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29 sept. 09

Les actualités du 29 septembre 1909

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Les Funérailles des victimes du République

 

La population de Versailles tout entière s'est associée au clergé, à l'armée et aux autorités officielles pour la célébration solennelle des funérailles des quatre victimes du dirigeable qui ont revêtu un caractère grandiose des plus impressionnants. Comme lundi à Moulins, hier à Versailles, tous les magasins étaient fermés et nombreux étaient les drapeaux cravatés de crêpe, qui avaient été arborés. Et la foule compacte qui se pressait dans les rues et les larges avenues se montrait péniblement affectée ; la plus poignante émotion l'étreignait douloureusement ; cette foule recueillie participait par le cœur au deuil national.

Elle s'était portée dès la première heure vers la place d'Armes et se tenait, respectueuse, devant les grandes grilles de la caserne du 1er génie, attendant la formation du cortège funèbre. Dans le hangar des manœuvres de cette caserne, transformé en chapelle ardente, avaient été déposés les quatre cercueils à leur arrivée de Moulins. Le hangar avait reçu une décoration de circonstance : un immense voile descendant de la corniche recouvrait le mur et enveloppait dans ses plis le portail de la chapelle crue de tentures de deuil crépinées d'argents L'entrée était surmontée d'un trophée de drapeaux.

Les quatre cercueils disposés sur deux rangées, à l'intérieur, disparaissaient sous un épais drap de velours rouge frangé d'or et parsemé d'étoiles. Sur ce drap avaient été posés les tuniques, les képis et les croix de la Légion d'honneur. Un capitaine, un lieutenant, deux adjudants et quatre hommes en grande tenue assuraient le service d'Honneur. De nombreuses couronnes étaient rangées dans la chapelle ardente et à l'extérieur.

C'est jusqu'à la levée du corps un défilé ininterrompu de visiteurs qui viennent saluer les dépouilles des quatre victimes. Des scènes pathétiques se produisent successivement lorsque Mme Réau, puis Mme Vincenot, les veuves des deux adjudants, arrivent à quelques minutes d'intervalle.

Tous les assistants se découvrent au passage des deux pauvres femmes dont le désespoir est navrant, Les parents qui les accompagnent doivent les soutenir et aucune parole de consolation ne peut calmer leur grave douleur. M. et Mme Chauré et les parents du capitaine Marchal sont là également au pied des cercueils des chers disparus ; ils prient et pleurent silencieusement ; ils sont à bout de forces, les malheureux, et sont prostrés, sans aucune conscience de ce qui se passe autour d'eux...

Et, d'ailleurs, un calme angoissant plane sur toute la caserne qui, depuis avant-hier, et par ordre supérieur, a pris le deuil. C'est à voix basse que les instructions sont transmises, et ces instructions sont observées pour ainsi dire automatiquement, sans que l'on perçoive le moindre bruit : on ne marche pas, on paraît glisser ; le geste a remplacé la parole.

Bientôt les troupes prennent position sur la place d'Armes, où la foule est considérable. Les délégations civiles, parties de la mairie, arrivent en groupes. Les quatre corbillards viennent s'aligner sur deux rangs devant la chapelle ardente ; les compagnies du régiment forment la haie jusqu'à la grille principale de la caserne, et un demi-escadron de dragons, la lance avec oriflamme en main prend la tête du cortège en formation.

Cependant le défilé dans la chapelle ardente se poursuit toujours ; voici, après de nombreux officiers de tous grades et de toutes armes, les attachés militaires étrangers, dont les uniformes sont très remarqués. A côté des représentants officiels de l'empereur de Russie, de l'empereur d'Allemagne et du roi d'Angleterre se tient le généralissime de l'armée turque, Mahmoud Chevket pacha, qui, arrivé le matin même à Paris, a tenu a accompagner l'ambassadeur et tout le personnel de l'ambassade Ottomane en grande tenue.

