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6 avril 2010

Les actualités du 6 avril 1910

merentie

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Ariane et Barbe-Bleue à l'Opéra-Comique

L'Opéra-Comique a repris hier, après une interruption qui a semblé bien longue aux admirateurs de l'œuvre, l'Ariane et Barbe-Bleue, de M. Paul Dukas. Notre éminent collaborateur Gabriel Fauré vous a dit, lors de la première, en quelle admiration il convenait de tenir cet ouvrage, un des plus émouvants, un des plus parfaitement beaux, un des plus nobles qui soient dans la musique depuis l'époque wagnérienne ; l'ouvrage enfin qui avec Pélléas, l'Etranger, Guerçœur et Bérénice, fait le plus d'honneur à la production française contemporaine.

Au moment où Ariane et Barbe-Bleue fut repris à la Monnaie de Bruxelles, j'ai eu l'occasion de vous en parler à nouveau, et j'ai tenté alors, sinon d'apprécier à leur juste mesure les beautés de l'œuvre, du moins de les situer dans l'évolution du drame lyrique moderne. Je ne puis donc que vous signaler aujourd'hui, en termes trop brefs, cette, reprise, qui a causé la joie de tous ceux qui estiment que la musique au théâtre ne doit rien perdre de sa dignité, qu'elle y demeure un mode d'expression, qu'elle s'y doit manifester comme le corollaire et le prolongement d'un poème, et non point comme le commentaire trop discret ou trop brutal d'une intrigue où les marques d'une sensibilité profonde et raffinée sont d'ordinaire absentes.

Le succès d'Ariane et Barbe-Bleue a été énorme; l'Interprète du rôle principal, Mlle Mérentié, a le droit très légitime de s'en attribuer une grande part : trois rappels l'on saluée après le premier acte et six après chacun des deux suivants. Avant Mlle Mérentié, Mme Georgette Leblanc avait chanté le rôle auparavant à Paris; Mme Claire Friché à Bruxelles : la première en avait merveilleusement exprimé — avec quelle force et quelle émouvante pénétration — la signification poétique et plastique ; la seconde en avait : traduit le lyrisme avec la plus belle générosité. Mlle Mérentié, que nous n'avions pu admirer jusqu'ici que dans des rôles tout différents de celui-ci, a voulu traduire à la fois l'un et l'autre aspect du rôle: elle n'a pas un instant failli à cette lourde tâche : la chanteuse en elle n'a certes rien abdiqué de ses riches dons naturels ; sa voix éclatante, très pure, profondément musicale, d'un timbre si prenant, a simplement servi par une action plus directe, les intentions profondes du poète et du musicien.

J'entends par là qu'au premier acte le lyrisme intense de la scène des joyaux, au second l'admirable éclat musical qui accompagne la ruée de la lumière libératrice, ont été merveilleusement servis par la voix ample et chaleureuse de la chanteuse; qu'au troisième, où toute la force d'un, sentiment profond, contenu et cependant palpitant, émane de la seule musique, de sa sérénité passionnée, à cet instant, où Ariane hausse ses vertus jusqu'à pouvoir accomplir sa propre délivrance, à cet instant où la tendresse d'un regard, l'inflexion d'un geste, l'assurance ou l'hésitation de la démarche ont leur intime signification, durant cette péroraison sublime où la mystérieuse tyrannie d'un sentiment vraiment fort et vraiment ressenti étreint le cœur, à ce moment Mlle Mérentié s'est haussée, elle aussi, jusqu'à accomplir sa propre délivrance. Elle a oublié, en cet instant d'un pathétique si angoissant, que sa voix était belle et généreuse : elle l'a asservie à une volonté plus impérieuse et s'est/élevée alors à cet ordre d'émotion qui est le propre d'une, tragédienne lyrique. La justesse, la sobriété, l'intelligence de son jeu et de son geste ont restitué à la scène finale son sens exact et sa beauté. Je ne crois pas qu'il y ait eu dans la carrière de la jeune chanteuse d'instant; plus décisif pour juger et déterminer la qualité d'un talent qui s'est par ailleurs et sous d'autres aspects maintes fois affirmé.

