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28 déc. 09

Les actualités du 28 décembre 1909

Tenor

La mort tragique du ténor Godard

Lorsque le ténor Godard mourut subitement. le 22 octobre dernier, nul ne soupçonna qu'il avait été empoisonné. Sa mort fut attribuée à une crise d'urémie foudroyante, selon le diagnostic du médecin qui l'avait soigné. M. Godard avait vingt-huit ans. MM. Messager et Broussan l'ayant remarqué à Marseille, l'avaient engagé pour trois ans. Et aussitôt il avait remporté, dans le répertoire wagnérien, de nombreux succès. C'était un artiste laborieux, et qui savait tirer un admirable parti de sa voix superbe et de ses qualités dramatiques.

La mort le frappa entre deux répétitions, et comme il se disposait à chanter le rôle de Sigmund dans la Walkyrie. Sûr de l'avenir, il avait appelé auprès de lui, bien qu'il fût marié et père d'un garçonnet de deux ans, sa mère et ses deux frères. Son trépas mit en deuil toute une maisonnée, qui ne vivait que par lui. Or, hier, on a arrêté une jeune femme dont les manœuvres ont amené la mort de M. Godard. Du moins on l'en soupçonne, et contre elle les charges sont graves. Ce n'est pas M. Godard qu'elle voulait atteindre, mais un de ses amis qui la dédaignait. Nous allons exposer les faits qu'à révélés l'enquête judiciaire.

M. Godard est mort chez un de ses amis, M. Doudieux, un fabricant de meubles qui possède une villa au Vésinet. Or, depuis longtemps. M. Doudieux est l'objet de tentatives d'empoisonnement. Il y a deux ans, il reçut une boîte contenant des bonbons de chocolat. Il n'en fut pas surpris, car il se disposait justement à fêter un baptême. Sans doute, il ignorait le nom de l'expéditeur. Aucune carte de visite ne le révélait, et l'adresse avait été écrite par une main inconnue, mais il comptait que l'envoyeur se ferait connaître prochainement. En attendant, il examina les bonbons, et tout de suite leur trouva une mine suspecte. Ils étaient fort ternes. Il en ouvrit quelques-uns et constata que l'intérieur était de couleur verdâtre. Il porta le sac au laboratoire municipal, où l'on reconnut que les bonbons contenaient de l'arsenic.

M. Doudieux ne se connaissait pas d'ennemi. Il ne soupçonna personne, et ne sut contre qui porter plainte. Mais, huit jours après, il trouva dans son courrier une lettre anonyme, ainsi conçue: Vous avez eu tort de vous marier. Une jeune fille blonde qui fait l'admiration des magasins du Louvre, où elle est employée,vous aime. II est temps encore, cependant: divorcez ! M. Doudieux montra le billet à sa femme, qui voulut le conserver. Des mois se passèrent; L'aventure était oubliée, lorsque, en septembre dernier, M.Doudieux et sa femme trouvèrent, devant la porte de leur villa, un paquet.

Ils l'ouvrirent. Il contenait de la camomille, des sels de Vichy et deux cachets, enfermés dans une boite portant la suscription antipyrine, en lettres capitales. Il y a eu des malades dans le voisinage dit M. Doudieux. Le pharmacien se sera trompé de porte. Et il garda les médicaments, attendant qu'on vînt les lui réclamer. Mais nul ne se présenta.  Or, le 21 octobre, M. et Mme Godard vinrent au Vésinet voir leurs amis Doudieux. On alla se promener. M. Godard se plaignit d'avoir froid, et de ressentir un violent mal de tête. Ce malaise s'aggrava assez pour que M. et Mme Doudieux lui offrissent de ne pas rentrer à Paris et de coucher au Vésinet. M. Godard accepta. Mme Doudieux lui conseilla de prendre un cachet d'antipyrine.

Elle alla chercher la boîte qu'elle avait trouvée à sa porte quelques jours auparavant et la remit au ténor. Celui-ci allait les absorber, mais sa femme lui dit: Ne prends pas de drogues. Lorsque tu seras resté quelques instants dans ton lit, tu iras mieux. Il suivit ce conseil, et se coucha, laissant les cachets sur la table de nuit. Vers deux heures du matin, il fut réveillé par le mal. Alors, il se décida à prendre les cachets. Quatre heures après, il souffrait tellement qu'il fallut mander un médecin. Celui-ci diagnostiqua un empoisonnement. Mais on lui déclara que M. Godard n'avait pris aucun aliment. Alors, il conclut à une attaque d'urémie foudroyante. Le ténor mourut quelques heures plus tard.

Or, il y a un mois, M. Doudieux recevait un colis de moules, expédié de Caen, disait l'étiquette, par un certain M. Larue. M. Doudieux avait connu autrefois un M. Larue, mais il était brouillé avec lui. Il fut donc fort étonné de cet envoi. Néanmoins, il décida de manger les moules. Déjà Mme Doudieux les avait fait préparer, lorsque son mari fut saisi d'une inquiétude opportune. Il les porta au laboratoire municipal, qui reconnut quelles avaient été saupoudrées d'arsenic. Vainement M. Doudieux s'efforça de connaître l'expéditeur. Il dut abandonner une enquête qui ne fournissait, aucun résultat.

