25 novembre 2009
Les actualités du 25 novembre 1909
Un mystère étrange entoure une momie qui depuis plusieurs milliers d'années dort du sommeil éternel et repose maintenant dans la première salle égyptienne du British Muséum, irrévérencieusement étiquetée sous le numéro 22542. Cette momie, dont il est constamment question en ce moment a paraît-il jeté un mauvais sort sur la plupart de ceux qui l'ont approchée ou l'ont eue en leur possession.
D'après le livre relatant son curriculum vitae, les bandelettes qui l'enveloppent renferment les restes de la grande prêtresse du collège d'Amen-Rha, qui seize cents ans avant Jésus-Christ vécut dans la grande Thèbes des pharaons, la glorieuse cité aux cent portes baignée par les flots fertilisants du Nil.
L'histoire du transport du sarcophage en Angleterre fût marquée d'étapes tragiques. L'anglais qui le premier l'acheta à un Arabe se bléssa très grièvement en revenant au Caire et on dût lui amputer un bras. Un autre membre de l'expédition qui veillât sur la momie, apprit, en arrivant au Caire qu'il avait perdu sa fortune et il mourut quelque temps après.
La troisième personne qui en eut la charge mourut dans, la misère. La quatrième fut tuée d'un coup de fusil. Le sarcophage fut enfin remis entre les mains d'un photographe qui, ayant voulu prendre un cliché de l'image de la prêtresse peinte sur le couvercle et que représente la photographie, vit apparaître sur sa plaque une physionomie de femme vivante au lieu de la figure noire et sévère peinte sur le sarcophage, et le malheureux mourut soudainement quelques jours après. L'homme qui fut ensuite chargé de la momie mourut au bout de huit jours; et celui qui la mit en place au British Muséum se blessa très grièvement.
L'histoire de cette momie a été retracée par M. Fletcher. Ce dernier mourut quelques mois après l'avoir écrite. Tout récemment encore, un savant et un ingénieur plaisantaient le pouvoir occulte de la grande prêtresse. Le savant s'est suicidé depuis, et son ami l'ingénieur vient d'être la victime d'un grave accident. Ce qu'il y a de plus frappant dans ce dernier fait c'est que le savant était bien connu pour ses idées très strictes a l'égard du suicide qu'il considérait comme une faute très grave et un signe de lâcheté.
Dans Londres, actuellement, il n'est question que de la momie d'Amen-Rha, et le nombre de lettres reçues par les journaux, provenant de personnes de bonne foi qui, ayant rendu visite à la momie, ont depuis éprouvé de grands malheurs, est vraiment déconcertant. Les malheureux gardiens de la salle égyptienne du British Muséum tremblent de tous leurs membres lorsque leur service de ronde les amène du côté de la grande prêtresse, et ils disent à qui veut bien les entendre combien ils seraient soulagés si on pouvait réexpédier la fameuse momie à Thèbes, d'où elle n'aurait jamais dû sortir.
Ayant voulu me rendre compte par moi-même de tous ces faits, qui semblent, a première vue, dépasser en insanité les élucubrations d'un cerveau malade, je me suis rendu au British Muséum. Dès mes premiers mots, le brave gardien, à qui je m'adressais, me déclara tout net : Oh ! ne parlons pas de cela, monsieur, je vous en prie. Voyez-vous, ce sont des choses terribles dont il vaut mieux ne pas s'occuper. Sur ce, il me tourna le dos, et je crus voir frissonner le grand et gros gaillard à qui je venais de parler.
Au British Muséum, pas de photographie de la momie ; mais en face, un photographe en a encore quelques-unes a vendre. Ce; commerçant est un homme d'une cinquantaine d'années, nommé. Clarke Davies, et habite, 38, Muséum Street. Son témoignage est des plus poignants. Comme je lui demandais en effet a acheter une des épreuves qu'il avait faites du sarcophage de la grande prêtresse d'Amen-Rha, et que j'ajoutais en souriant : "Croyez-vous vraiment qu'elle porte malheur ?", il me répondit avec l'accent de la plus grande tristesse :
Ne riez nos, monsieur, je vous en prie; Je vous en prie ! insista-t-il. Du moins n'en riez pas chez moi, car depuis que je l'ai prise en photo, je perds complètement la vue. Je remarquai alors qu'en effet M. Davies est presque totalement aveugle. Sa déclaration était si inattendue et si sincère, qu'en sortant de son magasin, la fatidique image en poche, je ne pouvais m'empêcher de me demander quelle fatalité soudaine allait à mon tour m'écraser au premier tournant de la rue.
Le Matin – 26 novembre 1909
EN BREF
Le raid de Latham - Hubert Latham, qui s'est rendu en aéroplane du camp de Chalons à Berru, près de Reims, où le marquis de Polignac l'avait invité à chasser en compagnie de plusieurs membres du comité d'aviation, est rentré à son hangar par la voie aérienne. A 3 heures 45, la chasse étant terminée, le prince de Caraman-Chimay, le prince de Polignac, le comte Adrien Lannes de Montebello et les autres invités du marquis de Polignac vinrent accompagner Latham jusqu'à son appareil. L'aviateur déposa au fond de sa nacelle son fusil et son carnier bourré de faisans qu'il avait abattus. Le moteur fut mis en marche, et bientôt le monoplan s'éleva à une centaine de mètres et se dirigea vers le camp. Vingt-cinq minutes plus tard, Latham atterrissait devant son hangar en un superbe vol plané. Il avait couvert en 25 minutes les 30 kilomètres qui séparent Berru du camp de Châlons. Au cours de ce raid audacieux, Latham s'est tenu constamment à une altitude variant entre 200 et 400 mètres. Le Temps – 25 novembre 1909
Le flair du cocher - Mme Marie Simon, vingt-six ans,
demeurant rue Lebouteux, venait, hier soir, de monter dans un fiacre, avenue de
Villiers, quand le cocher qui avait remarqué l'était de surexcitation de sa
cliente, eut l'idée de jeter un coup d'œil dans la voiture par la glace placée
derrière. Il était temps ! Mme Simon venait de sortir un revolver de son manchon
et cherchait à le charger. Ayant sauté à bas de son siège, le cocher ouvrit la
portière. La cliente, qui avait glissé une cartouche dans le barillet, pressait
la détente, le canon posé sur sa tempe. Fort heureusement, le chien frappa sur
un conduit vide et la désespérée put être désarmée. Conduite au commissariat de
la Plaine-Monceau, Mme Simon profita d'un moment d'inattention du commissaire
pour avaler le contenu d'un flacon d'éther. D'après ses déclarations, elle
aurait tenté de se suicider à la suite de chagrins intimes. Le magistrat l'a
envoyée à l'infirmerie spéciale. Le Petit Journal – 25 novembre
1909
24 novembre 2009
Les actualités du 24 novembre 1909
La semaine mondaine
Londres - Le mariage de miss Millicent Grosvenor, petite-fille de la duchesse Catherine de Westminster, fille de lord Henry Grosvenor, avec M. Molyneux Clarke a été célébré en grande pompe à l'église Saint-Paul. Les très beaux cadeaux avaient été exposés quelques jours avant chez la duchesse de Westminster. On y remarquait la bonbonnière enrichie de diamants offerte par le Grand-Duc Michel et la comtesse Torby.