L'interprétation est demeurée dans son ensemble conforme à celle des premières représentations. Mme Cécile Thévenet est tout à fait remarquable d'intelligence scénique et d'assurance vocale dans le rôle — très difficile — de la Nourrice. Seul un artiste de la probité de M. Vieuille était capable de traduire dans toute son ampleur le personnage ingrat de Barbe-Bleue: il y est saisissant. Dans le groupe des cinq femmes, la voix magnifique de Mlle Brohly fait valoir le rôle de Sélysette, et la mimique capricieuse et si juste de Mlle Badet, celui d'Aladine. M. Ruhlmann a conduit l'œuvre d'une manière superbe avec la conviction, l'éclat et la pénétrante gravité qui conviennent. La soirée, dans son ensemble, a été belle, très belle; et M.Albert Carré peut et doit être grandement loué de la reprise, d'un ouvrage en qui réside l'intime beauté des chefs-d'œuvre.

Le Figaro – 6 avril 1910


EN BREF

Deux jours et trois nuits sur un rocher - Jersey, 5 Avril - Mercredi matin, deux pêcheurs nommés George Lyle et F. Laurence quittaient le port de Saint-Hélier à bord du bateau de pêche Les Deux Amis. Ils devaient revenir au port le lendemain matin. Vendredi soir, on les attendait encore, non sans une certaine anxiété car l'on redoutait qu'ils n'eussent été engloutis, le vent soufflant en tempête. Samedi matin, un remorqueur et plusieurs bateaux firent des recherches dans les parages des Minquiers et on apprit dans la soirée que les deux malheureux avaient été recueillis exténués et mourant de faim. L'un d'eux a fait le récit suivant de sa terrible aventure :Nous étions arrivés près des Minquiers, mercredi soir, vers cinq heures. Il fut décidé de mouiller les lignes et dans ce but l'on s'embarqua à bord du canot. Il soufflait une légère brise qui augmenta graduellement pour atteindre la violence d'une tempête. Notre bateau chassa sur ses ancres et disparut. Pour comble de malheur, la nuit ne nous permit pas de savoir où nous étions et notre canot alla à la dérive. A chaque minute les vagues menaçaient de nous engloutir, remplissant à moitié notre canot et nous abandonnâmes les rames pour vider l'eau. Au point du jour l'on aperçut un rocher situé à quatre ou cinq milles de la Maîtresse Ile. Reprenant courage, noue nous dirigeâmes vers ce rocher où nous parvînmes a atterrir. Les quelques provisions qui se trouvaient dans le canot étaient épuisées; le vendredi matin, profitant d'une accalmie, il fut décidé d'essayer d'atteindre la Maîtresse Ile où nous arrivâmes après plusieurs heures d'efforts désespérés et où l'on nous donna tous les soins nécessaires. Le Petit Journal – 6 avril 1910

Le camelot décoré - Il vient de mourir au Puy un camelot gui arborait sur ses loques le ruban de la légion d'honneur. Cet incorrigible vagabond s'appelait Phillippot. Il racontait volontiers qu'il avait été décoré en 1870 pour sa belle conduite pendant la défense de Paris, L'ordre du jour du gouvernement militaire indique en effet que le soldat du 42e Phillippot a abordé avec élan une des barricades de Châtillon, le 13 octobre, et a pu entrer le premier dans une maison occupée par des Prussiens qui ont été faits prisonniers. Depuis la guerre, Philippot avait plusieurs fois tenté de s'affranchir de la misère, mais camelot il était né et camelo il est resté. Le Temps – 6 avril 1910

Turquie Grave agitation en Albanie – Salonique, 5 avril - La situation dans la Haute-Albanie et dans le district de Prichtina a pris une tournure critique. Les habitants de cette région ont, en effet, décidé de ne plus payer d'impôts et ils se sont concentrés en grand nombre a Pelava, prés de Prichtina pour organiser la résistance. La tribu des Hassis est, déjà, en pleine révolte et elle a occupé toutes les forteresses et toutes les fermes du district. Il y a déjà eu plusieurs rencontres entre les troupes turques et les révoltés qui ont occupé des positions extrêmement fortes. Le gouvernement de Constantinople a décidé d'agir d'une manière particulièrement énergique contre les Albanais et de briser toute résistance avec la dernière rigueur. De Salonique, de Serès et de Monastir sont partis pour la Haute-Albanie six bataillons qui vont renforcer les troupes massées sous les ordres de Schefki pacha et marcher contre les rebelles. L'état de siège sera proclamé incessamment à Prichtina. Le Petit Parisien – 6 avril 1910

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