Les actualités du 30 septembre 1909
En l'honneur d'un rebouteur
Une cérémonie peu ordinaire a eu lien dimanche à Nasbinals, chef-lieu de canton de la Lozère, perdu dans les froids plateaux de l'Aubrac, sur les limites de l'Aveyron. Sans bruit sans apparat sans rien d'officiel, le conseil municipal a procéda à l'inauguration d'un monument élevé avec le produit d'une souscription publique à un modeste cantonnier, Pierre Brioude, plus connu sous le nom de Pierrounet, mort il y a deux ans, et que les habitants de la région considéraient comme leur bienfaiteur.
A sa profession de cantonnier, Brioude joignait celle de rebouteur et il s'était acquis dans cet art une réputation telle que chaque jour il lui arrivait un nombre considérable de malades venus de la France entière, des autres pays d'Europe et même d'Amérique. Son habileté et ses connaissances en anatomie eurent plusieurs fois occasion de se manifester d'une façon éclatante. Un fait entre autres était souvent cité par les admirateurs de Brioude.
Traduit devant le tribunal correctionnel de Marvejols à la requête des médecins de la région sous l'inculpation d'exercice illégal de la médecine, le rebouteur comparut, son habit de bure recouvert d'une longue blouse bleue sous laquelle il dissimulait un corps assez volumineux. Comme les juges lui demandaient ce qu'il avait à dire pour sa défense, il sortit de dessous sa blouse un jeune agneau dont il avait au préalable désarticulé les jambes, le posa sur le plancher, et s'adressant aux médecins présents : Remettez-le en état de marcher, leur dît-il. Le défi n'étant relevé par aucun, Brioude prit l'agneau, promena ses grosses mains sur les jambes, et rendu à la liberté, celui-ci se mit a gambader, à la grande stupéfaction du public et des jugos, qui acquittèrent le rebouteur.
Brioude ne réclamait jamais d'honoraires; mais il acceptait volontiers les don que les malades reconnaissant faisaient aux membres de sa famille. Il avait ainsi acquis une petite fortune. La mort du rebouteur Pierrounet fut un deuil public pour ces rudes populations dont la gratitude vient de se traduire par l'érection au milieu de la place publique de Nasbinals du buste du cantonnier-rebouteur.
Le Temps – 30 septembre 1909
Une tigresse sur les quais de Marseille La typhoïde ravage Saint Brieuc |
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La
catastrophe du Columbia |
EN BREF
Aux cris de "A morts les écraseurs", deux motocyclistes sont massacrés
- Arpajon, 29 septembre - Revenant de Dourdan, deux motocyclistes, MM.
Jacquemont et Chevallier, traversaient, vers dix heures du soir, Arpajon à toute
allure. Rue Saint-Germain, ils tombèrent de machine et furent aussitôt
assaillis, aux cris de : "A mort les écraseurs !" par quatre individus qui les
frappèrent à coups de bâton. M. Labbé, maire de Saint-Germain-lès-Arpajon,
intervint, et, non sans peine, mit fin à ces actes de sauvagerie, grossièrement
invectivé d'ailleurs par les agresseurs. Voux feriez bien mieux, lui dit l'un
deux, de prendre un arrêté interdisant les exagérations de vitesse ; mais comme
vous ne voulez pas nous protéger, nous ferons la besogne nous-mêmes. MM.
Jacquemont et Chevallier, qui ont été grièvement blessés, ont porté plainte.
Le Petit Parisien – 30 septembre 1909