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Mgr Gibier, évêque de Versailles, et les membres du chapitre de la cathédrale arrivent à onze heures, précédés de la croix et suivis des enfants de chœur. Monseigneur a revêtu ses habits épiscopaux, les chanoines sont on camail et les prêtres en surplis. Le défilé se fait entre les soldats et devant les corps constitués. A ce moment le silence est profondément émouvant. Mgr l'évêque prononce les prières et procède à la levée des corps ; des sanglots éclatent dans les rangs des parents des victimes. Tous les assistants se découvrent. Un commandement retentit : Garde à vous l L'arme sur l'épaule droite ! La musique du 1er génie commence une marche funèbre, les tambours battent aux champs, tandis que les cercueils sont placés sur les chars funèbres décorés de drapeaux tricolores.

Les corps constitués et les membres des délégations sont appelés dans l'ordre protocolaire par l'ordonnateur ;on entend : Le représentant de S. M. l'empereur d'Allemagne ! L'attaché, militaire de l'ambassade d'Allemagne, en grande tenue, s'avance et va prendre sa place dans le cortège qui se met en marche dans l'ordre suivant, alors que la musique joue la Marche funèbre, de Chopin : un demi-escadron du 27e dragons, la musique du 1er génie et le lieutenant-colonel major de la garnison et la première compagnie du 1er génie.

Viennent ensuite les couronnes portées à bras et celles placées sur les chars porte-couronnes. Parmi ces couronnes, on remarque notamment celle du président de la république, celles du président du conseil des ministres, du ministre de la guerre, du conseil supérieur de la guerre, du colonel du 1er génie, du 3e génie, du 22e d'artillerie, du 30e d'artillerie et des régiments de la garnison de Versailles, de M. Deutsch de la Meurthe, du général et des officiers de la 3e brigade d'artillerie, des sous-officiers du 1er génie à leur camarade Vincenot, du 4e génie, du personnel civil et militaire du parc aérostatique de Chalais-Meudon, des élèves de l'école de Versailles, des officiers de l'hôpital militaire de Versailles, du Comité et de la section technique du génie au ministère de la guerre, du président de la Société d'horticulture, des médaillés militaires, des commerçants de Moulins, de la ville de Lapalisse, des sections de vétérans des armées de terre et de mer, de la Croix-Rouge, des Femmes de France, ainsi que celles de nombreuses Sociétés patriotiques.

On remarque également une superbe couronne envoyée par l'empereur d'Allemagne, en orchidées ; elle est barrée par un large crêpe et un ruban de soie blanche sur lequel se détachent en lettres noires le chiffre W II, surmonté de la couronne impériale. Immédiatement après, les chars funèbres: ceux de l'adjudant Réau et de son malheureux camarade, l'adjudant Vincenot, marchent en tête. Ils sont suivis du char du lieutenant Chauré derrière lequel vient celui du capitaine Marchal. Chaque char est entouré par une demi-compagnie du ler génie.

Puis, abîmées dans leur douleur poignante suivent les membres de la famille Réau, quatre adjudants et un capitaine aérostier ; la famille Vincenot, quatre adjudants et un capitaine aérostier ; la famille Chauré, quatre lieutenants et un capitaine aérostier; la famille Marchal, quatre capitaines et trois capitaines aérostiers. En grand uniforme vient ensuite le capitaine de frégate Laugier, représentant le président de la république, dont l'absence est très vertement commentée ; puis MM. Favareilles, chef de cabinet de M. Antonin Dubost, et Pierre, secrétaire général de la Chambre des députés, représentant les présidents de ces deux assemblées.

M. Briand, président du conseil, ministre de l'intérieur, ayant a ses côtés le général Brun, ministre de la guerre ; M. Millerand, ministre des travaux publics ; M. Albert Sarraut, sous-secrétaire d'État à la guerre ; M. Henri Villaz. chef adjoint du cabinet de M. Barthou, représentant la garde des sceaux ; le chef de cabinet de M. Cochery, représentant le ministre des finances ; M. de Chambrun, secrétaire d'ambassade, attaché au cabinet de M. Pichon, représentant le ministre des affaires étrangères ; le général Trémeau, vice-président du conseil supérieur de la guerre.