Vienne - Vendredi, jour de la fête patronale de feu l'Impératrice Elisabeth, l'Empereur a assisté, dans la chapelle du château de Schœnbrunn, où, depuis quelques années, il passe la plus grande partie de l'hiver, à une messe basse. Des services religieux ont été célébrés à la mémoire de la malheureuse Impératrice dans toutes les grandes villes de la monarchie.
Budapest - Le 28, le Prince Henri de Prusse chassera l'ours chez le comte Gesa Andrassy, dans les propriétés de Bethl. Prendront également part à ces chasses : le prince Jean Liechtenstein, le prince Nicolas Esterhazy, le prince Geza Odescalchi, M: de Szemere, le comte Ladislas Haugwitz, le ministre de l'intérieur comte Jules Andrassy, le comte Eugène Karatsonyi, etc. Un détail : le Prince Henri de Prusse couchera dans le même lit que Napoléon Ier a occupé après la bataille d'Austerlitz. Ce lit est la propriété de la comtesse Geza Andrassy, qui l'a hérité de ses parents.
Bruxelles - La vie mondaine est presque nulle, en ce moment, dans la capitale belge. A peine quelques salons s'entrouvrent-ils pour des dîners très intimes ou des réunions toutes familiales agrémentées de bridge. La chasse continue à être le principal passe-temps de la société. En effet, dans les châteaux, les battues se suivent sans interruption.
La Haye - On annonce, dans les milieux bien informés, que la Reine Wilhelmine des Pays-Bas serait de nouveau dans une situation intéressante. Vu son état, elle passerait une bonne partie de l'hiver dans son château du Lôo. Si cette nouvelle est exacte, le voyage de la famille royale en Angleterre, an printemps prochain, n'aurait pas lieu.
Le Gaulois – 23 novembre 1909
EN BREF
Dans une citerne, une mère noie ses trois enfants - Dieppe, 23 novembre. Un drame épouvantable, dû selon toute vraisemblance à la folie, s'est déroulé ce matin a Saint-Pierre-en-Val. Vers sept heures, une femme nommée Hantin, en proie à une vive agitation, s'arrachant les vêtements, se précipitait chez l'épicière, Mme Troude, en lui criant : Venez vite, j ai tué mes enfants ! Puis, gesticulant, elle courut chez l'instituteur et le ramena chez elle. Elle traversa sa maison puis, ouvrant une porto donnant sur la cour, elle montra à l'instituteur la citerne où flottaient trois petits cadavres, ceux de ses trois enfants, Jean, Robert et Pierrette, âgés de trois ans, dix-huit mois et six mois. C'est moi, dit la mère, qui les ai jetés à l'eau. Puis, subitement, elle s'abattit comme une masse en proie a une crise d'épilepsie. Cependant que des voisins lui prodiguaient des soins et la transportaient dans la chambre, l'instituteur retira de l'eau les trois bébés dont la mort remontait à plus d'une heure. Le parquet, avisé, vint dans la matinée, procéder A l'enquête Les magistrats interrogèrent la mère criminelle qui ne répondit que ceci : Je ne me rappelle pas ce qui s'est passé. Je n'ai pas pu jeter mes enfants dans la citerne. C'est moi qu'on aurait dû y jeter. Elle avait eu le matin une discussion avec son mari, avant le départ de ce dernier pour son travail. ! Faut-il voir dans ce fait une corrélation avec le crime, ou plus simplement se trouve-t-on en présence d'un acte de folie subite ? L'enquète le démontrera bientôt. La mère criminelle a été écrouée ce soir à la prison de Dieppe. Le Petit Parisien – 24 novembre 1909
Cabaretière assassinée à coups de marteau - Craonne (Aisne), 23
novembre - Un crime vient d'être découvert à Ailles, commune située à neuf
kilomètre de Craonne. La veuve Allory, qui tient un débit-épicerie a été trouvée
morte dans sa cuisine. Ce matin, à six heures et demie, une cliente, Mme
Stanislas François, se présentait à la boutique pour faire ses provisions. Elle
appela Mme Allory ; n'obtenant aucune réponse, elle avança jusqu'à la cuisine,
et là elle trouva la malheureuse femme étendue, la face contre terre, dans une
mare de sang. Elle courut prévenir le maire qui, accompagné du juge de paix et
d'un médecin, vint aussitôt faire les premières constatations. Mme Allory avait
le crâne fracassé. L'arme du crime, un marteau de forgeron, a été trouvé
ensanglanté dans un coin de l'épicerie. Sur la porte d'entrée on a relevé des
traces de sang nombreuses et on a constaté que tout était bouleversé dans la
boutique et dans l'appartement. Les armoires et le lit avaient été fouillés. Le
vol est donc le mobile du crime. Le parquet de Lâon a été avisé, et il est venu
cet après-midi commencer son enquête. Le Petit Parisien – 24 novembre
1909
23 novembre 2009
Les actualités du 23 novembre 1909
Grève des dockers de Saint-Malo: graves désordres, la troupe charge.
Saint-Malo, 22 novembre. Les négociants et armateurs ont tenté ce matin une reprise de travail. Les quais étaient occupés par l'infanterie, la gendarmerie et les dragons. Quelques dockers avaient commencé le déchargement des navires Iro et Erick lorsque les grévistes vinrent en masse sur les quais après une réunion à la Bourse ou travail.
Ils ont lancé des pierres sur les ouvriers qui ont alors abandonné les navires, et sur les gendarmes, dont un a eu le menton fendu. Les dragons ont immédiatement chargé et dispersé les grévistes.
Un fait plus grave s'est produit cet après-midi. Les gendarmes emmenaient en voiture un gréviste arrêté sur les quais pour menaces et outrages envers la force publique. Arrivés rue Porcon-de-Labarbinais, ils se sont trouvés environnés de deux cents grévistes environ qui ont arrêté la voiture et fait descendre le prisonnier.
Le commissaire de police ayant voulu intervenir, une violente bagarre s'est produite. Les grévistes, de plus en plus menaçants, essayèrent de dégager leur camarade. Le préfet et le sous-préfet, qui étaient présents a cette scène, ont aussitôt appelé la cavalerie qui a réussi à cerner les grévistes, A ce moment, une deuxième arrestation a été opérée, pour les mêmes motifs. Le premier gréviste arrêté s'est alors couché à terre, pendant que les grévistes essayaient une seconde fois de le délivrer.
Au cours de la bousculade, les dragons ont chargé pour dégager la place du Pilori, où s'était groupée la manifestation. Le gréviste resté à terre a été piétiné par les chevaux. Il a été transporté d'urgence à l'hôpital. Le second gréviste arrêté a été immédiatement conduit devant le procureur de la République et écroué à la prison.
L'émotion en ville était considérable et tous les magasins avaient immédiatement fermé. Plusieurs chevaux de dragons ont été frappés à coups de couteau. Les grévistes ont tenu une réunion a la suite de ces manifestations. En sortant, ils ont parcouru la ville, en cortège, et se sont rendus à la Bourse du travail, escortés de gendarmes et de dragons. Des mesures très rigoureuses sont prises pour cette nuit.
