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05 juil. 09

17 avril 1912 - Le naufrage du Titanic

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La catastrophe du Titanic

On eût voulu douter. Même après la dépêche si alarmante que nous avons publiée hier matin, on espérait encore, car l'ambiguïté, l'imprécision des dépêches parvenues d'heure en heure au cours de la nuit de lundi autorisait presque jusqu'à la dernière minute ces vaines espérances, aujourd'hui, l'illusion n'est plus possible. La catastrophe du Titanic a surpassé, en horreur les plus épouvantables sinistres que compte l'histoire maritime. En quelques heures, ce magnifique paquebot, orgueilleux triomphe del'art de l'ingénieur moderne, s'est abimé dans les flots. Et dans les ténèbres de la nuit, tandis que se hâtaient — inutilement, hélas — les steamers qui avaient enregistré l'appel de la télégraphie sans fil, l'énorme navire coulait. A peine, dans ces trop courts instants de mortelles angoisses, une faible partie des innombrables passagers avait pu trouver place dans les canots de sauvetage.

Douze cents, quinze cents hommes, plus encore peut-être étaient demeurés à bord. Par nécessité sans doute, mais aussi par devoir. N'avait-il pas fallu assurer d'abord le salut des femmes et des enfants embarqués à bord? L'équipage pouvait-il abandonner le navire dont la perte n'apparaissait pas tout d'abord inévitable? C'est le périlleux dévoue-ment de ces hommes qui a donné au sinistre sa tragique ampleur. Il convient de s'incliner devant tant de deuils et de saluer, en même temps que les victimes de cet effroyable malheur, tant de familles en larmes sur les deux continents. C'est une catastrophe sans précédent dans l'histoire des marines. Il faut, hélas ! compter que près de 1,500 personnes (1492, dit une dépêche de la soirée) ont trouvé la mort dans ce sinistre affreux!

C'est dimanche à dix heures du soir — heure de New-York — par conséquent vers deux heures du matin — heure de Paris — que la rencontre du paquebot géant et de la banquise s'est produite. On le sait par les radiogrammes envoyés du Titanic et reçus aux stations de la côte des Etats-Unis, en particulier à celle de Cap-Race, dont le carnet de service relate, instant par instant, les phases du drame qui se déroulait en mer. En voici le libellé, que sa sécheresse rend plus poignant encore :

Cap-Race, dimanche, 10 h. 25 du soir, — On entend le Titanic faire des signaux de détresse, auxquels répondent un certain nombre de navires, dont le Carpathia, le Baltict le Caronia et l'Olympic.

10 h. 55 du soir : Le Titanic a signalé : "Nous sombrons par avant".

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11 h. 25 du soir : Notre poste établit une communication avec le Virginia, l'informe du besoin urgent de secours, du Titanic, lui indique sa position. Le Virginia nous annonce qu'il se porte immédiatement sur le lieu du désastre.

11 h. 36 du soir : Le Titanic informe l'Olympic qu'il fait monter les femmes dans les embarcation.

Minuit 27 : Le Titanic continue à faire des signaux de détresse et à indiquer sa position. Le Virginian annonce qu'il a reçu quel ques signaux confus qui ont cessé brusquement.

Ce fut le dernier radiogramme envoyé par le Titanic. Il est probable qu'à partir de ce moment, l'eau avait envahi les machines et empéché ainsi les appareils électriques de T. S. F. de fonctionner. Ces radiogrammes avaient touché divers paquebots naviguant dans les mêmes parages : le Parisian, le Carpathia, le Virginian, le Baltic et l'Olympic. Malheureusement aucun n'était dans le voisinage immédiat du paquebot en détresse et quand le plus proche d'entre eux, le Carpathia arriva sur le lieu du sinistre, vers cinq heures du matin, il ne trouva que des flottilles de canots de sauvetage remplis de naufragés : il apprit d'eux que vers deux heures du matin le Titanic avait définitivement sombré engloutissant tous ceux qui n'avaient pas trouvé place dans les canots de sauvetage. Les autres navires énumérés ci-dessus arrivèrent un peu plus tard. Aucun d'eux ne recueillit de naufragés, et hier dans l'après-midi le télégramme suivant était envoyé de New-York :

New-York, 16 avril - L'administration de la White Star Line ne garde plus aucun espoir d'apprendre qu'on a pu sauver d'autres passagers que ceux, qui se trouvent actuellement à bord du Carpathia.