Mahmoud Chevket pacha, généralissime de l'armée ottomane ; les attachés militaires des puissances étrangères en grand uniforme, par mi lesquels ceux de Russie, d'Allemagne, d An gleterre, d'Italie, d'Espagne, de Portugal, etc. Le grand chancelier de la Légion d honneur, général Florentin ; les sénateurs et députés, les conseillers d'Etat, les membres supérieurs de la guerre ; MM. Autrand, préfet de Seine-et-Oise ; Frize, secrétaire général ; Armand Bernard, secrétaire général de la préfecture de la Seine, représentant le préfet, M. de Selves, retenu dans son département ; Lépine, préfet de police : le conseil général de Seine-et-Oise, ayant à sa tête son président, M. Berteaux, ancien ministre de la guerre.

Les conseillers généraux de la Seine et les conseillers municipaux de Paris, ayant à leur tête les membres de leurs bureaux et dont la superbe couronne est portée à bras par les huissiers de l'Hôtel de Ville ; la municipalité de Meudon, etc. Dans l'assistance très nombreuse, on remarque entre autres : les membres du tribunal civil de Versailles, M. Fabre de Parrel, procureur de la république ; Jean Lanes, trésorier-payeur général, etc...etc Parmi les autres délégations, citons la délégation de la presse, celle de l'équipage de la Liberlé, ayant à sa tête M. Juchmes, ingénieur; du Club aérostatique de France et des ouvriers aérostiers de la Croix-Rouge. Un demi-escadron de dragons ferme la marche.

Sur le parcours de la place d'Armes à la cathédrale, la foule est compacte ; elle salue avec une sincère émotion les quatre chars qui transportent les dépouilles mortelles des victimes de la République. Il est midi lorsque le cortège arrive à l'église Saint-Louis, dont l'extérieur est décoré de tentures noires et de drapeaux tricolores. L'intérieur a reçu une décoration semblable. La chaire est voilée de crêpe, des cartouches surmontés de drapeaux retiennent les tentures.

funerailles republique 6Les quatre catafalques sont placés sur une estrade devant le chœur ; ils sont ornés de faisceaux de drapeaux et entourés de huit lampadaires. A rentrée, des maîtres de cérémonie accompagnés chacun d'un capitaine d'artillerie reçoivent les invités et les placent ; à droite du chœur, des fauteuils sont réservés aux personnages officiels.

La messe, chantée en faux bourdon par la maîtrise de la cathédrale, sous la direction de M. Pierson, maître de chapelle, est dite par M l'abbé Jaumard, archiprêtre de Saint-Louis. Mgr Gibier donne l'absoute, puis prononce une touchante allocution, dans laquelle il dit, après avoir rappelé la consternation générale que, samedi, provoqua la nouvelle de la catastrophe : Au nom de la science, gloire au capitaine Marchal, au lieutenant Chaure et aux adjudants Réau et Vincenot. Ils sont tombés en pleine maturité et en pleine vaillance, et ils jalonnent de leurs cadavres sanglants le chemin du progrès, déjà suivi par le trépas de tant d'inventeurs intrépides (...).

Alors que Mgr Gibier termine son allocution, un pénible incident se produit : la sœur de l'adjudant Vincenot perd connaissance, et l'on doit la transporter dans la sacristie, où elle reçoit des soins immédiats d'un médecin major.

La cérémonie religieuse, qui a été très imposante, est terminée. Les cloches sonnent le glas et le cortège se reforme dans le même ordre pour se diriger vers le cimetière, au milieu aune foule de plus en plus considérable. A l'entrée de la nécropole où une estrade tendue de noir a été dressée, les cercueils sont placés sur la même ligne. Le président du conseil, les ministres et le corps diplomatique se placent en face. Au nom du 1er génie le lieutenant-colonel Tatin prononce un discours ému qui se termine ainsi : Saluons toutes ces ramilles éplorées, honorons leur douleur, et si nous ne pouvons leur rendre le cher objet de leurs tendresses, qu'elles sachent au moins que nous reportons sur elles l'esprit de fraternité qui nous unissait à eux. Maintenant, mes chère amis, adieu ! Adieu au nom du 1er régiment du génie, adieu au nom de tous les sapeurs ! Je vous salue respectueusement et douloureusement.