Le Petit Parisien – 23 novembre 1909
EN BREF
Grave accident d'automobile en Auvergne – Clermont-Ferrand - 22 novembre — Un terrible accident d'automobile s'est produit aujourd'hui, à un kilomètre de la commune de Saint-Genès-Champespe, en pleine montagne auvergnate. M. Besseyre ingénieur fort connu dans le monde de l'automobile, conduisait une douze-chevaux appartenant à M. Lamazières, bijoutier à Clermont, et dans laquelle avaient pris place MM. Lamazières, Fialon, secrétaire du commissaire central de Clermont ; Monestier, chef de la Sûreté à Clermont, et le neveu de celui-ci. A un virage brusque, à angle droit l'auto dérapa et heurta une borne kilométrique. M. Monestier, son neveu, et M. Fialon furent précipités violemment sur le sol, quelques mètres plus loin. M. Besseyre, qui n'était plus maître de sa direction, essaya vainement de maintenir la machine, qui faisant une embardée formidable, capota. M. Besseyre fut tué sur le coup. M. Lamazières a une clavicule cassée et des lésions graves. M. Monestier, relevé sans connaissance, mourait quelques heures après, entre les mains du docteur Dionys, professeur à la faculté de médecine de Clermont, qui avait tenté l'opération du trépan. M. Fialon a un bras cassé. Le neveu de M. Monestier en a été quitte pour des égratignures. Le Matin – 23 novembre 1909
Un homme sous un tramway - Un très grave accident est arrivé, hier
après midi, vers cinq heures, en face du 125 de la rue Lafayette. Un homme, âgé
de quatre-vingt ans traversait la chaussée lorsqu'il fut renversé par un tramway
Saint-Augustin-cours de Vincennes. Avant que le wattman fût parvenu à bloquer
ses freins, le malheureux piéton avait disparu sous la lourde voiture. On a dû
avoir recours aux pompiers pour retirer l'infortuné. Il avait reçu de si graves
blessures qu'on dut en toute hâte le transporter à l'hôpital Lariboisière. On a
trouvé sur lui des papiers au nom de M. Bloc, rentier, 9, rue des Lions. M.
Archer, commissaire de police, a procédé à une enquête pour établir les
responsabilités. Le Petit Parisien – 23 novembre 1909
22 novembre 2009
Les actualités du 22 novembre 1909
Dans la purée de pois parisienne, trois collisions de tramways font de nombreux blessés
Trois collisions de tramways causée par le brouillard se sont produites hier dans la banlieue parisienne. A Vitry, vers 2 heures trois quarts, en face du numéro 14 de la rue de la Barre, l'accident s'est produit entre deux convois de la compagnie Sud-Parisien ; le numéro 595 venant de Choisy, et le numéro 567 venant de Paris. Les deux wattmen; MM. Auguste Lanchet, et Jean Jean Boudet, trompés par le brouillard, n'eurent pas le temps, malgré leur présence d'esprit et la rapidité qu'ils mirent à bloquer les freins, d'empêcher le choc. Une panique indescriptible s'empara des voyageurs des deux voitures, qui projetés les uns sur les autres ou blessés par les éclats de verre cherchaient à se précipiter hors des véhicules.
Le premier moment de stupeur passé, on se compta. Beaucoup de personnes se plaignaient de douleurs internes, d'autres étaient blessées à la tête, ou contusionnées. On les conduisit dans une pharmacie ou elles reçurent les premiers soins pendant que M. Bénézech, commissaire de polie d'Ivry, arrivait sur les lieux et procédait aussitôt aux constatations. L'accident était bien imputable au brouillard intense qui à ce moment empêchait absolument de voir les signaux.
A quatre heures de l'après-midi, à cent mètres du pont de Saint-Ouen, le tramway 127 de la ligne Saint-Cloud-Pierrefitte a heurté le tramway 136 tenant de Saint-Denis. Le choc a été extrêmement violent. Quatre personnes ont été plus ou moins grièvement blessées : le wattman Léopold Rondel, du tramway 127, atteint a la jambe gauche ; M. Daniel Ducos, vingt-cinq ans, plaies à la tête ; M. Mallet, Blessures au front, et M. Laffont, douleurs internes. Les deux voitures, gravement détériorées, ont été reconduites au dépôt de Saint-Denis.
On a également établi que cet accident a été causé par un brouillard très dense qui planait à ce moment sur la Seine, et qui a empêché le wattman Rondel de remarquer le signal d'arrêt au croisement du pont de Saint-Ouen.
A Nogent-sur-Marne, c'est entre deux tramways nogentais, l'un conduit par le wattman Pierre Bétourné, allant à Nogent, et l'autre par le wattman Brenu, se dirigeant sur Paris que la collision s'est produite près la rue de Plaisance. Huit personnes ont été légèrement contusionnées.
D'autre part, un accident analogue, semblablement occasionné par le brouillard, s'est produit en gare de Noisy-le-Sec, à trois heures dix, sur la ligne de la Grande-Ceinture. Le train de marchandises C. 1253 a été tamponné par le: train de voyageurs C. 9. Trois voyageurs ont été fortement, contusionnés et la machine du train a été mise hors d'usage. A la suite de l'accident, la circulation a été interrompue pendant deux heures.
Le Matin – 22 novembre 1909
EN BREF
Horrible accident à la gare du Nord — Ce matin à huit heures vingt-cinq, un voyageur âgé d'environ quarante ans, ayant voulu monter dans le train qui se mettait en marche sur la voie numéro 2, à la gare du Nord, est tombé sous les roues et a été broyé. M. Mallet, commissaire spécial, a immédiatement ouvert une enquête. Le corps était coupé en deux morceaux et la base du crâne était complètement écrasée. Dans les vêtements ont été trouvés des cartes au nom de M. Albert Piron, agent de change, 10, rue de l'Université, à Liège, ainsi qu'un billet de retour de première classe Paris-Feignies. On ne s'explique pas que la victime de cet accident ne soit pas passée au contrôle et ait voulu prendre un train allant à Amiens et l Lille, et non pas à Feignies. Les funèbres débris, qui avaient été déposés au poste de secours de la gare du Nord, ont été transportés à la Morgue. Le Matin – 22 novembre 1909
L'éruption de Teneriffe - Madrid, 21 novembre - D'après les dépêches officielles de Ténériffe, le volcan en éruption vomit la lave par quatre bouches situées à l'est et à l'ouest : celles des extrémités ont environ douze mètres de diamètre ; les matières qu'elles lancent forment un panache de cinquante mètres de hauteur. Les bouches du milieu sont alternativement en activité, avec des détonations assourdissantes ; elles ne lancent ni fumées, ni pierre, ni cendres, mais des matières en fusion. Les nappes de lave, en sortant dos divers cratères, coulent vers la vallée de Saint-Jacques et de Tamaincus, divisées en plusieurs bras ; les accidents de terrain empêchent de les endiguer et de les acheminer vers des parties moins endommageables. Depuis le moment où a commencé l'éruption jusque aujourd'hui, ces nappes de lave ont parcouru environ six kilomètres ; l'une d'elles' a rempli une cuvette de vingt-cinq mètres de profondeur et de quarante mètres de diamètre puis a repris ensuite sa marche vers le nord. Un service de surveillance de jour et de nuit a été organisé pour parer à toute éventualité. Les localités de la zone dangereuse ont été complètement évacuées. Les populations, composées pour la plupart d'indigents, sont secourues par les autorités et les particuliers. Le Gaulois – 22 novembre 1909
21 novembre 2009
Les actualités du 21 novembre 1909
40 survivants émergent de l'enfer
New-York, 20 novembre. Des dépêches de Cherry (Illinois) — où s'est produite, le 13 de ce mois, la terrible catastrophe du Puits Saint-Paul — annoncent que l'on vient de retrouver vivants quarante mineurs. Voici comment cette découverte émotionnante s'est produite.
