Les actualités du 13 septembre 1910
Le millénaire de Cluny
Cluny, 11 septembre. L'après-midi de la deuxième journée des fêtes du millénaire a été occupé par le développement du cortège historique,qui pendant trois longues heures a parcouru les rues devant une foule émerveillée et enthousiaste. On sait qu'il s'agissait de reconstituer l'entrée de saint Louis à Cluny en 1245 et son entrevue avec le pape Innocent IV. Cette reconstitution avec les armes et les costumes de l'époque a été très réussie. Elle fait le plus grand honneur au comité des fêtes que présidait le comte de Murard. Ce qui en a d'ailleurs augmenté l'intérêt, c'est que dans le cortège avaient pris place, avec de riches costumes, la plupart des grandes familles de la région , les Laforge, les Murard, les Coutenson, les Milly, etc.
Beaucoup plus peut-être que le défilé du cortège, l'entrevue entre le roi et le pape dans la cour même de l'abbaye de Cluny a été grandiose et vraiment impressionnante. Ce spectacle était superbe dans ce cadre merveilleux qui semblait pour un instant revivre sa gloire passée avec cette multitude de grands seigneurs, de princes brillants, de valeureux guerriers, de prélats, d'évêques et de grands dignitaires religieux.
Dans la soirée, à cinq heures, M. Sarraut, sous-secrétaire d'Etat à la guerre, a présidé le concours de gymnastique et la cérémonie de la distribution des récompenses. Répondant au président de la Fédération des sociétés de gymnastique de Saône-et-Loire, il a exalté la France et l'amour de la patrie :
Tout à l'heure, a-t-il dit, nous saluions dans un imposant défilé la France du passé ; maintenant c'est la France du présent, l'espérance de l'avenir. Mais que ce soit la France du moyen âge avec ses preux chevaliers, celle mystique du dix-huitième siècle, ou bien la France moderne, c'est, toujours la même France, la France grande et forte, placée au premier rang des nations.
Le sous-secrétaire d'Etat rappelle ensuite aux jeunes membres des sociétés de gymnastique leurs devoirs militaires. Vous irez bientôt prendre place dans les rangs de l'armée nationale, cette école d'énergie, de courage et de virilité. Ne craignez rien. D'ailleurs un soldat ne doit pas être une femmelette, mais un combattant toujours prêt à défendre la patrie et le drapeau. Ce drapeau, dit l'orateur en montrant le drapeau national, vous le défendrez, vous donnerez votre vie pour qu'aucune atteinte ne lui soit faite, car il représente la France avec ses joies, ses tristesses, ses douleurs et aussi ses espérances. M. Sarraut a été très applaudi.
La fête s'est terminée par des réjouissances foraines. M. Sarraut a quitté Cluny dans la soirée pour rentrer à Paris. Les fêtes religieuses qui se sont déroulées dans les églises de Cluny et auxquelles ont participé deux archevêques et huit évêques ont été très suivies. Dans l'après-midi, M. Baudrillart, recteur de l'institut catholique de Paris a fait une conférence sur Cluny et la papauté. Demain matin les prélats présents à Cluny ont décidé de se rendre en pèlerinage à Saint-Point et de dire une prière sur le tombeau de Lamartine.
Le Temps – 13 septembre 1910
EN BREF
Guillaume II aux grandes manœuvres - Guillaume II a suivi avec assiduité les grandes manœuvres allemandes qui viennent d'avoir lieu dans la Prusse occidentale. Il les a suivies très militairement et les journaux allemands donnent d'assez piquants détails sur sa façon de vivre à l'armée. Jusqu'ici, l'empereur Guillaume campait sous une tente toutes les fois qu'il passait la nuit sut le champ des manœuvres. Ce mode de campement n'étant pas très confortable, on a construit des baraques qui protègent mieux le souverain contre les pluies et les vents. Elles sont démontables et se composent de planches de bois et de traverses en fer. Il y a aussi un parquet en bois de chêne pour le préserver de l'humidité du sol. La baraque montée a l'aspect d'un chalet coquet. Elle a 60 mètres carrés et se divise en deux pièces munies chacune d'un mobilier en bois tourné. L'une sert de chambre à coucher et n'est ornée que d'un simple lit-cage. Les repas de l'empereur sont fournis par une automobile-cuisine qui le suit dans tous ses déplacements. Il y a sur ce véhicule un grand fourneau, plusieurs glacières et une armoire de vaisselle où l'on trouve des couverts pour 12 personnes. Le nombre des invités aux repas de l'empereur pendant les manœuvres ne dépasse jamais le chiffre de douze. Le Petit Journal – 13 septembre 1910
Grave incendie à Vichy - Vichy, 12 Septembre - Un grave incendie a éclaté cette nuit, vers trois heures, dans les sous-sols d'une maison faisant l'angle de la rue de Nîmes et de la place de l'Eglise-Saint-Louis. Plusieurs magasins ont été entièrement brûlés ; d'autres magasins ont subi des dégâts importants. Sans les secours rapidement apportés par les pompiers et la foule, tout le bâtiment aurait brûlé. Mme Génion, propriétaire d'un bar, s'est, cassé unie jambe en sautant par la fenêtre; d'autres locataires ont été sauvés par des échelles ou des draps noués ensemble. Les pertes ne sont pas encore évaluées et l'enquête n'a pas encore établi la cause et l'endroit du commencement du sinistre. Le Petit Journal – 13 septembre 1910
Un cheval emballé aux courses de Chantilly — Les courses de Chantilly ont été attristées hier par un douloureux accident. Un des chevaux qui devaient prendre part à la seconde course. Triton II, appartenant à Mme Moline, de Maisons-Laffitte, et dont l'entraîneur est M. H. Braham, sortait du paddock lorsqu'il fit un brusque écart et s'élança en avant dans une course folle. Le jockey G. Clout, qui le montait, tenta en vain de le maîtriser. La bride se brisa, entre ses mains. Il ne tardait pas à être désarçonné et jeté sur le gazon. Cependant le cheval traversait le pesage au milieu d'une panique effroyable. De nombreux spectateurs ont été blessés. Huit d'entre eux sont grièvement atteints. Ce sont : M. Drieux, ancien serrurier à Chantilly, qui porte à la tête de multiples contusions; Mlle Drieux, sa fille, qui se plaint de douleurs internes; M. Carra, ancien entraîneur à Chantilly; M. Carratt, entraîneur à Chantilly; Mlle Carratt, sa fille; Mlle Wallon, fille du maire de Chantilly; Mme Ezières. de Chantilly. Mme Ezières a une fracture du crâne. Paralysée par sa robe entravée elle n'a pu se garer. Elle est tombée sous les pieds du cheval dont un sabot s'est pris dans sa chevelure et elle a été trainée quelque temps; M. Legrand, homme d'affaire à Creil. Le Temps – 13 septembre 1910
