Les actualités du 10 juillet 1910
La Quatrième étape du tour de France: Belfort - Lyon
En l'honneur du Tour de France, les sportsmen de Belfort ont été en fête cette nuit, et la brasserie Danjean, où était installé le contrôle, avait été brillamment illuminé. Les membres du Cycle Belfortain se sont prodigués pour aider les actifs organisateurs dans les opérations précédant le départ et comme le temps est assez favorable il y avait foule à Danjouton, lorsque, à trois heures deux le départ a été donné
C'est à une allure de record que nos braves routiers se sont enfuis dès le départ. Au commandement du peloton, se trouvent Trousselier, les Italiens Azzini, puis Brocco, Blaise et Godivier. Un peu avant Châtenais (10 kil.), Lapizo crève et, le temps de changer de boyau, le brave garçon est irrémédiablement laché. Trois kilomètres plus loin, c'est le tour de Brocco qui voit son pneu rendre l'âme. Petit-Breton a pris le commandement et, suivi de Garrigou et de Trousselier, il emmène le peloton à un train soutenu. A Montbéliard (17 kil. de Belfort, à 292 kil. de Lyon), quarante-sept coureurs passent ensemble, à 3 h. Faber, Garrigou, Trousselier et Petit-Breton sont en tête. Le train devient encore plus sévère et après Laigres. (30 kil.), plusieurs lâchages se produisent. A son tour, Vanhouwaert a été victime d'une crevaison, et le pauvre O. Beaugendre, malade, doit s'arrêter quelques instants à Beaume.
Pas de changement notable à vous signaler dans l'ordre du cortège qui arrive à Besançon (97 kil. de Belfort, à 202 kil. de Lyon), à 6 h. 7. Le contrôle est admirablement organisé au Café du Cercle par l'infatigable Barriat. Une foule considerable est présente ; Par mesure de prudence, Desgrange a imposé une neutralisation, de trois minutes, afin de permettre aux opérations de contrôle de se dérouler avec une impeccable régularité.
Lons-le-Saulnier, 9 Juillet - Depuis Besançon, la lutte fut excessivement vive ; d'ailleurs les routes sont en assez bon. état et un vent du nord facilite la marche des coureurs. Nous avons rejoint les leaders après Quincey (22 kil. de Besançon). Azzini et Blaise sont au commandement et ça avance Quelques lâchages, une ou deux crevaisons dont sont victimes Garrigou et Cornet et une tentative d'échappade de Petit-Breton et de Georget, ce sont les seuils faits à vous signaler avant Bligny (156 kil. de Belfort, à 153 kil. de Lyon). Le peloton comprend encore une vingtaine de coureurs. Faber Petit-Breton, E. et L. Azzini, Trousselier, Blanc, Bettini et Vanhou-waert sont en tête.
Jamais nous n'avons assisté à une lutte semblable. Tour à tour Faber, puis Garrigou, puis Georget, puis Petit-Breton sont au commandement ; s'il y avait une prime attribuée à celui qui aurait mené le plus souvent elle reviendrait aux frères Azzini. Voilà deux gaillards qui semblent aujourd'hui mieux en forme que lors de la première étape. A deux kilomètres de Saint-Germain E. Azzini s'échappe adroitement et la poursuite commence.
Malheureusement au moment où le fugitif était rejoint une chute se produisit et les victimes — Ernest Paul, Cruppelandt, Trousselier, Cruchon, Georget et Godivier — sont lâchés. Nous arrivons à Lons-le-Saulnier (185 kilomètres de Belfort, à 124 kilomètres de Lyon) en même temps que les leaders ; il est 8 h. 46. Signent ensemble Georget, Azzini, Faber, Blaise, Petit-Breton, Cruppelandt, Bettini, Saillot et Charpiot.
Bourg-en-Bresse, 9 juillet — Ce n'est qu'à 20 kil. de Lons-le-Saulnier que nous avons revu les leaders. Le peloton rejoint par Trousselier comporte encore neuf hommes. Azzini frères sont souvent au commandement et Trousselier et Blaise se chargent de temps en temps de les remplacer. Il y a foule dans tous les villages et l'on applaudit au passage des coureurs. A Saint-Amour (218 kil.) l'on nous remet des fleurs pour les coureurs. Puis sans que le lot de tête ait subi aucun changement nous arrivons à Bourg (247 kil. de Belfort, à 62 kil. de Lyon). Là, au café Voltaire, est installé le contrôlé. A 10 h. 52, Trousselier, É. Azzini, Charpiot, Blaise, Godivier, F. Faber, Bettini; L. Azzini et Saillot signent ensemble. A 10 h. 56 arrive Cruppelandt, le vainqueur de Paris-Roubaix a cassé la fourche de sa machine dans sa chute avant Lons-le-Saulnier.