On était parvenu, dans la mine, à une muraille formée de débris et on l'avait renversée. On apercevait au-delà de la muraille des corps étendus, on croyait avoir devant soi des cadavres lorsque l'on vit une main qui se soulevait. On reconnut alors que les hommes étendus respiraient encore. Immédiatement où les transporta jusqu'au puits et on leur administra des stimulants.
La première victime ramenée à la lumière, après sept jours de ténèbres, ne put murmurer que quelques paroles incohérentes ; son visage noirci avait été brûlé par les flammes. On finit par savoir que les mineurs, s'étaient rendu compte de ce qui se passait, avaient élevé un mur composé de débris pour se protéger contre l'incendie et contre les gaz délétères.
Le mineur Joseph Crescini, qui conduisit ses camarades dans le combat contre la mort, raconte que ses camarades et lui ont beaucoup souffert de la faim. Un camarade anglais; qui avait déjà été victime d'une catastrophe analogue, donna d'utiles conseils ; on réunit toutes les gamelles et on en répartit le contenu en petites rations. Crescini raconte encore que les mineurs ont perdu la notion du temps. Ils se croyaient encore à dimanche.
Une dépêche Ultérieure de Cherry dit que les hommes que l'on vient do remonter croient qu'il y a encore cent cinquante survivants dons la galerie de l'Est. A deux heures et demie, les sauveteurs remontent et disent que l'incendie vient de leur barrer la route. Ils demandent des volontaires pour lutter contre l'incendie. Aussitôt une vingtaine d'hommes se sont présentés.
La nouvelle que des hommes ensevelis sont vivants s'est répandue comme une traînée de poudre. On accourt de toutes parts ; des femmes se pressent à l'entrée du puits qui est gardée par la milice. L'espoir renaît ; la femme d'un survivant, nommé Spogata, baise les pieds de ceux qui ont sauvé son mari ; ses enfants baisent les pieds des sauveteurs.
Un des sauveteurs a ramené un des survivants à la Surface ; sur le carreau, il dévisagea cet homme et reconnut son propre frère. Les hommes trouvés dans la galerie du Sud disent qu'ils ont vécu une partie du temps en mangeant la viande d'une mule qu'ils avaient tuée. Les sauveteurs annoncent que le nombre des sauvés est de soixante-dix-huit.
Le Gaulois – 21 novembre 1909
EN BREF
Heroïsme d'un mecanicien - Compiegne, 20 novembre — Un lourd convoi charbonnier a déraillé, dans la nuit de vendredi à samedi, vers deux heures du matin, entre Moyenneville et Estrées, sur la ligne de Compiègne à Amiens. Huit à dix wagons se trouvent renversés et forment un Imposant barrage que des équipes venues d'Amiens et de Compiègne s'évertuent à démolir pour la reprise de la circulation normale des trains. Une enquête est ouverte pour découvrir les causes de cet accident. Le garde-frein et le chef de train ont été contusionnés: Quant au mécanicien, surpris par le choc, il fut projeté contre la locomotive et malgré ses blessures, il bloqua le train, évitant ainsi un plus grand désastre. Le Matin – 21 novembre 1909
Un match de football dégénère en bagarre - Londres, 20 novembre — Une dépêche de New-York, que publient les journaux du soir, signale des incidents extraordinaires qui se sont produits à Ashville, dans la Caroline du nord, au cours d'un match de football entre deux équipes de Peaux-Rouges. Une discussion entre deux joueurs a dégénéré en pugilat entre les membres des deux équipes ; puis il s'en est suivi une bataille an règle à laquelle les spectateurs ont pris part. Finalement des coups de revolver se sont fait entendre et avant que l'ordre eût été rétabli, deux des joueurs étaient mortelle ment blessée et de nombreux autres belligérants avaient reçu des blessures plus ou moins graves. Le Matin – 21 novembre 1909
Accident de Caters à Varsovie - Berlin, 20 novembre - L'aviateur de
Caters a eu hier un grave accident pendant un vol exécuté avec un biplan Voisin
a Varsovie. Malgré le vent violent, l'aviateur réussit a s'élever de terre, mais
à peine était-il monté a une hauteur de huit mètres environ qu'un violent coup
de vent projeta à terre l'aéroplane qui fut complètement brisé. Le moteur a été
réduit en morceaux. L'aviateur de Caters s'en est tiré avec quelques blessures
de peu de gravité. Le Matin – 21 novembre 1909
20 novembre 2009
Les actualités du 20 novembre 1909
Un village corse emporté par un éboulement
Ajaccio, 19 novembre. Les pluies torrentielles qui tombent sans discontinuer depuis une dizaine de jours ont provoqué hier un important éboulement dont a eu fort à souffrir le village d'Ota, bâti en amphithéâtre sur le flanc d'une montagne, dans un des sites les plus pittoresques de Corse. Sous l'action de l'eau un des énormes rochers qui surplombent le village s'est détaché entraînant à sa suite une énorme masse de terres et de rochers.
L'éboulement a tout emporté sur son passage. Quatre maisons ont été détruites ; plusieurs autres ont été fortement endommagées. L'amas de terres et de rochers est allé s'abîmer, après un parcours de deux kilomètres au fond du ravin de la Spelunea qui a été en partie comblé.
On n'a malheureusement pas que des dégâts matériels à déplorer. Sous les ruines de l'une des maisons effondrées on a, en effet, trouvé les cadavres de Dominique Alfonsi, quarante-cinq ans, et de son fils, Antoine, âgé de sept ans. En outre, une quinzaine de personnes ont été assez sérieusement blessées. Les plus gravement atteintes ont été transférées à l'hospice d'Ajaccio.
Nombre de familles, qui ont tout perdu, se trouvent actuellement sans abri. Des secours urgents ont été demandés. Le service des ponts et chaussées avait, à maintes reprises, signalé le danger que présentait pour le village d'Ota l'instabilité des rochers qui le surplombent, qui donnent aux touristes l'impression de ne pas adhérer à la montagne. Cependant la population ne s'était pas émue.
