Les actualités du 5 avril 1910
Les inscrits maritimes de Marseille sont en grève
Marseille – 4 avril - Le mouvement gréviste du port de Marseille se généralise et la situation est devenue très grave. On sait que les inscrits maritimes, réunis samedi soir à la Bourse du Travail, avaient décrété une grève de 24 heures, pour mettre le gouvernement en demeure d'abandonner les poursuites contre les chauffeurs et soutiers du Moulouya, qui désertèrent le bord au moment du départ de ce paquebot pour Alger. Douze des inculpés, sur treize qui étaient poursuivis, firent défaut devant le tribunal maritime, réuni pour les juger.
La réponse de M. Chéron, à l'ultimatum de MM. Rivelli et Réau, ne s'est point fait attendre et, dès hier matin, le sous-secrétaire d'Etat de la Marine télégraphiait à M.Pénissat, administrateur en chef, de poursuivre les chauffeurs du Moulouya et ceux de la Ville-de-Naples, qui ont mis sac à terre; et, à la suite de cet ordre, la gendarmerie maritime a été chargée d'exécuter, aujourd'hui, les mandats d'amener décernés contre les douze hommes du Moulouya, en état de désertion. Cinq arrestations ont été opérées dans la matinée et trois autres chauffeurs se sont constitués prisonniers dans l'après-midi.
Aucun départ de courrier n'a été affiché pour aujourd'hui à la poste, dont tous les services maritimes se trouvent dès maintenant suspendus. La Compagnie transatlantique, préoccupée de rapatrier les passagers qui se trouvent en panne et de faire partir les marchandises périssables, a demandé au ministre de la Marine de mettre à sa disposition des navires de l'État ; mais, jusqu'à présent, aucune mesure n'a été prise, la grève générale n'étant pas encore publiquement déclarée.
D'ailleurs, M. Chéron, sous-secrétaire d'Etat à la Marine, a télégraphié à M. Pénissat qu'il arriverait demain matin à Marseille pour faire une enquête sur les dessous de cette grève et prendre les mesures que comporte la situation. Le Félix-Touache, qui était parti de Marseille avec un équipage de fortune, est arrivé cet après-midi. Les dix hommes du nouvel équipage qui, à Alger, tentèrent de créer un incident à bord, pour exiger une augmentation de solde, ont été immédiatement débarqués.
M. Rivelli, secrétaire de la Fédération nationale des syndicats maritimes, vient d'adresser un appel aux secrétaires de tous les syndicats fédérés. Après avoir fait l'exposé des divers incidents auxquels a donné lieu l'emploi des chauffeurs arabes à bord des navires des lignes de la Méditerranée, M. Rivelli ajoute :
Nous avons décidé de continuer de chômer jusqu'à ce que toutes les plaintes formulées pour désertion soient retirées et les incarcérés remis en liberté. C'est la lutte ouverte contre le décret de 1852, qu'on applique sans tenir compte des droits acquis par la loi de 1884, et qui, à Marseille, n'est réservé qu'aux marins subalternes. Marseille va peut-être subir une nouvelle grève générale. Si celle-ci est décrétée, nous estimons que, dans tous les ports, un soulèvement doit être décidé. Ce sont les droits de tous les inscrits maritimes qui sont en jeu et tous doivent les défendre. Laisser la section de Marseille lutter seule serait un crime que vous ne voudrez point commettre. Je vous invite donc à prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'au premier signal du bureau fédéral tous les ports, unis dans un vaste mouvement de solidarité maritime et de défense corporative, répondent à son appel.
M. Pénissat, administrateur en chef de la marine, s'est rendu ce matin auprès du préfet pour le mettre au courant de la situation qui prend un caractère de réelle gravité.
Le Petit Parisien – 5 avril 1910
Marseille: grève des maraîchers Marseille fait d'imposantes funérailles aux victimes du Général-Chanzy |
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La typhoïde ravage saint- Brieuc |
EN BREF
Un vieillard et une fillette broyés par un train - Cherbourg, 4 Avril - Un terrible accident vient de se produire à Crouay, halte des chemins de fer de l'État, sur la ligne de Paris à Cherbourg. Hier soir, la garde-barrière, croyant à l'arrivée d'un train régulier s'arrêtant à la station, laissa passer quatre personnes sur la voie. A ce moment arrivait à 90 kilomètres à l'heure, le train transatlantique qui ne devait pas s'arrêter là. Les deux premières personnes purent éviter le train ; mais un homme âgé qui tenait une fillette par la main fut tamponné et les deux corps passèrent sous le train. Le mécanicien et le chauffeur ne s'aperçurent de rien et ce n'est qu'à Cherbourg qu'ils constatèrent que la machine était absolument couverte de débris humains, une enquête est ouverte. Le Petit Parisien – 5 avril 1910
Superbe exploit de l'aviateur Dubonnet - Un nouveau venu à l'aviation, un sportsman dans toute l'acception, Emile Dubonnet, vient de se placer au premier rang de nos plus célèbres champions de l'air en volant d'une seule traite, hier après-midi 100 kilomètres en ligne droite, en 1 h. 50 m., de Savigny-sur-Orge a la Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Ayant lui-même, avec son ami Tellier, établi et construit son appareil, Emile Dubonnet voit dès ses premiers essais le succès le plus complet couronner son travail et ses efforts. C'est en effet le troisième vol que le sympathique sportsman exécute et l'on a vu plus haut qu'il a pleinement réussi, là ou tant d'autres échouèrent. Par son superbe exploit Emile Dubonnet gagne le prix de 10.000 francs offert par la revue "La Nature", en même temps qu'il inscrit son nom au livre d'or de la conquête de l'air. La Presse - 5 avril 1910
L'Homère des insectes - Dimanche, on a fêté dans un petit village de Vaucluse, une personnalité scientifique bien sympathique et bien curieuse. M. Jean-Henri Fabre, né en 1823, a consacré soixante ans de sa vie à étudier les insectes. Sa façon de concevoir l'entomologie est tout à fait particulière et personnelle : notre savant a porté ses investigations sur l'instinct, les mœurs, les caractéristiques des insectes ; c'est en plein champ qu'il opère, et toute la campagne est son vaste laboratoire. Mais c'est un simple, et quoique docteur ès-sciences, il n'a jamais voulu quitter son village. Les fêtes qui ont été offertes au vénérable savant ont été, comme sa vie, des plus simples. Une plaquette en or lui a été présentée par M. Perrier, directeur du Muséum, en souvenir de son jubilé. La Croix - 5 avril 1910
Le forage le plus profond de la terre - C'est celui que l'on exécute
actuellement à Czuchow (Pologne), et qui descend à plus de 2100 mètres au-dessus
de la surface du sol dépassant Paruschovitz (Haute-Silésie) , qui a atteint 2
003 m. 4, et celui de Schladebach (Saxe prussienne), lequel mesure 4 748 m. 4.
Le nouveau forage de Czuchoiv sera encore approfondi, aucun obstacle ne
semblant, jusqu'ici, devoir s'opposer à la continuation du travail. La Croix
- 5 avril 1910

