumultueuse manifestation, avait jusqu'ici été écoutée dans
le calme le plus complet. Hier soir, le premier acte avait été joué sans encombre; mais au deuxième
acte, quand fut prononcée la phrase : « L'abbé Laroze est-il disposé à violer le
secret de la confession ?.., », un spectateur, qui occupait, avec plusieurs
amis, la loge de balcon numéro 11, se leva et cria: «Nous ne souffrirons jamais
qu'on représente sur une scène française une pièce.., » Le reste se perdit dans
le bruit des protestations des spectateurs.En même temps, des coups de sifflet
partirent d'une autre loge et des troisièmes galeries. Le tumulte devint
indescriptible et l'on dut baisser le rideau. Les gardes municipaux intervinrent alors ; ils entrèrent dans les loges pour
expulser les manifestants ; mais ceux-ci leur opposèrent une vive résistance.
Ils furent néanmoins conduits hors de la salle ; treize arrestations furent opérées, parmi lesquelles celles de MM.
André et Mare Gaucher, André Legrand, le baron de Meyronnet-Saint-Marc, Paul
Tissandier, de Tricaud-Latour, Armand du Tertre, le baron de Prez-Crassier,
Henry des Lyons, de la Villebrune, Thiébault, Gallian, qui s'intitulèrent «
camelots du roi ». Ces arrestations n'ont pas été maintenues et les manifestants ont été
relâchés vers onze heures.Quant au troisième acte du Foyer, il fut joué sans incident. Le Temps – 13 janvier 1909