Il est vrai que d'après une légende à laquelle les gens de la région accordent la plus grande créance, des fées bienfaisantes tiennent à l'aide de fils ces masses rocheuses et chaque année, au mois de mai, des jeunes filles vont déposer, au pied de ces rochers une certaine quantité d'huile vierge destinée à oindre les cordes protectrices. Cette huile était, du reste, fort appréciée des fées car elle disparaissait régulièrement le lendemain du jour où elle avait été déposées.
Le Petit Parisien – 20 novembre 1909
EN BREF
Des spectacles à la bougie - Par suite d'un accident survenu, hier soir, dans une tranchée, rue du Château-d'eau, et au cours duquel un câble électrique avait été avarié, plusieurs concerts et music-halls du quartier Saint-Denis ont été privés de lumière.Le concert de la Scala et d'autres établissements ont dû rembourser le prix des places. D'autres théâtres ont continué leurs représentations à la lueur des bougies. Le Petit Parisien – 20 novembre 1909
Un volcan éteint depuis plusieurs siècles menace Ténériffe - Madrid,
19 novembre — On télégraphie de Tenériffe (îles Canaries) que le pic de Teyde
éteint depuis plusieurs siècles, est en éruption. Trois cratères ouverts sur les
flancs de la montagne, du côté des villages de Tanque et de Santiago, vomissent
de temps en temps des laves. Jusqu'à présent les laves ne sont pas abondantes,
et l'on ne peut encore déterminer quelle direction prendront ces matières
incandescentes quand l'éruption aura atteint son complet développement. De très
fortes détonations se font entendre ; on les perçoit à quarante kilomètres. Les
tremblements de terre furent fréquents dans la région ces temps derniers et ils
semblent avoir été les précurseurs de cette éruption, dont il est impossible
pour l'instant de prévoir l'intensité. Une zone très peuplée, où se trouvent six
grands villages appelés Guia, Santiago, Silos, Tanque, Garachico et Icoo, est
menacée. La panique est immense. Les habitants fuient vers la côte, où les
vapeurs qui font le cabotage vont les recueillir. On prépare activement
l'évacuation de toute la région menacée. Les nouvelles reçues jusqu'à présent ne
signalent pas de victimes. Le pic de Teyde a une hauteur de 2,715 mètres
au-dessus du niveau de la mer, et il se trouve au centre de montagnes formées
par des laves. Il domine une vaste et belle vallée aussi étendue que celle qui
se trouve au pied du Vésuve et tout aussi fertile. Les villages actuellement
menacés ont subi déjà plusieurs éruptions. La première remonte au quinzième
siècle. Le village de Garachico fut détruit en 1706. Tout disparut; maisons,
chemins, plantations, moulins, etc... Le souvenir de cette catastrophe augmente
la panique actuelle. Le Matin – 20 novembre 1909
19 novembre 2009
Les actualités du 19 novembre 1909
Trente-six négociants en correctionnelle - Ils vendaient du talc pour de la farine
Carcassconne, 18 novembre — Devant, le tribunal correctionnel de Limoux ont commencé aujourd'hui les débats d'une affaire de fraudes alimentaires dont l'instruction, d'abord dirigée contre cent quarante-deux inculpés, a duré deux ans et demi et s'est terminée par le renvoi en police correctionnelle de trente-six négociants minotiers, courtiers, marchands de sons et de repasses; prévenus de fabrication de farines artificielles, de sons de sciure de bois et de vente et de mise en exposition de produits et de denrées falsifiés.
L'instruction a relevé contre eux les charges suivantes. En 1903 sont venus s'établir, à Alet les frères Cattaneo, Gaétan et Nino, originaires de Gênes (Italie), qui ont acquis pour le prix de vingt mille francs une usine hydro-électrique sur les bords de la rivière l'Aude. Ouvertement ces étrangers se livraient à la mouture du rizr dont on tire une farine basse, connue dans le commerce sous le nom de farine BM.
Clandestinement ils auraient fabriqué un produit innommable composé en faible partie d'issues de grains de riz et pour la plus grande partie de rafles de maïs, marcs d?olives, coques d'arachides et de talc, dans la proportion de 40 à 78%. Ils auraient fait également des sons, repasses et recoupettes avec des sarments et de la paille broyés, auxquels ils mélangeaient à haute dose de la sciure de bois de sapin. Ces marchandises étaient adressées à leurs nombreux clients qui les revendaient telles quelles ou les mélangeaient à leurs propres produits.
Les trente-quatre négociants inculpés avec les frères Cattaneo, sont : MM. Laurier, de Livron (Drôme), Planche-Perdrix, de Villefranche-Sur-Saône ; Simonneau, de Saint-Aulaye (Dordogne) ; Sarda-Rousse, de Perpignan : Jacques et Joseph Saintrailles, de Port-Vendres ; Crozel Guichon et Sauvajon de Valence-sur-Rhône ; Chaze de Ruoms (Ardêche) ; Tracol et Depeux, de Valence-sur-Rhône ; Avignon, de Vallon-en-Sully (Allier); Drot de la Chapelaud (Allier) ; Boin et Blanc de Perpignan ; Simon et Levezeil de Cherbourg (Manche) ; Lartigue» de Rivière (Deux-Sèvres) ; Robert, de Paris ; Paul et Lucien Floquet, de Dury (Somme) ; Guilhot, de Millau (Aveyron) : Botref et Touzée, minotiers à Vannes (Morbihan) ; Mme Marcel, de Lanquetot (Seine-Inférieure) ; Pressicaud, de la Rochefoucauld ; Dorniaud, de Céremes ; Pierre et Charles Paturel d'Orval (Manche) ; Le Mestre de Saudéant (Morbihan) ; Couloumy, de Tulle ; Planches, de Sauviat (Haute-Vienne) ; Jamin, du Mans. Les quatre derniers sont seulement prévenus de vente de sons de riz triturés. Quelques-uns des inculpés font défaut.
Ajoutons que ce procès a déjà fait une victime. Le greffier du magistrat instructeur submergé sous la pile des cent quarante-deux dossiers s'accumulant sur sa table, a perdu l'esprit et on a dû l'enfermer dans l'asile d'aliénés de Limoux en proie au délire de la persécution.
Au début de l'audience trois inculpés soulèvent l'exception d'incompétence que le tribunal rejette mais les intéressés font appel. Or l'appel est suspensif, Va-ton retenir la cause tout entière jusqu'après arrêt de la cour sur le moyen soulevé ? Le tribunal remet encore la prononcé de son jugement. A six heures le tribunal rend une nouvelle décision par laquelle il déclare retenir l'affaire. Les avocats, les inculpés et les témoins, qui viennent la plupart de fort loin, sont ravis de cette décision. Les quatorze défenseurs de cette affaire sensationnelle ne se seront pas dérangés inutilement.