Les passagers sauvés

survivants titanic

Combien sont-ils, ces réchappés ? D'après les dernières informations reçues, on évalue leur nombre à 868 (dont 675 passagers et 193 hommes d'équipage). Et comme il y avait en tout à bord du Titanic, passagers et équipage compris,2,360 personnes, c'est donc le chiffre énorme de 1,492 morts qu'il faut avoir la douleur d'enregistrer. Les dernières recherches n'ont, d'après les dépêches de la soirée, amené la découverte d'aucun naufragé. Voici la dépêche que nous avons reçue de New-York.

New-York, 16 avril - Suivant les dernières nouvelles officielles, sur 325 passagers de première classe, 202 sont sauvés, et sur 285 passagers de seconde classe, 114 sont sauvés.

Ce sont surtout des femmes et des enfants qui forment le total des 868 sau-vés. La règle est, en effet et on le comprend de reste, que l'on doive faire embarquer d'abord les femmes et les enfants dans les canots de sauvetage. Or, il y avait 140 passagères en première, 109 en seconde et environ 500 en troisième, soit 749 femmes et enfants. Si l'on songe que les canots avaient leur équipage de marins, il en résulte que les canots ne devaient contenir que bien peu de passagers hommes, et, en effet, un télégramme que nous publions ci-des sous et qui donne une première liste de sauvés, ne contient presque que des noms de femmes et d'enfants. Voici cette liste partielle, telle qu'elle a été télégraphiée à Cap-Race :

Mme Edward W. Appleton, Rose Abbott, Mlle C. M. Burns, G. M. Burns, D. D. Cas-selbere, Mmes William Clarke, B.Chibinaco, Mlles E. G. Crossbie, H. E. Crossbie, Jean Hippact, Mmes H.B. Harris, Alex, Halver son, Mlle Margaret Hayes, M. Bruce Ismay, M. et Mme Ed. Kimberley, M. F. A. Kenyman (ou Kenyon), M. Emile Kenchen, Mlle G.R. Longley, Mme A. F. Leader, Mlle Bertha Lavory, Mmes Ernest Linnes, Susan P. Ryerson, Mlle Emily B. Ryerson, Mmes Arthur Ryerson, John Jacob Astor, le jeune Allison et sa nourrice, Mlle Andrews, Mlle Manette Panhart, Mlle E. W. Allen, Mme F. M. Warner. Mlle Helen Wilson, Mlle Villard, Mlle Mary Wicks, Mme George D. Widener et sa femme de chambre, Mme J. Stewart, Mlle Mary C. Lines, Mme Sigfrid Lindstroem, Mlle Gustave J. Lesneur, Mlle Georgietta Ama-dill, Mme Melicard, Mme Tucker et sa femme de chambre, M. et Mme Thayer junior, M. H.Woolner, Mlle Annie Ward, Mme J.Stuart White, Mme Marie Young, Mme Thomas Potter, Mme Edna S.Roberts, la comtcese de Rothes, M. C. Rolmane, M. et Mme D. H. Bailey, M. H. Blank, Mlle A. Barsina, Mme James Baxter, Mme George A. Bayton, Mlle C.Connell, M. et Mme J. M. Brown, Mlle G.C; Bowen, M. et Mme R. L. Beckwith, M. et Mme L. Henry, Mme W. A. Hooper, M. Mile, M. J. Flynn, Milo Alice Fortune, Mme Robert Douglas, Milo Hilda Slayter, M. H. Smith, Mme Brahan, Mlle Lucile Carter, M. William Carter, Mlle Roberts, Mlle Cummings, Mlle Minahan, Mme N. Rothschild, Mrs George Rheims.

Parmi les passagers hommes sauvés, on cite : M. Bruce Ismay un dos propriétaires de la White Star Line, ainsi que M. Simonius président de la Swiss Bankverein, M. J.B. Hayes, président du Pensylvania Railroad. On cite encore sir Cosma E. Duff Gordon et lady Duff Gordon et M. K. H. Behr, le fameux joueur de tennis.

