Les actualités du 26 novembre 1909
Les Midinettes ont fêté la sainte-Catherine
Les gentilles midinettes parisiennes ont célébré joyeusement, hier, selon la coutume, la Sainte-Catherine, patronne de celles qui ont atteint l'âge de vingt-cinq ans sans avoir convolé en justes noces. Dans toutes les grandes maisons de modes et chez les couturiers des environs de la place Vendôme et de l'Opéra, on s'est fort diverti. En ces parages surtout, qu'égaye toute une population de courageuses et jolies travailleuses, les traditions sont particulièrement conservées et la Sainte-Catherine est tenue fidèlement en honneur.
Depuis plusieurs jours déjà, nos gracieuses midinettes préparaient la fête et confectionnaient, dans le plus grand mystère, les coiffes destinées a leurs camarades. Nulle ne pensait a faire quelque sotte farce ni a parer ridiculement la "vieille fille". Car, s'il en est pour qui la nature s'est montrée ingrate, il en est d'autres — et celles-là sont les plus nombreuses — qui ont dû renoncer au bonheur de se créer un foyer, pour continuer à demeurer la grande sœur, ou la "petite mère", de pauvres êtres dont elles sont les soutiens. Et puis, il y a encore les romanesques, les déçues, celles qu'une cruelle aventure sentimentale a brisées...
C'est pour cela que toute malice malséante est soigneusement proscrite de cette fête et que trottins et midinettes ne pensent qu'à s amuser et à choyer, en bonnes camarades, les "catherinettes". C'est à midi qu'a commencé la fête. Dans un silence recueilli, on sortit les bonnets, faits de dentelles et de rubans soyeux, de folles fanfreluches. Ces coquettes coiffes affectaient les formes les plus variées, depuis le bonnet breton jusqu'au diadème.
Ailleurs, sacrifiant a l'actualité, des modistes — véritables petites fées — avaient confectionné de petits chefs-d'œuvre. Voici, fait de rubans de toutes nuances, de dentelles et de gaze, un mignon aéroplane. Ailleurs, le bonnet a été remplacé par un léger Moulin de la Galette, dont les ailes tourneront, tout à l'heure, au moindre souffle du vent.
Enfin, coiffées et fleuries, escortées de leurs camarades, les pupilles de sainte Catherine se répandent dans la rue. Les éventaires des marchandes de fleurs sont dévalisés en un instant et de joyeuses troupes, fleuries de mimosas, de violettes, d'oeillets et de roses, vont, chantant et riant, suivies par la foule...C'est la Sainte-Catherine ! ..
A la sortie des ateliers, les Catherinettes ont eu la joyeuse surprise d'un monôme1 d'étudiants, la plupart appartenant a l'école des beaux-arts, et qui les acclamèrent de toute la vigueur de leurs poumons.
Le Petit Parisien – 26 novembre 1909
EN BREF
Un meurtrier acquitté par erreur - Dijon, 25 novembre. Un meurtrier vient d'être acquitté par erreur par le jury de la Côte-d’Or : il s'agit d'un nommé Julien Couriau, vingt-huit ans, originaire de Meloisey (Côte-d'or), marchand de journaux à Beaune qui, au cours d'une discussion tua d'un coup de revolver un maçon nommé Garreau. Le jury avait à répondre à deux questions. Après une assez longue délibération il rapporta un verdict répondant non à la première question : L'accusé est-il coupable d'avoir porté des coups à Garreau ? mais répondant oui à la deuxième question; Ces coups ont-ils occasionné la mort ? Aussitôt ce verdict lu, le président fit remarquer l'erreur commise. Il allait renvoyer les jurés dans la chambre des délibérations mais le défenseur s'y opposa énergiquement et, finalement, la cour se trouva obligée de prononcer l'acquittement du meurtrier qui fut immédiatement mis en liberté. Le Petit Parisien – 26 novembre 1909
Cycliste bourreau - Otto Meyer est vraiment un homme à tout faire.
Tour à tour cycliste, lutteur,boxeur, le voici à présent bourreau officiel de
l'Allemagne. De temps en temps, entre une réunion de courses cyclistes et un
championnat de lutte, Otto Meyer revêt le pantalon et la chemisette rouges pour
manier la hache du bourreau. C'est ainsi que dans quelques.. jours, il va
exécuter son ancien camarade de piste, le stayer Brauer, qui tua, récemment, un
riche meunier de Cologne. La dernière entrevue entre les deux ex-concurrents ne
sera pas banale. Mais dans ce suprême match nous pouvons être certain que c'est
Otto Meyer qui prendra la tête. Le Presse – 26 novembre 1909