Le Matin – 19 novembre 1909
EN BREF
500 exécutions au Nicaragua - New-York, 18 novembre. Des voyageurs venus de la Nouvelle-Orléans rapportent que le président Zelaya a fait exécuter plus de 500 personnes suspectées d'avoir des sympathies pour les révolutionnaires et que les exécutions continuent. D'autre part, le département de l'État a appris que le président Zelaya a fait exécuter deux Américains pris les armes à la main dans l'armée révolutionnaire du Nicaragua. Deux navires de guerre américains ont reçu l'ordre de se rendre en toute hâte au Nicaragua. L'audience que le président Taft devait donner au ministre du Nicaragua est indéfiniment ajournée. Le Petit Parisien – 19 novembre 1909
Tragique duel à la Nouvelle-Orléans - La Nouvelle-Orléans — Au cours
d'un duel au revolver, entre les frères Aven et le planteur Clarence Compton, la
femme et la fille de ce dernier vinrent subitement se jeter entré les
combattants. Elles s'affaissèrent aussitôt, blessées à mort, ainsi que M.
Compton. Le Petit Parisien – 19 novembre 1909
Voiture broyée par un train - Un terrible accident s'est produit cet
après-midi au passage à niveau de La ligne de Sens à Saint-Hilaire-les-Andresys.
Une voilure, conduite par M. Perdriat, entrepreneur de battage à Courtenay, et
dans laquelle se trouvaient également M. et Mme Bouchy, marchands ambulants,
allait traverser le passage, lorsqu'une locomotive isolée, arrivant a grande
vitesse, la tamponna. La locomotive traîna la voiture pendant une centaine de
mètres, la réduisant en miettes et projetant à terre les trois voyageurs. M.
Perdriat a été tué ; les deux autres personnes ont été très grièvement blessées.
Sous le choc la voiture fut cassée en deux et le cheval n'eut aucun mal. Le
parquet a ouvert une enquête. Le Petit Parisien – 19 novembre 1909
18 novembre 2009
Les actualités du 18 novembre 1909
La poussière
M. Ambroise Rendu, conseiller général de la Seine, va prochainement déclarer une guerre nouvelle à la poussière. Il ne s'intéresse qu'à la poussière soulevée hors de Paris ; celle qui nous étouffe et nous aveugle en dedans des fortifications relève en effet de la compétence exclusive de notre Conseil municipal, qui s'en soucie fort peu du reste.
La guerre que M. Ambroise-Rendu se propose d'entreprendre et pour laquelle il aura d'ailleurs toutes les sympathies ne s'annonce pas trop violente ; elle débutera par une enquête, qui peut ma foi durer longtemps. Trois questions seront posées; celles-ci :
1- Quels sont les moyens les plus efficaces et les plus économiques pour supprimer les poussières des routes ?
2- Quelle est la durée de chacun des enduits employés ?
3- Quelles sont les dépenses à faire, en employant le moyen le moins coûteux, pour traiter les grandes voies du département de la Seine ?
Les réponses feront l'objet d'un rapport ; le Conseil général examinera, et l'Etat décidera, l'administration examinera. Ça promet quelques mois de poussiéreuse patience, mais enfin cette campagne aboutira bien à quelque chose.
Depuis 1905 on a goudronné 803,000 mètres carrés de route dans les alentours de Paris, ce qui représente au total une dépense de 220,000 francs pour combattre la poussière. On ne s'est pas ruiné, vraiment.
On a dépensé encore moins dans Paris, c'est certain. L'état des rues de la capitale est un véritable scandale, on peut dire une honte, au point que c'est à se demander s'il existe réellement un service municipal chargé de s'occuper de la réfection et de l'entretien de nos chaussées.
Non seulement nos rues sont d'un pavage incohérent, les unes pavées de bois, les autres de grés, celles-ci asphaltées, celles-là macadamisées sans ordre et sans méthode, au caprice de marchés sans cesse renouvelés, mais il en est où les pavages de bois et de grès alternent en ornières effroyables, au, hasard des travaux qui furent entrepris et jamais achevés.
Mais ce qui est infiniment pis, c'est le balayage. On n'arrose plus, on ne balaie plus; de vagues et ridicules tonneaux, traînés par des chevaux lamentables, conduits par des impotents, répandant — et généralement les jours de pluie — un peu d'eau, comme au vaporisateur ; très tard après, car le balayage et l'arrosage s'en voudraient, de se conjuguer, passent des comiques balayeuses qui étalent consciencieusement la pâte immonde qui résulte de ces opérations insuffisantes.
Des mares par-ci, des détritus par-là ; le long des trottoirs, encombrant les ruisseaux où rien ne ruisselle, s'amassent des boues épaisses que les automobiles et les autobus font gicler sur les passants et sur les devantures, qu'ils souillent hideusement; d'autres boues jaunes venues des fouilles innombrables qui hérissent Paris de chantiers laids et malpropres, complétaient la saleté générale de nos rues, de plus en plus cloaques, en dépit de toutes les plaintes.
Que le soleil vienne, que le vent sèche soudain toutes ces boues, et Paris tout entier s'emplit alors de poussières affreuses, impalpables, aveuglantes, étouffantes, enlaidissant les choses et les gens. Elles se soulèvent sous la gifle des automobiles, en nuages qui jamais ne se dissipent. Elles rendent la circulation odieuse, gâtent la vie dans la rue, aux terrasses des cafés, partout.
Pour supprimer cette poussière, on connaît le remède; il est simple, enfantin et efficace : de l'eau, encore de l'eau, toujours de l'eau, des torrents d'eau qui entraînent au ruisseau et à l'égout les boues et tous leurs miasmes. Mais on n'arrose pas plus qu'on ne balaie: quand on arrose on arrose mal. Quand on balaye on balaye plus mal encore.
Quelle différence avec Londres ! La propreté des rues — débarrassées de tous ces laids édicules qui ne respectent chez nous ni la splendeur des avenues, ni la grâce de nos quelques squares — est remarquable ; toute la nuit, d'actives troupes d'ouvriers équipés pour une telle besogne travaillent à la toilette de la cité géante ; du matin au soir, on veille à ce quelle reste aussi propre que possible ; l'esthétique et l'hygiène y trouvent leur compte.
Londres a le minimum de bouc et de poussière. Et pourtant elle a à elle seule autant d'automobiles que la France tout entière : 38,000 autos roulent dans Londres contre 39,000 en France ; les attelages y sont dans les mêmes proportions. Paris est sale ; Londres est propre. De l'eau ! de l'eau ! grands dieux ! pour protéger nos yeux et nos poumons contre la poussière, l'infecte poussière, voilà tout le secret du problème.
