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24 déc. 10

Les actualité du 24 décembre 1910

Un navire français sombre au large d'Alicante

Epave vapeur

Naufrage

Espagne

Alicante, 2 décembre. Une catastrophe maritime s'est produite, mercredi soir, vers six heures, à quatorze milles environ d'Alicante. Le vapeur français Jeanne-Conseil, du port de Bordeaux, capitaine Provent, de Dieppe, qui avait quitté Alicante vers quatre heures de l'après-midi, se rendant à Oran, a été littéralement coupé en deux par un vapeur espagnol, L'lndustria. Le vapeur français coula en l'espace de quelques minutes, avant que les hommes d'équipage aient pu tenter quoi que ce fût pour se sauver.

Seul, un matelot, nommé Jean-Michel Le Mer, a pu échapper à la catastrophe. Recueilli à bord du steamer anglais Yao. il a été ramené à Valence, où il a fait au consul de Franche le récit suivant: Le vapeur Jeanne-Conseil était parti, à quatre heures de l'après-midi, d'Alicante, où il avait pris à son bord quelques passagers à destination d'Oran. Vers cinq heures et demie, alors que la nuit était complètement venue et par une brume assez épaisse, nous aperçûmes tout à coup par tribord les feux d'un vapeur. Le navire était si près de nous que, malgré la rapide manœuvre ordonnée par le commandant, la collision se produisit.

Le choc fut terrible le vapeur, pénétrant en plein tribord, coupa presque complètement notre navire, dans lequel l'eau s'engouffra. Je courus immédiatement à l'une des embarcations de sauvetage, qui se trouvait près de moi et, aidé par cinq de nos camarades, nous la mimes à la mer et y prîmes place, tandis que le Jeanne-Conseil enfonçait avec une effrayante rapidité.

Avant que nous ayons pu nous éloigner, une explosion formidable se produisit et une gerbe de flammes jaillit du navire, qui fut anéanti. Le remous fit chavirer notre frêle embarcation et je fus, ainsi que mes compagnons, précipité à la mer. Je nageai vers une vergue qui émergeait à quelques brassées de moi, je parvins à la saisir et j'attendis. C'est le lendemain matin seulement, après une affreuse nuit d'angoisses, que je fus recueilli, transi de froid, par une embarcation du vapeur Yao, qui m'a ramené à bord, où l'on s'empressa de me donner des soins.

Tel est le récit fait par le rescapé qui affirme qu'aucun autre matelot ou passager n'a pu se sauver tant la catastrophe fut soudaine. Le Mer a pris place bord du bateau Commercio, qui le conduira à Cette, d'où il sera rapatrié sur Bordeaux.

On ne peut connaître encore de façon exacte le nombre des victimes, car le Jeanne-Conseil avait, ainsi que nous l'avons dit, embarqué Alicante un certain nombre de passagers à destination d'Oran, et, on ne peut avoir ici aucune indication à ce sujet. Par contre, on est certain que vingt-six hommes de l'équipage ont péri. Le vapeur abordeur, l'Industria, a été lui-même si sérieusement, atteint qu'il a dû être pris en remorque par un navire allemand jusqu'à Carthagène où il a coulé en arrivant.

Le Jeanne-Conseil était un vapeur en fer jaugeant 3,000 tonnes ; sa force était de 1,300 chevaux et il mesurait 90 mètres de longueur. Construit en 1883 dans les chantiers de W. Grey et Cie, a Westhartlepool, il faisait partie de la flotte Conseil, acquise en janvier dernier par la société des Affréteurs réunis. Ce bâtiment, spécialement affecté au transport des vins, faisait le parcours régulier entre Bordeaux, L'Espagne et l'Algérie.

Au cours de ces derniers jours, il avait fait une traversée fort dure de Bordeaux en Espagne, mais avait très bien résisté au gros temps durant cet assez long voyage. La courte traversée d'Alicante à Oran devait lui être plus funeste. Détail navrant : le chef mécanicien, Montandrot, effectuait son dernier voyage. Le capitaine Henri Provent, né à Dieppe le 8 juin 1874 fut un brillant élève du collège de notre ville. Il entra ensuite à l'école d'hydrographie et en sortait, en 1900, avec le grade de capitaine au long cour, brevet supérieur. Il était demeuré veuf après dix-huit mois de mariage. Profitant d'un court séjour de son navire à Bordeaux en octobre dernier, il était venu jusqu'à Dieppe embrasser ses parents. Il ne devait plus les revoir.

Le Petit Journal – 24 décembre 1910


EN BREF

Terrible explosion à Philippeville - Philippeville, 23 décembre - Une terrible explosion s'est produite ce matin sur les quais de Philippeville dans les circonstances suivantes. Huit caisses, contenant des pièces d'artifices, qui avaient été débarquées par un courrier côtier et entreposées dans un hangar de la Compagnie transatlantique, devaient être chargées sur un wagon ce matin. Au moment de la manipulation, un docker empilait les caisses, quand une explosion formidable se produisit. La fumée étant dissipée, on constata l'étendue de la catastrophe survenue en pleine activité. La toiture du hangar était en partie arrachée, les cloisons étaient éventrées, et le stock des marchandises bouleversées prenait feu. Le concours de la troupe permit de maîtriser l'incendie. Un docker, nommé Bonneau a été décapité par l'explosion. Un indigène a eu les membres broyés et il a succombé peu après. Sur 17 blessés, dont une femme et un douanier, qui ont été transportés immédiatement à l'hôpital, 7 sont grièvement atteints. Une première enquête semble établir que l'artificier expéditeur ne déclara pas la qualité réelle de la marchandise désignée sous la rubrique ''jouets d'enfants'' et par suite aucune précaution ne fut prise au cours des manipulations. Le Figaro – 24 décembre 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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