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06 nov. 10

Les actualité du 6 novembre 1910

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La transformation des uniformes

Le nouvel uniforme à l'éssaiBien modeste, et au demeurant peu pratique, particulièrement en campagne, la tenue de l'infanterie française est appelée à subir à brève échéance, ainsi que celle des autres armes, une transformation à peu près complète. C'est un projet déjà ancien qui va se réaliser. On annonce, en effet, que le général Brun, ministre de la Guerre, a décidé de nous donner un nouvel uniforme. Le changement portera moins sur lu tournure du vêtement que sur sa couleur. Car, chose curieuse, la tenue actuelle n'est pas condamnée pour ses défauts, mais, au contraire,pour ses qualités. Elle manquait d'élégance et de confortable, mais on la trouvait gaie et pimpante elle tirait l'œil, se voyait de loin. C est justement pour cela, et non sans raison, qu'on la supprime.

Au lendemain de la guerre du Transvaal, le problème de la visibilité des belligérants sur le champ de bataille s'est posé devant tous les états-majors européens. On se rappelle les pertes cruelles subies par les Anglais pendant la première partie de l'expédition. Elles tenaient à deux causes: d'abord, à la tactique de leurs adversaires, qui ne livraient que des combats d'embuscade ensuite à leur incomparable adresse au tir. Et l'on ne tarda pas à s'apercevoir que cette adresse était singulièrement favorisée par la couleur éclatante des uniformes anglais. Les tuniques rouges constituaient, à n'en pas douter, de trop apparents points de mire.

Résolument, le War office distribua à ses troupes des vêtements khaki dont la tonalité se confondait aisément avec le fond jaunâtre du velt , c'est-à-dire du terrain inculte sur lequel elles évoluaient. En même temps, les officiers faisaient le sacrifice de leurs brandebourgs, de leurs aiguillettes, et même des insignes de leur grade tout accessoire, de l'équipement ou du paquetage pouvant donner un éclat disparut. On alla jusqu'à noircir les canons de fusil, les poignées et les fourreaux de sabre.

des boutons de corne remplacèrent les boutons de métal. Ces précautions minutieuses furent rigoureusement observées. Elles donnèrent de si bons résultats qu'on tes a conservées dans l'armée anglaise.

Pour diverses raisons, parmi lesquelles la routine tient une large place, cet exemple ne fut pas immédiatement suivi par les autres nations. La guerre russo-japonaise avait pourtant fourni, sur les dangers de la visibilité des uniformes, de nouvelles preuves extrêmement concluantes. Mais les commissions techniques qui étudiaient la question dans les divers pays n'en continuèrent pas moins leurs expériences respectives. Il convient de dire, à leur décharge, que le problème est plus complexe qu'il n'en a l'air. Sans doute, le blanc, le noir, le rouge restent les tonalités les plus tranchées, partant les plus dangereuses, et le khaki ou le gris poussière semblent les nuances les moins apparentes. Mais il faut tenir compte du fond. Nous ne sommes ni au Transvaal ni en Mandchourie. Sur le vert des prairies et les bois, le gris et le khaki forment des taches très visibles.

Quoi qu'il en soit, les Allemands, avant nous, ont pris un parti. Ils ont opté pour le gris. Aux dernières manœuvres impériales, qui se sont déroulées entre Dantzig et Kœnigsberg, deux divisions d'infanterie portaient déjà le nouvel uniforme, en drap gris légèrement bleuté. Bien entendu, les casques, sabres, lances, canons de fusils, baïonnettes, galons, boutons, boucles et ardillons avaient été soigneusement ternis. D'ailleurs, sur la suppression nécessaire des éclats métalliques, tout le monde est d'accord.

En ce qui concerne l'armée française, la solution a été surtout retardée par des essais malencontreux. Tous les Parisiens se rappellent ce costume pseudo-tyrolien dont on avait affublé, à la caserne de la Pépinière, la célèbre compagnie boër. Les résultats furent lamentables. Non seulement on s'était mépris sous le rapport de la visibilité d'un drap gris clair qui, délavé par les pluies, tournait au blanc, mais encore l'ensemble de la tenue donnait à nos malheureux, troupiers un aspect si ridicule et leur coiffure un air si piteux, qu'il fallut promptement y renoncer.

Le même insuccès couronna une seconde tentative dans un régiment de la garnison d'Amiens. Cette fois l'uniforme infligé à toute une compagnie rappelait simplement celui des détenus dans les maisons centrales. On eut l'aplomb de faire participer ces prisonniers d'un nouveau genre aux manœuvres d'automne où leur présence provoqua une véritable stupeur. Dans la traversée des villes et des villages, des manifestations hostiles éclatèrent. Il arriva même que des paysans refusèrent d'héberger ces malheureux soldats. Ils les menaçaient de leurs fourches en leur criant '' A Biribi''. II aurait été cruel de prolonger l'expérience et cependant, pour le but à atteindre, cette tenue réalisait un progrès. Sa visibilité sur le terrain apparaissait nettement inférieure. Mais si la question de couleur était tranchée, la question de forme restait résoudre.

Dans les pays comme l'Angleterre, où quelle que soit la tenue de campagne, les troupiers conservent leur élégant uniforme du temps de paix, on peut la négliger. Il n'en va pas de même en France. Les ressources limitées d'un budget déjà trop lourd, ne nous permettant pas le luxe d'une double tenue, et il ne faut pas oublier que celle qu'on adoptera pour la guerre devra, en attendant, être mise en usage dans les villes de garnison. On doit donc tenir compte des habitudes et de l'amour-propre des individus. En pareille matière l'opinion publique a voix au chapitre. Elle s'est prononcée depuis longtemps.