Le Figaro – 17 novembre 1909
EN BREF
Les méfaits du diamant bleu - Londres, 18 Novembre - Parmi les victimes du naufrage de La Seyne, non loin de Singapour, se trouve M. Habib, un riche Espagnol, propriétaire du fameux diamant bleu Espérance, qui passe pour avoir été fatal à presque tous ceux qui l'ont possédé. Il fut apporté d'Orient en France par Tavernier, qui le vendit à Louis XIV et mourut de la fièvre jaune, complètement ruiné. Il fut possédé successivement par Mme de Montespan, Fouquet et Marie-Antoinette, dont on connaît les malheurs. Une dizaine de personnes ont eu ce diamant entre leurs mains, après la Révolution, et toutes sont mortes de male mort. Son avant-dernier propriétaire a été Abdul-Hamid, le sultan de Turquie, qui a été détrôné. Kulub bey, l'eunuque qui avait la garde de cette pierre précieuse, a été pendu dans les rues de Constantinople. M. Habib, qui l'avait achetée pour la somme de deux millions, vient de mourir tragiquement en mer. On ne sait pas si la pierre fatale l'accompagnait dans ce voyage. Le Petit Parisien -18 novembre 1909
Une rentière assassinée à Bry-sur-Marne - Un crime horrible a été
découvert hier rue de Joinville, aux confins des communes de Champigny et de
Bry-sur-Marne, dans la banlieue parisienne. Une vieille rentière, Mme Hubmann,
àgee de soixante-dix-sept ans, qui vivait séparée de son mari dans un peut
pavillon, a été trouvée assassinée dans sa cuisine. Le cadavre gisait sur le
parquet dans une mare de sang. Près de la tête, qui était affreusement
fracassée, on a ramassé une brique qui avait peut-être servi à commettre le
crime. Les assassins avaient mis le pavillon au pillage. MM. Berr, juge
d'instruction; Hamard, chef de la Sûreté; Socquet, médecin légiste, accompagnés
de M. Postaire, commissaire de police de Joinville, se sont rendus ce matin à
Bry-sur-Marne pour procéder à une enquête sur ce crime. Le plus grand désordre
régnait dans les pièces du pavillon habité par la victime. Tous les meubles
avaient été fouillés et le linge était répandu sur le parquet. Comme argent,
valeurs ou bijoux, on n'a rien trouvé, sauf une paire de boucles d'oreilles d'un
prix assez élevé qui se trouvait dans un secrétaire. Les magistrats ont relevé
de nombreuses traces de doigts sur l'armoire à glace et sur le buffet de la
salle à manger. Le docteur Socquet a constaté que la victime portait à la tête
deux profondes blessures, une à l'os frontal et l'autre au-dessus de la nuque.
Des témoignages recueillis par les magistrats, il ressort que Mme Hubmann, qui
était assez bavarde, racontait à qui voulait l'entendre qu'elle possédait des
bijoux anciens d'une très grande valeur. Deux bicyclistes aux allures louches
ont été aperçus par plusieurs témoins la veille du crime, rôdant autour du
pavillon de la victime. Le Temps - 19 novembre 1909
17 novembre 2009
Les actualités du 17 novembre 1909
L'explorateur Shackleton reçu à l'hôtel de Ville
Cet après-midi, à quatre heures, l'explorateur Shackleton a été reçu à l'Hôtel de Ville par le bureau du Conseil municipal. Le lieutenant Shackleton qu'accompagnait l'ambassadeur d'Angleterre, sir Bertie, et lady Shackleton, les membres de la société de Géographie, les délégués de la Chambre de commerce britannique, etc., etc., a été conduit dans le cabinet du président du Conseil. M. Ernest Caron était assisté des membres du bureau. MM. Maurice Béer et Gent, vice-présidents ; Miniot, Aucoc, Le Corbeiller et Pointel, secrétaires ; Gay, syndic. Le préfet de la Seine et le Préfet de police étaient également présents.
La bienvenue a été souhaitée au hardi pionnier de l'Antarctique Sud par M Ernest Caron qui, dans les termes les plus élogieux, a félicité le glorieux explorateur qu'il a comparé à ses prédécesseurs Nordenskjold, Nansen. et Sven Heddin qui furent comme lui reçus à l'Hôtel de Ville.
En terminant, le Président a ajouté : Vous avez consacré deux ans à ce voyage, pendant lesquels vous avez accompli des actes de courage les plus impressionnants. Rien n'a pu fléchir votre insistance morale et votre indomptable volonté. Et si vous avez décidé le retour, après avoir planté le drapeau britannique au point extrême de votre voyage, c'a été non pas par peur de la mort que vous aviez bravée cent fois, mais pour ne pas succomber à une mort inutile. Recevez l'expression des sentiments que nous éprouvons pour votre glorieuse personne.
MM. Armand Bernard, représentant Le préfet de la Seine et Lépine, préfet de police, prononcent des allocutions auxquelles répond Shackleton ému. Puis, le président lui a remis, au nom de la Ville de Paris, une médaille d'or, en souvenir de sa visite à l'Hôtel de Ville. Une superbe gerbe de fleurs enrubannées, aux couleurs de la Ville, a été remise à Mme Shackleton. Un lunch a terminé cette cérémonie, à laquelle assistaient de nombreux conseillers municipaux, M. Lampué, président du Conseil général et des conseillers généraux de la Seine.
La Presse – 17 novembre
EN BREF
Les grévistes renversent des tramways à Bordeaux - Bordeaux, 16 novembre – Les employés de tramways en grève depuis huit jours, se sont aujourd'hui départis du calme relatif qu'ils avaient observé jusqu'à ce jour et se sont livrés a des violences regrettables. Une première bagarre a eu lieu sur la place d'Aquitaine, où deux grévistes ont été arrêtés ; mais ce n'a été là que le prélude de faits plus graves. Place Amédée-Larrieu, une voiture a tout à coup été cernée par une centaine de grévistes. Les voyageurs surpris descendirent du tramway, et à peine le dernier eut-il le pied a terre que la lourde voiture fut renversée. En tombant, elle brisa la devanture d'un magasin. Peu de temps après, cours d'Albret, un second tramway fut renversé dans les mêmes conditions. Le directeur de la compagnie, dès qu'il connut ces faits, donna aussitôt des ordres pour faire rentrer les voitures ; mais les grévistes eurent encore le temps de renverser un troisième tramway près du dépôt boulevard de Caudéran. A la réunion du conseil municipal tenue cet après-midi, le maire a exposé les mesures qu'il avait prises pour prévenir des troubles et pour mettre fin au conflit. Le conseil municipal, à l'unanimité moins deux abstentions, a approuvé son attitude en l'invitant à prendre des mesures pour faire respecter la liberté du travail et en regrettant que la compagnie n'ait pas cru devoir faire des concessions permettant de solutionner immédiatement le conflit. Le Matin – 17 novembre 1909
Le méchant mari — On télégraphie de Reims, le 15 novembre - La cour
d'assises a condamné à cinq ans de réclusion Louis Cuitot, âgé de trente-neuf
ans, cocher à Châlons-sur-Marne, qui le 13 juillet dernier, à son retour de la
justice de paix en compagnie de sa femme où ils avaient été convoqués en
conciliation, précipita celle-ci dans la Marne et lui maintint la tête sous
l'eau. M. Dromart, employé de chemin de fer s'étant jeté dans la rivière au
secours de la victime, allait la sauver, lorsque Cuitot se précipita sur lui et
le frappa, l'obligeant à lâcher la victime : celle-ci fut emportée par le
courant et noyée. La femme Cuitot avait de mauvais antécédents. Le cocher Cuitot
jouissait au contraire de la considération publique. Le Temps – 17 novembre
1909
16 novembre 2009
Les actualités du 16 novembre 1909
La nuit en plein jour: Paris dans les ténèbres
Les Parisiens ont été, hier, gratifiés d'un phénomène céleste, curieux à la vérité, mais bien désagréable : pendant une partie de la matinée, la capitale a été plongée dans une obscurité complète. Dès les premières heures du jour, il avait fait un temps épouvantable : une pluie fine, pénétrante, glaciale, cinglait les passants, ruisselait sur les trottoirs, et transformait en lacs fangeux les chaussées défoncées. Peu à peu, le ciel déjà gris s'assombrissait encore : la nuit se faisait lentement, bien que l'épaisse couche de brouillard masquant le soleil ne descendit point jusqu'au sol et flottât à une centaine de mètres de hauteur.
