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06 janv. 09

Les actualités du 6 janvier 1909

Le Gouvernement et la peine de mort

090106guillotine

JusticeDepuis quelques jours, des bruits de crise ministérielle couraient; et, si nous les avons négligés, c'est qu'ils étaient bien vagues et incertains. On disait que M. Clemenceau voulait se démettre. S'il en est ainsi; hier, il s'est soumis. Voici l'histoire, telle qu'à présent, on la raconte.

Le vote de la Chambre au sujet du maintien de la peine de mort a vivement ému les pouvoirs publics. On sait, en effet, combien M. Fallières est un fervent abolitionniste : il l'a bien prouvé en graciant tous les condamnés dont la cause lui était présentée. M. Clemenceau n'est pas un adversaire moins déterminé de la guillotine; M. Briand, non plus. De sorte que le vote de la Chambre allait à rencontre des sentiments du Président de la République, du président du Conseil et du garde des sceaux.

M. Clemenceau fit, dit-on, connaître à son entourage qu'il se retirerait plutôt que d'être l'homme d'État sous le ministère duquel la guillotine se remettrait à fonctionner. M. Briand ne fut pas de son avis : il était d'accord avec M. Clemenceau sur la peine de mort; seulement, il considérait qu'il n'appartenait pas à un gouvernement démocratique d'entrer en lutte ouverte contre les volontés du Parlement.

La divergence de vues entre M.Clemenceau et M. Briand prit une certaine acuité. Des journaux annoncèrent la retraite probable du président du Conseil. Deux principes se heurtaient : un principe philosophique, en quelque sorte, et un principe politique, représentés l'un et l'autre par de forts dialecticiens, énergiquement résolus à bien argumenter.

Cette querelle d'idées s'est terminée hier, au Conseil des ministres, par l'intervention de M. Fallières. Chacun des deux avocats plaida sa cause avec l'éloquence qu'il est aisé de deviner. Le principe politique que représentait M. Briand se défendait de lui-même. M. Clemenceau devait compter principalement sur ce fait que le Président de la République est, de par la Constitution, maître absolu de la grâce et n'a même pas à formuler le motif des décisions qu'il prend en pareille matière. M. Clemenceau pouvait donc espérer que M. Fallières annoncerait son projet de continuer à gracier tout le monde.

Il en fut tout autrement. M. Fallières continue à détester la peine de mort. Il ne se repent, du reste, pas d'avoir universellement gracié, tant que la Chambre n'avait pas émis son vote et que, par conséquent, la volonté parlementaire n'était pas connue. Mais, aujourd'hui, les choses ne sont plus les mêmes. Le pays, par ses représentants, a résolu de maintenir la peine de mort ; il n'appartient pas au Président de la République de l'abolir, en fait non plus qu'en droit.

Évidemment, le Président de la République est toujours maître de la grâce. Mais étant donné le vote du Parlement, il ne doit plus gracier par principe ; il doit poser des questions d'espèces, en partant de cette idée que la peine de mort existe et veut être appliquée chaque fois que ne se présente pas un véritable motif de grâce. Dans ces conditions, M. Fallières ne pouvait pas; s'engager à gracier désormais comme il l'a fait jusqu'à présent ; il ne pouvait même pas se le promettre à lui-même, quelle que fût sa répugnance personnelle à procéder autrement.

En répondant ainsi aux arguments du président du Conseil, M. Fallières n'a fait que commenter, dans sa vérité même, la Constitution dont il a la garde. M. Clemenceau s'est incliné devant les raisons, indiscutables d'ailleurs, que le Président de la République lui donnait : il n'y aura pas de crise.

Il n'y aura de crise que pour un certain nombre de condamnés — et notamment pour ceux de la bande Pollet dans le Nord — qui attendent dans les prisons la décision, présidentielle et qui pour raient bien, l'un de ces jours, éprouver les justes rigueurs de la loi.

Le Figaro – 6 janvier 1909


EN BREF

L'obus n'était qu'une vieille douille - Nous avons signalé hier la découverte d'un obus, que l'on disait chargé, près de la gare de la Seyne, sur la voie que devait emprunter le rapide où se trouvait M. Clemenceau, samedi dernier. Des renseignements que nous avons pris à la sûreté générale, il résulte que ce prétendu obus n'était qu'une vieille douille rouillée de canon-revolver, émergeant à peine de terre, et trouvée à trois cents mètres de la voie. Aucune arrestation, en outre, n'a été opérée et il est bon de ne voir entre cette découverte et le voyage de M. Clemenceau qu'une coïncidence dont on s'est plu à exagérer la signification. Le Petit Parisien – 6 janvier 1909

IncendieLe feu au Louvre — Vive émotion, hier parmi les nombreux passants qui longeaient la rue de Rivoli, le quai du Louvre, et qui traversaient les guichets du Louvre. Une épaisse fumée s'échappait, en effet, d'une cheminée du monument. Activée par le vent, une gerbe d'étincelles s'élevait très haut sur le Palais «Le feu est au Louvre ». Tel est le bruit qui se répandit vite dans le quartier. Heureusement, ce n'était qu'une alerte: un violent feu de cheminée, qui s'était déclaré dans un des bureaux du ministère des Colonies, et qui fut assez promptement éteint par le personnel du ministère. La Croix – 6 janvier 1909

Hermonville — Asphyxiés dans une auberge - Le chef des caves d'une grosse maison de Reims, M. Garot, était allé passer la journée d'avant-hier à Hermonville avec sa femme et ses deux fils. Tous quatre manquèrent le dernier train de Reims et se réfugièrent dans une auberge. Le froid était vif, M. Garot alluma le poêle de la chambre qu'il occupait avec sa femme et se coucha. Le lendemain, les fils du caviste appelèrent vainement leurs parents ; on fit ouvrir la porte par un serrurier. Monsieur et Madame Garot, asphyxiés par les émanations d'acide carbonique avaient cessé de vivre. Le Figaro - 6 janvier 1909

Catastrophe-naturelle

It

Messine: Sur la terre des morts, on retrouve 400 vivants - Des nouvelles concises, mais bonnes, par viennent an ministère de la Marine sur les navires français qui continuent le sauvetage à Francioni, Pellaro, Lazzaro, etc. Contre toute vraisemblance, les victimes retirées vivantes sont toujours nombreuses ; après huit jours, on en a, en effet, retiré 400, hier encore, à Messine. La plupart ont perdu toute notion du temps qu'elles ont passé sous les décombres. Cer tains rescapés se croient ensevelis depuis la veille seulement.On cite des sauvetages vraiment surprenants. Cest ainsi que l'avocat Calapaï a réussi, après des efforts surhumains, à sortir des décombres. Il a ensuite sauvé son fils, âgé de quinze ans. Creusant toujours, M. Calapaï a découvert la tête et les bras de sa fille. Aidé du capitaine Pettine, un des survivants de la bataille d'Adoua, il a réussi à sauver Mme Calapaï, une jeune fille, deux bonnes, le comte et la comtesse de Sarego, un ingénieur paralytique. La comparaison entre le chiffre des sur vivants et le total de la population antérieurement au désastre permet d'évaluer approximativement à plus de cent mille le nombre des victimes pour les villes de Messine et de Reggio seules. L'extraction et l'ensevelissement des cadavres continuent rapidement; d'immenses fosses creusées hors des villes reçoivent des couches alternatives de cadavres et de chaux. Un ordre parfait règne maintenant dans Messine et Reggio. Le Petit Parisien – 6 janvier 1909


Posté par Ichtos à 10:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]
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