Les actualités du 10 mars 1910
Incendie de l'Usine Thomson d'Ivry sur Seine
La Société Thomson-Houston, dont le système est appliqué aux tramways des principales villes de France possède à Ivry-Vitry une usine d'énergie électrique. Elle se compose de deux grands bâtiments situés l'un quai du Port-à-l'Anglais, à Vitry, l'autre rue du Port-à-l'Anglais, à Ivry. Ils sont reliés par un pont roulant sous lequel fonctionnent quatre turbines.
Cette usine fournit la force électrique aux tramways de l'Est Parisien, rive gauche, aux tramways sud, aux tramways Nogentais et enfin, en partie au fonctionnement des machines électriques de la Compagnie d'Orléans, ligne d'Orsay-Austerlitz. Hier, à deux .heures moins dix, les cinquante ouvriers étaient en plein travail, quand, par suite d'un court-circuit, croit-on, le feu a pris dans l'une des pompes à huile alimentant les quatre turbines. Cette pompe fit explosion. Sauve qui peut ! cria l'un des ouvriers qui se trouvaient à proximité et ce fut une fuite générale.
L'incendie se propageait avec une rapidité effrayante. Le premier moment d'émoi passé, les ouvriers se mirent en devoir de le combattre. Des secours arrivèrent. Les soldats ; du 21e colonial, les pompiers de Vitry, Ivry, Gentilly, Bicetre, accoururent. M. Lépine, préfet de police, prévenu téléphoniquement, arriva avec le colonel Vuilquin et deux pompes à vapeur de l'état-major. Vigoureusement attaqué, l'incendie cessa de s'étendre et fut enfin maîtrisé vers quatre heures.
Les dégâts sont considérables et, malheureusement, il y a eu une victime. Le conducteur du pont roulant, Bourguignon, âgé de vingt-cinq ans, demeurant 118, route de Vitry; au Petit-Ivry, n'avait pas eu le temps de sortir de sa loge et y était mort asphyxié par les gaz délétères dégagés par l'incendie. Naturellement, la circulation a été interrompue sur toutes les lignes auxquelles l'usine Thomson-Houston fournissait l'électricité. Mais la Préfecture de police a pris immédiatement toutes les mesures nécessaires pour remédier à la situation.
Dès aujourd'hui, les lignes Montparnasse-Etoile et Pereire-Champ de Mars fonctionneront avec le courant fourni par la sous-station du Métropolitain de la Place de l'Etoile. Celles de Saint-Germain des Prés à Vanves et Clamart marcheront avec le courant de l'usine de l'Ouest-Parisien aux Moulineaux. La ligne de Charenton-Bastille recevra du courant de l'usine du quai de la Rapée (chemin de fer métropolitain). Quant au groupe des lignes du Chatelet, elles pourront fonctionner d'ici quarante-huit heures, grâce au courant, fourni par l'Est-Parisien d'une part et d'autre part par la sous-station du chemin de fer métropolitain de la Place d'Italie.
L'usine Malakof-les Halles, qui a été remise en service pendant les inondations, actionnera Malakoff-les Halles et Saint-Germain-des-Prés-Fontenay. En ce qui concerne les tramways Nogentais c'est encore l'Est Parisien qui les fera marcher. Il en sera de même des tramways de la rive gauche pour la partie Ouest, la partie Est continuant à être alimentée par l'usine des Moulineaux. Les voitures de Saint-Philippe-du-Roule à Vanves, qui sont à accumulateurs, seront plus difficiles à remettre en service. Il faudra un certain temps pour les faire actionner par la sous-station de l'avenue de la Motte-Picquet.
En résumé l'interruption des services de tramways en question n'aura duré que quarante-huit heures. C'est égal, il faut avouer que l'usine Thomson-Houston joue de malheur. Paralysée pendant plus d'un mois par l'inondation, elle venait, grâce à de prodigieux efforts, de reprendre son service, et maintenant c'est le feu qui vient, à son tour la rendre impuissante !
Le Figaro – 10 mars 1910
EN BREF
Un moyen ingénieux pour faciliter la circulation - Les journaux
allemands s'émeuvent des dangers que présente l'augmentation constante de la
circulation dans les grandes villes, notamment en raison de l'accroissement des
tramways électriques et des automobiles. La traversée des carrefours devient de
plus en plus difficile; aussi bien aux piétons qu'aux véhicules de toutes
espèces. Lorsque deux ou plusieurs rues se croisent, les voitures, courent le
risque de se précipiter les unes contre les autres, parce que les coins de rue
empêchent les conducteurs de se voir mutuellement et les passants sont toujours
menacés d'être écrasés. L'agent qui est placé aux croisements les plus
importants diminue dans une certaine mesure ce danger, mais il est impossible
d'installer un agent à chaque croisement de rues. De plus, les arrêts
incessants, se reproduisant dans toute la ville équivaudraient bientôt à une
suppression, complète de la circulation. II faut donc trouver un autre moyen. Le
Prometheus propose d'imiter l'exemple de la ville de Woodbridge, en Angleterre,
qui a dernièrement fait apposer de larges miroirs à tous les coins de rues. Ces
miroirs sont disposés de telle sorte qu'ils permettent aux conducteurs se
dirigeant dans un sens, d'apercevoir les voitures venant dans une direction
perpendiculaire à celle qu'ils suivent. Non seulement la rapidité de la
circulation se trouve singulièrement facilitée, par ce moyen, mais le danger
d'une rencontre entre deux véhicules est écarté, tandis que le passant n'a plus
à craindre d'être surpris dans un tournant, par une voiture lancée trop
rapidement. La Presse – 10 mars 1910
Duel rocambolesque – Rome, 3 mars - Le duel au sabre entre le général
Prudente et le député Chiesa a eu lieu à une heure de l'après-midi. Au deuxième
assaut le député Chiesa a été légèrement blessé à la joue gauche. Les
adversaires ne se sont pas réconciliés. Cette rencontre a été accompagnée par de
multiples péripéties. Quatorze automobiles poursuivirent les duellistes jusqu'à
la fabrique, sur la terrasse de laquelle le général Prudente et le député Chiesa
se battirent La foule stationnait devant la fabrique. Deux commissaires de
police, ceints de leur écharpe, sommèrent d'ouvrir les portes ; mais les
ouvriers de la fabrique, armés de bâtons, barraient le passage. On commençait à
échanger des coups lorsqu'un témoin apparut, criant : "C'est fait ! " Les
commissaires de police pénétrèrent dans l'immeuble et dressèrent procès-verbal.
Quelques minutes plus tard, M. Chiesa sortait. Sa blessure consiste dans une
égratignure à la joue de cinq centimètres et ne nécessita ni pansements ni
points de suture. Le Petit Journal – 10 mars 1910