A partir de neuf heures, l'obscurité devint si profonde que les Parisiens durent recourir à la lumière artificielle : on se fût cru à sept heures du soir. Les rues offrirent alors un spectacle curieux et fort rare : tandis que les chaussées, privées de l'éclairage municipal, restaient noires, les devantures des magasins s'illuminaient, les enseignes électriques scintillaient sur les façades.
Omnibus, tramways, fiacres, autos, filaient dans la nuit noire, toutes lanternes allumées. La traversée de certains carrefours n'eût point été sans offrir de réels dangers si la préfecture de police n'avait donné, en hâte, des instructions aux officiers de paix afin que fussent doublés les plantons chargés d'assurer le service des voitures et de veiller à la sécurité des infortunés piétons.
Sur la ligne des boulevards, comme dans la plupart des voies principales, le spectacle était, vers dix heures du matin, réellement lugubre : les grands cafés n'avaient pas éclairé leurs terrasses, encore veuves de clients, et nombre de commerçants avaient jugé bon d'attendre le retour du jour, ne se doutant point qu'un tel phénomène pût se prolonger pendant plusieurs heures. Les conducteurs de voitures de livraison n'ayant pu prévoir, à l'heure de leur sortie, le manque de lumière céleste, se trouvèrent fort embarrassés, n'ayant pas de lanternes à leurs véhicules, pour circuler sans causer d'accidents. La plupart se munirent aussitôt de lanternes vénitiennes, achetées dans les bureaux de tabac ou les bazars, afin d'éviter les contraventions.
Les receveurs d'omnibus, de tramways, d'autobus, se trouvèrent, tout à coup, dans l'impossibilité de faire utilement leur recette et il leur fallut allumer les lampes à pétrole ou électriques de leurs voitures pour percevoir la monnaie des voyageurs. La place de la République, comme celle de la Concorde, étaient de vastes trous d'ombre. La colonne Vendôme — et celle de la Bastille — étaient invisibles à cent mètres de distance. Il en fut ainsi jusqu'après midi. A ce moment, un souffle passa sur la capitale ; en quelques minutes, ce souffle dissipa en partie tout au moins l'épaisse couche de brume. Un jour blafard succéda à la nuit, mais, en revanche, la pluie redoubla.
Et les Parisiens purent alors juger de l'état pitoyable dans lequel le service de la voirie laisse les chaussées de la première capitale du monde. Dans, les gares de chemins de fer des précautions avaient été immédiatement prises en vue d'éviter des accidents : on redoubla de vigilance dans les postes d'aiguillages et les préposés aux sémaphores et aux disques allumèrent les lanternes de ces appareils, comme pour le service de nuit, tandis que des pétards étaient placée sur les voies pour attirer l'attention des mécaniciens. Les trains de voyageurs circulaient avec leur éclairage au complet, si bien qu'on se serait cru plutôt à onze heures du soir, qu'à onze heures du matin. La persistance de l'obscurité a, naturellement, entraîné des retards dans les départs et les arrivées et certains trains ont été même supprimés, ainsi que les règlements administratifs le permettent, afin de régulariser le service désorganisé par ce brouillard inattendu.
Comme la publicité ne perd jamais ses droite, les annonciers qui utilisent les motifs lumineux électriques à inscriptions changeantes ont profité de cette nuit diurne, si l'on peut dire, pour faire marcher leurs appareils à réclame. Et c'était un spectacle curieux de voir, en plein midi, fonctionner les électrographes placés au faite des maisons des grands boulevards ou des places les plus passantes, comme s'il était neuf heures du soir.(...) C'est sur les quartiers nord et nord-ouest que l'obscurcissement a été aujourd'hui particulièrement remarquable, en raison de sa durée et de son intensité. Au sud et à l'est, la couche de nuages était beaucoup moins épaisse.
Le Petit Parisien – 16 novembre 1909
EN BREF
Une mère tue ses quatre enfants - Londres, 15 novembre — Un crime
horrible a été découvert samedi à Wingate (comté de Durham). En rentrant chez
lui pour déjeuner, M. Dodd, avoué, trouva ses quatre enfant, tous âgés de moins
de sept ans, morts, la gorge tranchée. Près d'eux sa femme gisait, à demi
empoisonnée. Dans la salle de bains, M. Dodd trouva un grand couteau à découper,
encore tout couvert de sang, et une bouteille de poison vide. Les docteurs
appelés en toute hâte ne purent que constater la mort des malheureuses petites
victimes. Le Matin – 16 Novembre 1909
Terribles inondations en Asie Mineure - Constantinople, 15 novembre. — Les fortes pluies qui durent depuis plusieurs jours ont causé un grave débordement de la rivière Seihoun, qui a produit à Adana une catastrophe. Une grande partie de la ville est restée pendant vingt-quatre heures sous l'eau, dont, le niveau atteignait une hauteur de deux mètres. Les environs de la ville sont restés inondés pendant huit heures. Pendant la nuit d'hier, les eaux ont rompu la digue qui se trouve près de la station du chemin de fer et ont inondé trois quartiers, dont les habitations avaient déjà été évacuées. Un grand nombre de maisons se sont écroulées. Les pertes s'élèveraient pour la seule ville d'Adana, à 100,000 livres turques environ. Dans la plaine les récoltes sont entièrement perdues et l'on ignore encore le nombre des victimes. Le vali, qui a organisé aussitôt les secours, demande l'envoi immédiat de 5,000 livres turques. Une semblable inondation s'est produite à Trebizonde et plusieurs maisons se sont écroulées. On a retrouvé jusqu'à présent seize cadavres. Le Matin – 16 Novembre 1909
Un paquebot français coule au large de Singapour - Singapour, 14
novembre. Une terrible catastrophe s'est produite ce matin, près de Singapour. A
quatre heures, le steamer anglais Ouda est entré en collision avec le
paquebot La Seyne, des Messageries maritimes. Ce dernier navire a coulé
en deux minutes. L’Ouda est rentré ici ; il a débarqué soixante et un
passagers qu'il a recueillis sur les lieux de la catastrophe. D'après les
renseignements que l'on a pu recueillir jusqu'ici, il y aurait cent une
victimes: sept passagers européens, dont le baron et la baronne de Beniczky, le
capitaine et cinq officiers européens, quatre-vingt-huit hommes d'équipage ou
passagers indigènes, la plupart des Chinois. Un grand nombre des survivants sont
blessés. La catastrophe s'est produite dans le détroit de Riouw. Le Gaulois –
16 Novembre 1909







































