CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

03 mars 09

Les actualités du 2 mars 1909

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Le Fiacre

Le temps s'en est allé où le cocher de fiacere, manieur de brutale ironie, apostrophait les humbles omnibus à deux chevaux, et les qualifiait de "voyageurs à quinze francs le cent". Le fiacre était alors le luxe du bourgeois pressé. Tandis que l'omnibus semait son itinéraire d'épisodes destinés à en ralentir la monotonie, arrêts aux bureaux, montées et descentes en compagnie du côtier, chutes des chevaux sur le pavé glissant, le fiacre prenait des airs de conquérant de la chaussée, encore que son allure, n'empruntât rien au vertige : mais il marchait tant bien que mal, accusant les autres véhicules, engagés dans la même direction, de ses retards subits - lorsqu'il était pris à l'heure; — n'acceptant l'observation qu'avec la morgue d'un puissant qui n'ignore pas son utilité; plein de dédain, à certains jours, pour le client aux appels inécoutés; industriel capricieux, qui abusait d'une licence, due à une municipalité complaisante, pour se jouer de la bonne volonté des citoyens-électeurs, soumis et obéissants.

Et voici que le fiacre est voué à une prochaine misère : il nous est venu, sinon un sens nouveau, du moins une impatience nouvelle. Le Métro d'abord, — on ne met plus que la moitié des mots, pour aller plus vite, — puis les autobus, puis les auto-taxis nous ont éduqués à un mode de circulation rapide qui nous rend insupportable la course en fiacre, qu'autrefois l'on jugeait suffisamment excessive pour inviter parfois le cocher à marcher "le pas de faïence".

Et le fiacre est triste : il sent venir la disgrâce; il a beau avoir muni ses roues de pneus; il a beau exciter du fouet le cheval, qu'effare l'éclat assourdissant des trompes, le fiacre quand même ignore le changement de vitesse, il ignore les arrêts immédiats, et de toute lenteur indisciplinée, il va se buter contre ce qu'il a devant lui, ou il insère ses roues dans les véhicules qui se risquent à son côté, tandis qu'en des virages audacieux et souples, les automobiles de tout, calibre le dépassent, non sans raillerie.

Le tyranneau d'antan est désormais sans orgueil ; il ne peut plus compter que sur les retardataires qui ne sentent pas encore la soif, des précipitations modernes, et quand il constate la gloire grandissante, de ceux qui ont un moteur de roues, il a de la honte en songeant que son taximètre, seul progrès que la science lui ait consenti, n'est qu'un moteur de gros sous.

C'est pour lui l'heure du recueillement et de la mélancolie. Déjà il a désappris son antique formule : "Je vais relayer", qu'il jetait presque comme une injure au client, s'épuisant en gestes de sollicitations et pataugeant sous l'averse; il a rengainé son chapelet pittoresque d'invectives, parce qu'il ne trouverait plus de passant pour lui donner la réplique ; les agents mêmes n'ont plus souci de le taquiner, ni de le rappeler à l'observation d'un règlement; les autos seules sont dignes de leurs préoccupations et ils leur réservent la faveur des procès-verbaux; enfin le fiacre accuserait presque l'humanité d'ingratitude, s'il ne savait, que l'ingratitude c'est de l'oubli qui fait du quatre cents à l'heure, sans jamais redouter de panne.

Et le fiacre vieilli, le fiacre qui ne comprend pas que le temps, passe en trajets divers, n'est que l'intermède passif qui interrompt les actes de notre vie active, le fiacre qui ne peut pas admettre que le moteur soit pour nous un grand épargneur de minutes, le fiacre, qui a des lettres, se dit peut-être avec La Rochefoucauld, en voyant filer les autos ; "Il y a des folies qui se gagnent comme les maladies contagieuses". Que ne se donne-t-il la peine de n'exagérer point le danger qui le menace, et d'examiner en philosophe à quel rôle modeste l'avenir le destine sans doute ? Il verrait clair dans son jeu, avec moins d'amertume. C'est encore La Rochefoucauld qui le lui enseigne : "C'est une espèce de bonheur de connoistre jusques à quel point on doit estre malheureux,"

Le Figaro – 2 mars 1909


Violente grêve à Mazamet

Une grève a éclaté à Mazamet, le centre industriel le plus important du Midi, qui menace de prendre de très grosses proportions. Deux mille ouvriers ont déjà quitté le travail, mais en prévision de l'augmentation du nombre des chômeurs, des mesures très importantes ont été prises.

Le préfet du Tarn, le sous-préfet de Castres, le procureur et le juge d'instruction sont sur les lieux.Deux cent quinze gendarmes à cheval, cent dix gendarmes à pied, un escadron de dragons et un escadron de hussards font continuellement des patrouilles.

Les grévistes sont surexcités. Les femmes se couchent devant les gendarmes pour arrêter les patrouilles. Deux patrons délaineurs ont vu leurs maisons entourées de grevistes, qui en ont brisé les portes à coups de matraques. Les patrons ont dû se défendre.

La Chambre de commerce de Mazamet serait en désaccord avec l'autorité préfectorale. Ce soir, en raison des incidents de la journée, la Chambre de Commerce de Mazamet a envoyé directement au président du conseil et au ministre du commerce des télégrammes où elle les prie de faire assurer contre les grévistes la liberté du travail et la sécurité des personnes.

Le Figaro – 2 mars 1909

Posté par Ichtos à 00:04 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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