Or, voici trois jours, il se promenait en voiture au bois de Boulogne. Il rencontra, par hasard, une ancienne vendeuse du Louvre, Mlle Marie Bourette, qu'il n'avait pas vue depuis longtemps. Il la salua. Elle détourna la tête, par un mouvement très marqué. Intrigué, il fit arrêter sa voiture, descendit, et s'avança vers Mlle Bourette pour lui demander des explications. Elle le congédia, dédaigneusement. Il la quitta. Mais le lendemain,, il recevait d'elle une lettre où elle s'excusait de l'avoir mal reçu et lui offrait un rendez-vous.

M. Doudieux montra cette lettre à sa femme, qui dit aussitôt L'écriture est semblable à celle de la lettre anonyme que tu as reçue il y a deux ans. Elle rechercha cette première lettre, et compara les écritures. Aucun doute ne lui sembla possible. C'était Mlle Bourette qui avait écrit la lettre anonyme. C'était elle également qui avait trace la suscription de la boîte qui contenait les cachets d'antipyrine absorbés par M. Godard. M. et Mme Doudieux se rendirent aussitôt au Parquet. M. le juge Boudard fut chargé d'ouvrir une enquête. Il fit d'abord examiner la camomille et les sels de Vichy qui se trouvaient dans le même paquet que les cachets. Il fut constaté que ces deux médicaments avaient été mêlés d'arsenic.

Le juge décida alors d'opérer une perquisition au domicile de Mlle Bourette. Hier matin, il s'y présentait à l'improviste, et saisissait plusieurs lettres non signées portant l'adresse de M. et Mme Doudieux, et prêtes à leur être expédiées. Il découvrit aussi une certaine quantité d'arsenic, et plusieurs boites semblables à celle qui avait contenu les cachets d'antipyrine. Une fiole contenant un liquide suspect a été envoyée au Laboratoire municipal, à fin d'analyse.

Mlle Marie Bourette fut arrêtée aussitôt. Elle déclara que l'arsenic trouvé chez elle avait été laissé par un précédent locataire, et qu'elle n'en connaissait pas la nature. Pour le reste, elle affirma être innocente, et déclara ne vouloir fournir d'autres explications qu'en présence de l'avocat qu'elle a choisi, et qui est Me Henri Robert. Le cadavre de M. Godard, qui a été enterré en Belgique, sera exhumé, et le docteur Socquet en fera l'autopsie.

Le Figaro – 28 décembre 1909


EN BREF

Un suicide au métropolitain - Ce matin, à neuf heures, à la station de Rome, une jeune femme, vêtue en ouvrière et paraissant âgée de vingt-cinq ans environ, s'est précipitée sur la voie au moment où entrait en gare un train du Métropolitain se dirigeant vers l'Etoile. La malheureuse a été coupée en deux. Le courant électrique fut aussitôt interrompu par les employés qui téléphonèrent aux bureaux du secteur, et quelques instants plus tard arrivaient les pompiers de la caserne de la rue do Rome. Après avoir dégagé le corps de la désespérée, ils le transportèrent au poste de police de la rue des Batignolles, d'où le commissaire du quartier, M. Ducrocq, l'envoya à la Morgue. L'identité de la victime n'a pu être établie. On n'a trouvé sur elle qu'une somme de 80 centimes. La circulation du Métropolitain a dû être interrompue pendant une demi-heure environ. Le Temps – 28 décembre 1909

Quinze personnes intoxiquées par de la viande de cheval avariée - Savigny-sur-Orge, 27 décembre. De nombreux cas d'empoisonnement viennent de se produire à Ris-Orangis et sont dus, parait-il, à l'ingestion, par un certain nombre de personnes, de viande de cheval avariée. Cette viande, débitée au marché par un commerçant étranger à la localité, était, dit-on noirâtre et dure. Son aspect seul eût dû rendre circonspects acheteurs et consommateurs. Pourtant plusieurs ménagères en firent l'acquisition et le repas de quelques familles se composa en grande. partie de cette viande accommodée de différentes façons. Le résultat fut le même ; la plupart de ceux qui en avait mangé furent pris de souffrances symptomatiques, nausées, coliques, crampes d'estomac. On comptait aujourd'hui quinze personnes sérieusement intoxiquées. La plupart reçurent les soins dévoués du docteur Jonas qui éprouva au début quelques inquiétudes pour certaines d'entre elles, mais qui les déclare d'ores et déjà hors de danger. Le parquet de Corbeil a prescrit une enquête afin de rechercher le commerçant peu scrupuleux qui a mis ainsi en vente de la viande impropre à la consommation. Le Petit Parisien – 28 décembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]