Puis le maire de Versailles adresse, au nom de la municipalité et de la population de Versailles, un dernier adieu aux quatre héros dont les noms sont désormais inscrits au martyrologe de la science et au livre d'or des braves tombés au champ d'honneur ; M. Berteaux parle ensuite au nom du conseil général de Seine-et-Oise ; le général Brun, ministre de la guerre, prend la parole (...) Enfin M. Deutsch de La Meurthe, au nom de l'Aéro-Club de France, vient rendre un pieux hommage à la mémoire des infortunés, victimes de la terrible catastrophe qui prive la France de quatre de ses vaillants officiers.

Les discours sont écoutés dans le plus grand recueillement par la foule qui se presse au pied de la tribune. Les troupes défilent devant les cercueils et les familles des victimes accompagnent seules les corps jusqu'aux caveaux provisoires. Cette très imposante et très impressionnante cérémonie est terminée.

Le Gaulois – 19 septembre 1909


EN BREF

us-1908 Une collision de trains fait 46 victimes - Chicago, 28 septembre. Un train de voyageurs a télescopa la nuit dernière, près de notre ville, sur la ligne du chemin de fer de Pennsylvanie, un convoi de marchandises. La locomotive et plusieurs wagons du train tamponneur qui marchait a toute vitesse ont été littéralement broyés. Les dernières voitures du tram de marchandises sont montées les unes sur les autres en un inextricable fouillis. Dix voyageurs ont été tués, six mortellement blessés et une trentaine d'autres moins grièvement atteints. Le Petit Parisien – 29 septembre 1909

La Cour d'assises de la Seine acquitte le mécanicien qui tua sa femme, sur ses sollicitations -  Paris, 28 septembre. — Un ouvrier mécanicien de Puteaux, Alphonse Baudin, se présentai dans l'après-midi du 31 janvier dernier au commissariat de police de cette ville et demandait qu'on l'arrêtât. Je viens, dit-il, de tuer ma femme, d'un coup de revolver. Il ajouta : Atteinte d'une emphysème pulmonaire double, la malheureuse souffrait cruellement et à différentes reprises, manifesta l'intention d'en finir avec la vie. Le matin, elle eut une crise plus douloureuse et se tourna vers moi : "Mais achève-moi donc, supplia-t-elle, ne me laisse pas souffrir comme cela. Aie pitié ! "Alors, le cœur serré, je suis allé prendre mon revolver. J'ai bien eu le sentiment que Je ne devais pas en faire usage. Cependant ma femme suppliait toujours. Je m'approchai et m'étant placé derrière elle, je lui tirai à bout portant, à la nuque, un coup de mon arme. Elle n'eut pas un cri et s'inclina sur le lit, sur lequel elle s'était assise. Elle ne souffrait plus. Effrayé, j'allai mettre ma sœur au courant de ce qui venait de se passer. Que dois-je faire, lui demandai-je ; me tuer ou me constituer prisonnier ? Te livrer, m'a-t-elle répondu. Et me voilà. Alphonse Baudin, qui comparait cette après-midi devant la Cour d'assises, fait aux jurés le même récit. Le docteur Dupré a eu, pendant l'instruction, à l'examiner. C'est dit-il, un dégénéré, dont les traits dominants sont la médiocrité intellectuelle, une grande faiblesse de volonté et la suggestibilité. Il avait pris l'habitude d'un entraînement d'obéissance passive. Alphonse Baudin, qui a pour avocat Maître Robert Bernstein, est acquitté. L'Ouest-Eclair, 29 septembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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