Lyon, 9 juillet — C'est au quai-Saint-Clair qu'a été installé le contrôle final. L'organisation est magnifique, les Lyonnais ont fait les choses superbement et, comme il fait beau, il y a une foule considérable. Mais bientôt un clairon retentit et, au loin, le peloton apparaît. Une lutte fantastique s'engage ; François Faber, sur bicyclette Alcyon, pneus Dunlop, en sort victorieux par une longueur sur Ernest Azzini qui précède lui-même Trousselier d'une roue, Godivier d'une demi-longueur, Blaise d'une longueur et Bettini de trois longueurs.
A la suite de l'étape d'aujourd'hui, le classement général s'établit comme suit : 1. François FABER, sur bicyclette Alcyon, munie de pneus Dunlop : 4, 1, 2, 1 : 8 points ; 2. Gustave Garrigou, sur bicyclette Alcyon, munie de pneus Dunlop : 9, 2, 3, 9 : 23 p. : 3. Vanhouwaert, sur bicyclette Alcyon, munie de pneus Dunlop : 2, 4, 5, 20 ; 31 p., et Cornet, sur bicyclette Le Globe, pneus Dunlop : 12,5 4, 10 : 31 p. ; 5. Lapize, sur Alcyon, pneus Dunlop : 3, 3, 6, 21 : 33 p., etc.
Les routiers se reposeront demain à Lyon et, lundi matin, à 3 heures, ils partiront pour gagner Grenoble (311 kil.), but de la cinquième étape.
La Presse - 10 juillet 1910
EN BREF
Un martyr de la science - Londres, 9 juillet. — C'est une victime des rayons X qui vient de mourir après un long tribut de souffrances payé à la science. M. Harry W. Cox, un constructeur électricien anglais, est mort aujourd'hui à Lower-Clapton, banlieue de Londres; succombant aux suites de brûlures reçues au cours d'expériences avec des appareils Roentgen. M, Cox fut un véritable martyr. A diverses reprises déjà, il avait dû subir des opérations, et on avait dû successivement lui amputer trois doigts de la main gauche, un de la main droite, et finalement le bras droit. Mais comme nous avions pu nous en apercevoir nous-même au cours d'une visite faite à M. Cox, il y a dix-huit mois, alors qu'il venait de subir une nouvelle opération, le mal avait attaqué le menton et la gorge, et il était devenu impossible d'enrayer sa marche. La figure et diverses parties du corps ravagées par ces sortes de tumeurs affreuses que provoquent les rayons X, M. Cox est mort, à l'âge de quarante-six ans, après sept ans d'atroces souffrances. . Le Matin – 10 juillet 1910
Roi des chefs et chef de rois un français prend sa retraite - Londres, 9 juillet — Après avoir été pendant vingt-deux ans le roi des chefs et le chef des rois, un Français, M, Ménager, va quitter, pour prendre sa retraite, les cuisines royales du palais de Buckingham. C'est le roi Edouard qui, alors qu'il était prince de Galles, avait découvert M. Ménager et l'avait engagé pour prendre la direction de ses cuisines. Edouard VII, qui était un fin gourmet, s'entendait fort bien avec le maître-queux incomparable qu'était M. Ménager et qui, à chaque instant, inventait de nouveaux plats dont se délectait le souverain. Guillaume II appréciait fort aussi, lorsqu'il venait en Angleterre, la cuisine du roi des chefs, et à son dernier séjour ici, il lui donna en souvenir une magnifique épingle de cravate en diamants.. Dans sa retraite, M. Ménager, auquel une très belle pension sera servie, consacrera son temps à trouver de nouvelles recettes, des recettes de plats royaux, au dire des disciples d'Epicure, et les léguera à la postérité. Le Matin – 10 juillet 1910
L'Allemagne est a nouveau dévastée par les eaux - Berlin, 9 juillet — De véritables cyclones et des trombes de pluie se sont abattus sur tout le Wurtemberg, causant des dégâts immenses. Partout les fleuves et les rivières sont sortis de leur lit. Les eaux du lac de Constance sont si hautes qu'une catastrophe semble imminente. Dans la Forêt-Noire, il neige depuis plusieurs heures sans interruption tandis qu'il pleut à torrents dans la plaine. Le Rhin, et le Neckar continuent à monter. Les populations riveraines abandonnent, en hâte leurs habitations où l'eau atteint parfois déjà un mètre de haut. En Thuringe également, on signale des inondations. Le Matin – 10 juillet 1910

