Les actualités du 11 octobre 1910
Les cheminots de la Compagnie du Nord se mettent en grève
Les cheminots ont décidé d'essayer leurs forces, — et d'agir, après avoir si
longtemps parlé. En attendant la grève des chemins de fer, nous avons une grève
de chemins de fer. Comme on devait s'y attendre, la Fédération des mécaniciens
et des chauffeurs vient unir son effort à celui du Syndicat national, et les
revendications spéciales des cheminots deviennent le prétexte d'une grève de
solidarité, c'est-à-dire d'une tentative de désarroi général où peuvent se
trouver brusquement atteints dans leur fonctionnement, pour on ne sait combien
de jours, tous les services d une compagnie.
Et cette Compagnie, est la Compagnie du Nord ! C'est-à-dire une de celles où les plus grands sacrifices ont été depuis longtemps consentis au profit du personnel; où le souci d'améliorer les conditions de vie de ce personnel est devenu, depuis quelques années notamment, la pensée dominante des chefs. Relèvement des salaires, amélioration du régime des retraites, des pensions, des secours, organisation d'œuvres d'assistance et de mutualité pour les travailleurs de toutes les catégories, — cette Compagnie n'a rien négligé pour resserrer entre l'employeur et l'employé le lien de solidarité, de mutuelle confiance, de dévouement, que personne jusqu'ici n'avait osé rompre. Il est rompu depuis hier soir.
Espérons encore, cependant, que les promoteurs d'une si dangereuse expérience en comprendront assez vite la gravité pour ne la point faire durer. C'est déjà trop qu'un tel défi ait pu être légalement jeté par un groupe de mécaniciens au pays tout entier. Car ce sont ici les intérêts de la nation même qui sont en jeu. Et c'est au nom et sous le couvert de la loi — la loi de 1884 ! — que peuvent s'organiser de tels coups de main. C'est une situation intolérable.
Les ouvriers des chemins de fer le comprendront-ils ? Il faut le souhaiter et pour eux-mêmes. Une grève de chemins de fer aurait vite créé dans le pays de tels désordres, de telles ruines, et si gravement compromis tant d'intérêts publics et privés, qu un irrésistible soulèvement de l'opinion la suivrait. Et il serait à craindre, à ce moment-là, que, d'un tel conflit, certaines libertés syndicales sortissent un peu endommagées...Que les cheminots se méfient! Ils jouent un jeu dangereux.
Le Figaro – 11 octobre 1910
EN BREF
Complot contre le Mikado - Marseille, 10 octobre - Le courrier d'Extrême-Orient, arrivé hier à Marseille, apporte quelques détails sur le complot contre le Mikado, que les dépêches ont signalé très succinctement. Le complot a été ourdi par l'écrivain japonais Saitokou, qui fit ses études a Paris. Il s'était abouché avec des ouvriers de l'arsenal de Tokio et prépara un attentat contre le souverain. Ce n'était pas un attentat isolé, c'était une véritable conspiration anarchiste ; on devait disposer d'un grand nombre de bombes et frapper le grand coup en une fois, tuer l'empereur et les principaux membres de la famille impériale, tenir les autorités sous la terreur et faire proclamer la république. Une série d'attaques avaient été préparées contre l'empereur à différents endroits de Tokio, et, s'il avait échappé à l'une, il eût vraisemblablement été victime d'une autre. Saitokou a été arrêté, ainsi que la plupart de ses acolytes. Le Gaulois – 11 octobre 1910
Un fort Chabrol — Un ancien cultivateur de Sansais, près Niort, nommé Brillaut, qui avait cédé son bien à un cousin germain de même nom, et s'était ensuite fâché avec lui, venait d'être condamné aux frais a la suite d'un procès et avait subi une saisie de sa rente viagère. Pour se venger, il fit feu par deux fois sur son parent qu'il blessa grièvement, puis alla se retrancher chez lui. La gendarmerie cerna la maison, mais le forcené voyant le garde champêtre s'approcher, le blessa au bras. Depuis samedi soir, on constatait que Brillaut faisait brûler dans la cheminée tout le linge qui se trouvait dans la maison. Ce matin, cerné dans son domicile par la gendarmerie, Brillaut s'est rendu. Il a été conduit à la maison d'arrêt de Niort. Le Temps – 11 octobre 1910
Odieux Assassinat — M. Nouy, instituteur à Pouldavid (Finistère), découvrit sur la route, à 2 kilomètres de Douarnenez, un cadavre, la boîte crânienne ouverte, les yeux arrachés des orbites, les oreilles coupées, le visage tailladé. M. Le Hénaff, industriel à Pouldavid, reconnut dans la victime un nommé Roland Cariou, employé chez lui depuis quatre ans comme contremaître.La rumeur publique accuse des romanichels qui ont quitté précipitamment le pays, mais les magistrats croient que le crime a été commis par un ou plusieurs habitants de la localité. Cariou, qui avait cinquante ans, laisse une veuve et sept enfants. Le Temps – 11 octobre 1910