Les victimes

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Parmi les victimes, on craint de compter M. W. T. Stead et le major Butt, aide de camp de M. Taft. M. William Thomas Stead est l'un des publicistes les plus connus de l'Angleterre et des Etats-Unis. Il dirige la célèbre revue Review of Reviews, qu'il avait fondée en 1890, de même qu'il fonda en 1892 l'American Review of Rcviews. C'est un esprit audacieux et avancé. Il publia en 1885 un pamphlet violent intitulé : Maiden tribute of modern Babylon, qui lui valut trois mois de prison. Après sa visite au Tsar, en 1898, il prêcha la croisade pour la paix et publia, en 1899, un ouvrage sur les Etats-Unis d'Europe. On lui doit également des études sur le mouvement ouvrier, telles que: la Guerre du travail aux Etats-Unis (1894). M. Stead avait fréquemment collaboré, ces dernières années, à quelques journaux radicaux de Londres, notamment au Daily Chronicle. Il s'était lancé dans de curieuses expériences de spiritisme: ce fut à lui que l'on dut, il y a un an et demi, une interview de l'esprit de Gladstone qui fit en Angleterre un certain bruit. M. Stead est agé de soixante-trois ans.

Le colonel Astor a péri, mais Mme Astor est sauvée. Le colonel John Jacob Astor était né le 13 juillet 1864. Il était le petit-fils du célèbre fondateur de la dynastie des Astor, dont il portait les prénoms. Après avoir fait ses études à l'école de Saint-Paul et à l'Université Harvard, John Jacob Astor s'était spécialisé dans la construction de palaces-hôtels : le Waldorff Astoria, le Saint-Regis, le Knickerbocker. ll fût nommé inspecteur général des volontaires après avoir offert au gouvernement des Etats-Unis une batterie Complète d'artillerie au moment de la guerre avec l'Espagne. Il prit part à là guerre dé Cuba, se trouva au siège de Santiago-de-Cuba et fut délégué par le major général Shafter pour communiquer au ministère de la guerre les termes officiels de la capitulation de cette place.

Le colonel Astor avait épousé, en 1891, miss William Willing, dont il divorça en I910. Il se remaria l'an dernier avec une jeune fille de vingt ans, à laquelle il reçonnut 50 millions de dot. Ce mariage d'un quinquagénaire avec une jeune fille de vingt ans fit beaucoup de bruit dans la société américaine, et l'on se rappelle qu'une campagne fut menée pour empêcher la bénédiction religieuse qu'un clergymant donna pourtant, moyennant 5,000 francs "pour ses pauvres". Le colonel Astor quitta immédiatement l'Amérique avec sa jeune épousée, et il revenait, comme nous l'avons dit, de son voyage de noces en Egypte et dans le Levant.

Quelques notabilités américaines avaient été indiquées comme ayant pris place â bord du Titanic notamment M. Bacon, ambassadeur des Etats-Unis à Paris, et M. Alfred Vanderbilt. On apprend que M. Bacon a changé d'avis au dernier moment et qu'il s'embarquera sur la France, qui doit quitter le Havre le 20 avril. Quant à M. Alfred Vanderbilt, il a télégraphié à sa mère qu'il était sain et sauf en Angleterre.

Le capitaine du "Titanic"

Le capitaine E.-G. Smith, qui commandait le Titanic et qui serait mort, resté le dernier à son bord, sans doute avec tous ses officiers, commandait l'Olympic lorsque ce paquebot entra en collision, au mois de septembre dernier avec le croiseur Hawke, dans les eaux de l'île de Wight. ll était âgé de soixante ans et il y avait trente-huit ans qu'il était au service de la White Star Line.

Né dans le Staffordshire, le capitaine Smith avait fait l'apprentissage de son périlleux métier de marin dans la maison d'armement Gibson et Cie de Liverpool.

Depuis 1887, il était au service de la White Star Line, qui lui avait successivement confié le commandement de ses plus belles unités, le Republic, le Britannia, le Majestic, qu'il commanda pendant neuf ans, le Baltic, l'Adriatic. Sa grande expérience des choses de la navigation l'avait fait d'ailleurs nommer membre du Conseil de la marine marchande.

Les dernières recherches

Dans la nuit, notre correspondant de New-York nous télégraphie :

New-York, 16 avril - Malgré les instructions données par la Compagnie Leyland, par télégraphie sans fil au capitaine du Califomian de rester sûr les lieux du désastre et de donner toute l'assistance possible jus-qu'à ce qu'on vienne le relever où jusqu'à ce que le charbon lui manque.

tout espoir a été abandonné de retrouver d'autres passagers vivants ou marins du Titanic que ceux que transporte le Carpathia.