Tout le monde a reconnu, même à l'étranger, que l'uniforme de nos chasseurs alpins était, à la fois, seyant et pratique. Pourquoi ne pas le confectionner en drap gris ? Il ne perdra rien de ses qualités et il répondra à tous les besoins du service en campagne. Le ministre de la Guerre l'a fort bien compris et c'est précisément l'uniforme des alpins,à peine modifié, qu'il a l'intention de donner à toute l'armée française.

Comme coiffure, on hésite encore entre le béret et le képi. Le béret, offre des avantages incontestables. Il prend toutes les formes, couvre à volonté les yeux ou la nuque, cache, au besoin, les oreilles et devient, si c'est nécessaire, un excellent bonnet de nuit. Le képi n'a pour lui que la tradition. Il ne garantit ni de la pluie ni du soleil, mais il dégage l'encolure, il est crâne. Ses partisans ajouteront que le béret ne le vaut pas, puisque le képi se porte en toutes saisons. Képi ou béret, il faut choisir, à moins de garder les deux, ce qui ne serait pas la solution la plus mauvaise.

Le Petit Parisien – 6 novembre 1910


EN BREF

IncendieCanadaUn asile d'aliénés flambe - Winnipeg, 5 novembre. — Des scènes pénibles se sont déroulées ce soir à l'asile gouvernemental d'aliénés de Grandon, dans le Manitoba. L'asile fut entièrement détruit par le feu, et la plupart des six cents malades qui s'y trouvaient, se rendant compte du danger qu'ils couraient, firent des efforts désespérés pour échapper au désastre. Ils foulèrent aux pieds les plus faibles, et les gardiens furent absolument impuissants à faire face à la situation. Pendant longtemps le désordre le plus complet régna dans la fournaise. Plusieurs des malades sautèrent par les fenêtres des étapes les plus élevés, pour venir s'écraser sur le pavé ou tout au moins se blesser très grièvement. Les malades qui ont pu s'échapper errent à travers la ville et le pays avoisinant, sous un terrible orage de neige. Bien qu'un grand nombre de soldats et d'agents de police soient lancés à leur poursuite, beaucoup d'entre eux sont encore introuvables. Il est extrêmement dangereux d'approcher les malheureux, car ils sont dans un état de folie furieuse. Bon nombre de malades cependant étaient restés dans le bâtiment en feu, riant aux éclats ou poussant des cris inhumains, jusqu'à ce que tout espoir d'échapper aux flammes fût évanoui pour eux. Des efforts héroïques furent tentés en vain par les pompiers et les gardiens pour porter secours à ces malheureux. Bien qu'il soit encore impossible d'évaluer le nombre des morts, on peut dire qu'il sera considérable. Le Matin – 6 novembre 1910

ClimatLa tempête - Près de Saint-Quentin, au cours de la bourrasque d'hier après-midi, en gare d'ltancourt, trois wagons de betteraves poussés, par le vent se mirent en marche, et les employés furent impuissants à arrêter les wagons qui descendirent la rampe vers Mézières-sur-Oise et vinrent défoncer une locomotive marchant à l'arrière d'un train de marchandises. Sous le choc, la locomotive écrasa le chauffeur, nommé Adolphe Foulon, âgé de dix-huit ans; le mécanicien Lefèvre, projeté sur le ballast, a été grièvement blessé. Une tempête violente a soufflé hier sur Reims et ses environs. La Marne monte rapidement. On annonce une très forte crue de la Meuse et de la Moselle. Dans l'Aube, une bourrasque, accompagnée d'une pluie diluvienne, a sévi hier. Des murs se sont effondrés, des toitures ont été enlevées. Sur la route d'Arcis-sur-Aube, les époux Prut ont été culbutés avec leur voiture; le mari a été grièvement blessé. Sur la ligne de Chalons:-sur-Marne, seize fils télégraphiques ont été rompus. Une nouvelle bourrasque s'est déchaînée avec une violence extrême sur la région d'Auxerre, causant de gros ravages; la rivière le Serein déborde sur de nombreux points et les bestiaux sont cernés dans les prairies inondées. Le moulin de Courterolles est complètement isolé. Le Créanton est également sorti de son lit et ses eaux recouvrent les terres ensemencées. L'inquiétude est grande chez les cultivateurs: l'humidité croissante favorise le développement extraordinaire des larves qui rongent les blés. Dans la Côte-d'Or, les cours d'eau ont débordé: à Montbard, plusieurs rues ont été envahies par la Benne. La plaine de Citeaux est submergée; le monastère des trappistes est entouré d'eau. Il neige à Francheville, à 24 kilomètres de Dijon. En Auvergne, des pluies torrentielles sont tombées: un éboulement s'est produit sur la ligne du chemin de fer près du Lioran; les montagnes sont couvertes de neige. C'est sur les côtes que la tempête a causé des ravages. Dans la rade de Lorient, un canot monté par le patron Leport, trente-trois ans, de la goélette Marie-Eugénie, et deux matelots, a chaviré sous la violence au vent. Les matelots ont pu se sauver, mais le patron s'est noyé. Dans le golfe du Morbihan, près de Billiers, un canot portant M. Tabary, soixante-huit ans, et sa fille, Mme veuve Flohic, vingt-six ans, a chaviré, et les deux passagers ont été engloutis par les flots. A l'entrée du port de Turbale, près du Croisic, la barque de pêche M: 1335 a coulé malgré les efforts des matelots du canot de sauvetage. Deux matelots, Marchand et Légal, ont disparu. Enfin, en rade de Toulon, au large de la Seyne, une barque montée par trois hommes a chaviré. Le patron a pu se sauver, mais les deux matelots, qui sont d'origine italienne, ont coulé à pic. Le Temps – 6 novembre 1910

 

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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