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Cet après-midi, tous les vapeurs qui croisaient dans le voisinage du lieu de la catastrophe ont repris leur route. Et on télégraphie d'Halifax, que le Parisian n'a aperçu ni radeau, ni cadavre au mi lieu des épaves qui flottaient sur une vaste étendue. D'après un radiogramme de ce steamer, il faisait un froid très vif et, même si des personnes s'étaient réfugiées sur des épaves, elles seraient mortes de froid avant qu'on ait pu les secourir.

Le Parisian est attendu incessamment à Halifax. Quant au Carpathia, d'après les dépêches de son capitaine, il s'avance lentement avec les survivants à travers une mer semée d'icebergs et de glaces flottantes de trente Kilomètres d'étendue. Il arrivera à New-York jeudi, dans l'après-midi. Les autorités douanières ont ordonné de déroger au règlement pour le débarquement.

Enfin le vaisseau porteur de câbles Minia annonce à Halifax, par un radio-télégramme recueilli à Sable-Island cet après-midi, qu il a aperçu une grande masse d'épaves, mais aucune chaloupe ni radeau du Titanic. Ainsi disparaît le dernier espoir que l'on conservait d'apprendre que le Minia, ancré en vue de Cape-Race au moment où le Titanic envoya son premier S.O.S., aurait pu recueillir là quelques-uns dès naufragés.

L'impression à Londres

L'épouvantable catastrophe du Titanic cause, à Londres, une profonde consternation. Les nouvelles étaient si rassurantes hier soir, que les dépêches publiées ce matin par les journaux ont produit comme un coup de foudre. Il n'est presque personne dans la société anglaise qui n'ait eu, soit un parent, soit un ami a bord du Titanic. Ce désastre, qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer, va certainement porter un nouveau coup à la "season" de Londres, déjà si compromise par la grève des mineurs. La haute finance américaine est dans le deuil, et bon nombre de salons londoniens resteront fermés cet été.

Depuis ce matin, de bonne heure, les bureaux de la White Star, dans Cockspur street ont été assiégés par une foule d'amis et de parents affolés venus en hâte aux nouvelles. La plupart des grandes maisons d'armements et de transports maritimes, qui sont dans Cockspur et dans Pall Mall, ont mis leurs drapeaux en berne.

C'est la ville de Southampton qui est, au fond, la plus éprouvée pur la catastrophe. Presque tous les membres de l'équipage, environ neuf cents hommes, habitent dans ce port, et il y aura peu de familles, aussi bien dans les classes de la bourgeoisie que dans le peuple, qui n'auront pas a pleurer la mort d'un parent ou d un ami. M. Asquith, parlant cet après-midi à la Chambre des communes, a exprimé, au nom du Parlement, sa grande admiration pour la façon dont tout s'était passé à bord du Titanic suivant les plus hautes traditions de la marine auglaise. Et il a ajouté quelques paroles émues, disant la sympathie profonde du Parle ment et de la nation pour les victimes de la catastrophe.

Les témoignages de sympathie arrivent du monde entier. Le roi Georges, la reine Marie, la reine Alexandra, l'empereur d'Allemagne, le prince Henri de Prusse ont envoyé des messages de condoléances. Quoique l'on dise que les seuls survivants du désastre sont à bord du Carpathia, on s'efforce d'espérer qu'il y en a d'autres à bord de quelque autres bateaux. Les circonstances exactes de la catastrophe sont encore inconnues.

Le Figaro - 17 avril 1912 


Posté par Ichtos à 00:07 - Les grandes "Unes" - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires

    Ma seule consolation est que ce tissus d'ânerie vient de l'Angleterre. Quand on pense qu'une foule gens va croire que le bateau n'était pas capable d'éviter un iceberge détecter à 2 milles. Quelle honte pour un équipage britannique! Même, ce qui est probablement faux, en se trompant dans les ordres de barres, il y avait largement le temps de rectifier à cette distance. Et le fait que le safran du Titanic n'était pas dans l'axe des hélices, ce qui ralentissait ses évolutions, ne change rien à l'affaire. Il y avait largement le temps de rectifier un erreur, à supposer qu'il y en ait eut une. Ce qui est bien avec les choses de la mer, c'est que comme les gens n'y connaissent rien (encore mmoins que pour l'aviation) on peut raconter n'importe quoi et se faire de l'rgent en sortant un livre dévelppant des théories farfelues. Il va falloir que j'y songe.

    Posté par chaussettes, 24 sept. 10 à 00:23

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